Selon Le Monde, le politologue suédois Staffan Ingemar Lindberg, fondateur de l’institut Varieties of Democracy (V-Dem), alerte sur un phénomène inédit : le recul de la démocratie à l’échelle planétaire. Dans un entretien accordé au quotidien, ce chercheur renommé décrypte les tendances actuelles observées dans son rapport annuel, publié depuis plusieurs années. Son analyse s’appuie sur des données recueillies auprès de centaines d’experts et de sources variées, offrant une vision exhaustive de l’état des régimes politiques dans le monde.

Ce qu'il faut retenir

  • Staffan Ingemar Lindberg est le fondateur de l’institut Varieties of Democracy, spécialisé dans l’évaluation des systèmes démocratiques.
  • Le politologue suédois publie chaque année un rapport mondial sur l’état de la démocratie, considéré comme une référence par les chercheurs et les institutions.
  • Selon Lindberg, le recul démocratique actuel est inédit et se manifeste par des tendances observées dans de nombreux pays.
  • L’institut V-Dem s’appuie sur des données collectées auprès de plusieurs centaines d’experts et de sources diversifiées pour établir ses conclusions.

Une étude de référence sur l’état de la démocratie

Fondé il y a plusieurs années, l’institut Varieties of Democracy (V-Dem) s’est imposé comme une autorité dans l’analyse des régimes politiques. Son rapport annuel, attendu par les chercheurs et les décideurs, évalue plus de 200 pays selon une méthodologie rigoureuse. Staffan Ingemar Lindberg, à la tête de cette structure, souligne que les données recueillies révèlent des signaux inquiétants. Pour la première fois, observe-t-il, le nombre de pays engagés dans un recul démocratique dépasse celui des nations en progression. Entre 2000 et 2025, près de 50 % des démocraties ont enregistré un affaiblissement de leurs institutions, selon les chiffres compilés par V-Dem.

Ce phénomène ne se limite pas à une région précise du globe. L’Amérique latine, l’Europe de l’Est et même certaines démocraties établies en Occident sont concernées. Lindberg explique que ce recul se caractérise par une réduction des libertés civiles, une remise en cause de l’indépendance de la justice et une concentration du pouvoir exécutif. Ces tendances, autrefois marginales, deviennent aujourd’hui des marqueurs récurrents dans les rapports de l’institut.

Les causes d’un phénomène global

Pour Staffan Ingemar Lindberg, les raisons de ce recul sont multiples et complexes. Parmi les facteurs identifiés, on retrouve l’influence croissante des réseaux sociaux, qui favorisent la polarisation politique et la diffusion de désinformation. Les crises économiques, telles que celle liée à la pandémie de Covid-19, ont également joué un rôle en exacerbant les inégalités et en alimentant un sentiment de défiance envers les institutions. Enfin, l’essor de l’autoritarisme dans certaines régions, comme l’Asie ou l’Afrique, contribue à cette dynamique mondiale.

Le politologue suédois insiste sur le fait que ces évolutions ne sont pas cycliques, mais structurelles. Entre 2010 et 2025, le nombre de pays classés comme « démocraties libérales » a chuté de près de 20 %, tandis que celui des « autocraties électorales » a progressé de 15 %. Ces chiffres, tirés du dernier rapport de V-Dem, illustrent une tendance de fond qui dépasse les simples fluctuations politiques. Lindberg rappelle que la démocratie est un système fragile, dont les fondements doivent être constamment défendus.

« Le recul démocratique actuel est inédit car il s’inscrit dans la durée et touche des pays aux profils très variés. Ce n’est pas un phénomène conjoncturel, mais bien une remise en cause structurelle des principes démocratiques. »
— Staffan Ingemar Lindberg, fondateur de l’institut V-Dem

Et maintenant ?

À l’aube de 2026, les prochaines élections dans plusieurs pays clés, comme les États-Unis ou l’Inde, pourraient confirmer ou inverser cette tendance. Pour Staffan Lindberg, la mobilisation des citoyens et la vigilance des institutions internationales seront déterminantes. D’ici la fin de l’année, l’institut V-Dem publiera son prochain rapport, qui pourrait révéler une aggravation ou, au contraire, une stabilisation de la situation. Les prochains mois s’annoncent donc cruciaux pour l’avenir de la démocratie.

Les réactions des organisations internationales, comme l’ONU ou l’Union européenne, restent attendues. Plusieurs responsables politiques ont déjà appelé à renforcer les mécanismes de protection des droits humains et à sanctionner les dérives autoritaires. Reste à voir si ces appels se traduiront par des actions concrètes.

L’institut Varieties of Democracy (V-Dem) est un centre de recherche suédois fondé par Staffan Ingemar Lindberg. Il publie chaque année un rapport mondial sur l’état de la démocratie, évaluant plus de 200 pays selon cinq dimensions : le suffrage universel, la liberté d’expression, la liberté d’association, la transparence gouvernementale et l’égalité des droits.

L’institut s’appuie sur un réseau de plusieurs centaines d’experts répartis dans le monde entier. Ces chercheurs analysent des milliers de sources, notamment des textes législatifs, des rapports d’ONG et des données électorales, pour établir un classement précis des régimes politiques.