Selon Courrier International, la réutilisation des matériaux dans la construction s’impose comme une solution concrète pour réduire l’empreinte carbone du secteur du bâtiment, responsable de 10 à 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cette tendance, encore confidentielle, gagne progressivement des villes pionnières comme Bruxelles, où des initiatives locales visent à promouvoir une économie circulaire dans l’architecture.
Ce qu’il faut retenir
- Le secteur du bâtiment génère entre 10 % et 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, selon une étude parue en janvier 2026 dans Nature Cities.
- À Bruxelles, la coopérative Rotor DC récupère et réutilise des matériaux de construction depuis 2015, une approche encore rare mais prometteuse.
- Le coût élevé de la main-d’œuvre et la compétitivité du neuf freinent encore le développement du réemploi, malgré ses avantages environnementaux.
- Des projets emblématiques, comme le Turbine Hall de la Tate Modern à Londres ou le CaixaForum de Barcelone, illustrent le potentiel de la rénovation plutôt que de la construction neuve.
- Le premier centre commercial dédié à la seconde main, prévu pour 2027 au Québec, sera aménagé dans une ancienne usine, évitant ainsi l’artificialisation de nouveaux sols.
Un secteur du bâtiment sous pression climatique
Depuis le début de l’année 2026, la presse internationale met en lumière des architectes qui intègrent des savoir-faire traditionnels pour rendre les bâtiments plus résilients face aux aléas climatiques. Comme le rappelle Climatiques, des professionnels comme l’Indien Udit Mittal ou la Sénégalaise Nzinga Mboup conçoivent des édifices adaptés aux canicules, aux pluies intenses ou aux tempêtes. Cependant, une autre piste, tout aussi stratégique, émerge : celle du réemploi des matériaux. Cette approche consiste à récupérer des éléments architecturaux — poutres, lavabos, carrelages, tuyaux — pour les réutiliser directement ou après réparation, réduisant ainsi le besoin en ressources neuves.
L’enjeu est de taille : le secteur du bâtiment pèse lourd dans le bilan carbone mondial. Une étude publiée en janvier 2026 dans Nature Cities rappelle que 10 à 20 % des émissions de gaz à effet de serre sont imputables à sa construction et à son entretien. Ces chiffres expliquent pourquoi des médias comme le Financial Times s’intéressent de près à l’économie circulaire appliquée à l’architecture. « La démolition, autrefois quasi inévitable avant toute construction en ville, est en train de perdre de son attrait », constatait le quotidien britannique en 2025.
Bruxelles, capitale européenne du réemploi architectural
Parmi les villes engagées dans cette transition, Bruxelles se distingue comme un laboratoire de l’architecture circulaire. La capitale belge abrite depuis 2015 Rotor DC, une coopérative spécialisée dans la déconstruction et la réutilisation des matériaux. Ce centre, unique en son genre à son ouverture, stocke des éléments récupérés sur les chantiers — laine de verre, poutres, porte-papier toilette, etc. — pour les remettre en circulation après nettoyage ou réparation. « Dans un immeuble de bureaux, on trouve des porte-papier toilette en grand nombre. Ça représente un budget énorme. Alors qu’un ouvrier peut les démonter en une journée pour les réutiliser », expliquait Maarten Gielen, cofondateur de Rotor DC, dans Le Vif en 2022.
Pourtant, malgré cette avancée, l’enthousiasme reste mesuré. Le réemploi reste onéreux, notamment en raison du coût de la main-d’œuvre locale et de la taxation des matériaux. Comme le souligne Le Vif, la compétitivité du neuf et le prix avantageux des matériaux neufs freinent encore cette dynamique. Pour contourner cet obstacle, des groupes militants comme HouseEurope! militent pour une législation européenne favorisant la réutilisation. Leur proposition : exonérer de TVA les projets de rénovation et limiter les démolitions abusives.
Des projets emblématiques pour illustrer le potentiel du réemploi
Malgré ces défis, le mouvement prend de l’ampleur grâce à des réalisations concrètes. Le Turbine Hall de la Tate Modern à Londres, installé dans une ancienne centrale électrique, ou le CaixaForum de Barcelone, aménagé dans une ancienne usine textile, démontrent qu’il est possible de donner une seconde vie à des bâtiments historiques. Ces exemples inspirent désormais d’autres projets, à l’image du premier centre commercial 100 % seconde main prévu pour 2027 au Québec. Plutôt que de construire un nouvel édifice, les promoteurs ont choisi de rénover une ancienne usine de transformation de papier. « Hors de question de construire un nouveau bâtiment pour accueillir ce centre commercial fondé sur l’économie circulaire », relevait Le Devoir.
Ces initiatives montrent que le réemploi n’est pas qu’une utopie : il s’agit d’une réponse pragmatique aux enjeux climatiques. Cependant, son développement dépendra de plusieurs facteurs, dont la capacité des villes à surmonter les freins économiques et réglementaires. Pour l’instant, le modèle reste marginal, même à Bruxelles, où le bouwmeester — un architecte indépendant chargé d’épauler les politiques publiques — plaide en faveur d’une généralisation de ces pratiques.
Un modèle encore fragile, mais porteur d’espoir
Si le réemploi des matériaux dans l’architecture gagne du terrain, il reste confronté à des obstacles structurels. Le principal ? Le coût. Comme le rappelle Le Vif, la main-d’œuvre qualifiée pour démonter et rénover les éléments est souvent plus chère que l’achat de matériaux neufs. « La faute à la compétitivité du neuf, la taxation des matériaux et un même point d’achoppement, le coût de la main-d’œuvre locale, elle-même contrebalancée par un prix du matériau bien plus avantageux », décryptait l’hebdomadaire belge. Pour inverser cette tendance, des solutions existent : subventions, formations dédiées, ou encore simplification des normes pour faciliter la réutilisation.
Par ailleurs, l’adoption de cette pratique dépendra aussi de la capacité des acteurs locaux à s’organiser. À Bruxelles, Rotor DC montre la voie en centralisant la récupération des matériaux. D’autres villes pourraient s’inspirer de ce modèle, à condition de mettre en place des plateformes logistiques et des partenariats entre chantiers, recycleurs et artisans. Bref, si le réemploi a de beaux jours devant lui, son essor dépendra autant de la volonté politique que de l’engagement des professionnels du secteur.
Plusieurs facteurs expliquent ce surcoût. D’abord, la main-d’œuvre qualifiée nécessaire pour démonter, nettoyer et rénover les matériaux est souvent plus chère que l’achat de produits neufs. Ensuite, les matériaux de réemploi doivent parfois être transportés, stockés et certifiés, ce qui engendre des frais supplémentaires. Enfin, les taxes sur les matériaux neufs, souvent moins élevées, favorisent encore la démolition. Pour inverser cette tendance, des exonérations fiscales ou des subventions pourraient être mises en place, comme le proposent des associations comme HouseEurope!