Wimbledon, 5 juillet 2026. Dans les coulisses du troisième Grand Chelem de la saison, l’atmosphère est tendue. Une réforme majeure du double masculin, dont les grandes lignes ont été révélées par RMC Sport, s’apprête à bouleverser l’équilibre d’une discipline déjà fragilisée. Selon l’ATP, le projet vise à réduire le nombre de matchs en double dans la majorité des tournois, à l’exception des quatre Majeurs, tout en diminuant les prize money associés. Une décision qui, si elle était adoptée, devrait entrer en vigueur dès la saison 2028.

Dès lors, les joueurs de double, réunis dans les vestiaires de l’All England Club, multiplient les prises de parole pour alerter sur les conséquences d’un tel bouleversement. Edouard Roger-Vasselin, figure historique du double français, a endossé le rôle de porte-parole aux côtés de son homologue italien Andrea Vavassori. « Jeudi, j’ai passé une heure au téléphone avec un représentant de l’ATP. Rien n’est encore acté, mais les propositions qui nous sont soumises n’ont été ni partagées avec les joueurs, ni avec certains directeurs de tournois », a-t-il expliqué à la presse. Une opacité qui interroge, alors que des directeurs de tournois ont, eux aussi, découvert l’existence de ces projets par la presse.

Ce qu'il faut retenir

  • Un projet de réforme de l’ATP prévoit de réduire le nombre de matchs en double dans les tournois ATP 1000, 500 et 250, à l’exception des quatre Grands Chelems, avec une entrée en vigueur prévue pour 2028.
  • Les prize money alloués au double pourraient également être revus à la baisse, selon les premières informations révélées par RMC Sport.
  • Les joueurs dénoncent un manque de concertation : ni les athlètes, ni certains organisateurs de tournois n’auraient été consultés en amont.
  • Des figures comme Edouard Roger-Vasselin et Sadio Doumbia montent au créneau, évoquant une possible « guerre » entre joueurs de simple et de double.
  • Certains directeurs de tournois défendent le double, soulignant son rôle dans l’attractivité des événements, notamment en Europe.

Une réforme aux contours flous, mais aux impacts concrets

Les contours exacts de la réforme restent flous, mais plusieurs éléments ont été évoqués. Selon les informations relayées par RMC Sport, les tableaux de double seraient réduits à 16 équipes dans les Masters 1000 et à 8 équipes dans les tournois ATP 500 et 250. Une réduction drastique, qui ne s’appliquerait pas aux quatre Majeurs, où le double conserve son format traditionnel. Les prize money, eux aussi, pourraient être revus à la baisse, une mesure justifiée par l’ATP par un déséquilibre économique entre les joueurs de simple et de double.

Cette annonce a provoqué une levée de boucliers parmi les spécialistes du double. Fabien Reboul, partenaire de Sadio Doumbia, a vivement critiqué la méthode employée par l’instance dirigeante. « J’espère qu’on ne va pas créer une guerre entre joueurs de simple et joueurs de double alors qu’elle n’existe pas, a-t-il déclaré. Je pense que c’est ce qu’ils essaient de faire. J’espère que tous les joueurs seront assez malins pour le voir et qu’on reste unis. » Une crainte partagée par Harri Heliovaara et Henry Patten, les numéros 1 mondiaux, qui voient dans cette réforme une remise en cause de leur discipline.

Les joueurs dénoncent une stratégie de division

Au-delà des aspects sportifs, c’est la méthode qui est pointée du doigt. Plusieurs joueurs de double accusent l’ATP de vouloir opposer les disciplines entre elles pour justifier sa réforme. « Ils vont voir les joueurs de simple en leur disant : *‘Vous voulez plus d’argent ? On peut vous proposer d’enlever le double ou de réduire les prize money en double et là, on le donnerait au simple’* », a dénoncé Sadio Doumbia, 31e mondial. Une stratégie perçue comme un « coup d’esbroufe » par le joueur français, qui estime que cette réforme ne résoudra en rien les déséquilibres financiers du circuit.

Les tensions sont d’autant plus vives que certains directeurs de tournois semblent jouer un rôle ambigu. Alors que certains défendent le double pour son attractivité, d’autres, selon les joueurs, préféreraient le voir disparaître au profit du simple. « On a essayé de monter notre propre compte Instagram pour promouvoir notre discipline, a expliqué Fabien Reboul. L’ATP nous a dit que l’algorithme n’était pas assez bon si on mettait nos noms dans les posts. À Rome, on s’est mis torse nu et on a fait un million de vues. Pourtant, ils nous ont interdit de le faire. » Une contradiction que les joueurs peinent à comprendre, alors même que l’ATP clame vouloir « faire briller le double ».

« Quand tu vas à Halle, Hambourg ou Munich, des duos comme Krawietz-Puetz remplissent les stades à chaque fois. Le double a une valeur, et l’ATP essaie de nous faire croire que notre discipline n’en a aucune. »
— Sadio Doumbia

Le double, parent pauvre du tennis ou discipline essentielle ?

Pour ses défenseurs, le double reste un pilier du tennis, surtout en Europe où il attire un public fidèle. Sadio Doumbia cite l’exemple de tournois comme Halle ou Hambourg, où des duos comme ceux de Kevin Krawietz et Tim Puetz remplissent systématiquement les gradins. « Les Grands Chelems ont besoin du double. Quand tu te retrouves avec seulement trois ou quatre matchs dans la journée en ATP 500, ça fait peu pour des spectateurs qui viennent consommer du tennis », a-t-il souligné. Une argumentation qui semble trouver un écho auprès de certains organisateurs, même si l’ATP reste sourd à ces revendications.

Pourtant, le double peine à se faire une place dans l’écosystème médiatique du tennis. Malgré des initiatives individuelles pour promouvoir la discipline, comme la création de comptes sur les réseaux sociaux, les joueurs se heurtent à une inertie institutionnelle. « On n’a pas demandé d’argent, on n’a rien demandé, a rappelé Fabien Reboul. Ils nous ont juste dit *non* sans justification. Et après, ils disent qu’ils font tout pour que notre produit marche… » Un paradoxe que les athlètes peinent à expliquer.

Et maintenant ?

La réforme proposée par l’ATP doit encore être officiellement adoptée, mais les joueurs de double savent que le compte à rebours est lancé. Si elle entre en vigueur en 2028, comme prévu, les conséquences pourraient être lourdes pour les spécialistes de la discipline. Une réunion d’urgence avec les représentants des joueurs est évoquée dans les prochaines semaines, mais l’issue reste incertaine. Pour l’instant, l’ATP n’a pas réagi publiquement à la polémique, préférant garder le silence sur un dossier qui agite déjà le monde du tennis.

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : la bataille pour la survie du double ne fait que commencer. Entre les divisions internes et les stratégies opaques de l’instance dirigeante, les joueurs de double devront redoubler d’efforts pour faire entendre leur voix.

Selon les informations révélées par RMC Sport, les tournois ATP 1000 verraient leurs tableaux de double réduits à 16 équipes, tandis que les ATP 500 et 250 seraient limités à 8 équipes. Cette réforme ne concernerait pas les quatre Grands Chelems.

Les premières informations indiquent que l’ATP envisage une application de cette réforme dès la saison 2028, sous réserve de son adoption définitive.