Une tendance alimentaire prisée par les moins de 65 ans, marquée par la consommation excessive de barres protéinées, l’éviction des féculents ou encore la surconsommation de viande, pourrait s’avérer plus dangereuse qu’utile pour la santé. Selon Top Santé, des données récentes mettent en lumière les effets indésirables de ces régimes hyperprotéinés, notamment un risque accru de développer certains cancers. Une mise en garde qui intervient alors que ces pratiques se généralisent, notamment dans les milieux sportifs et chez les adeptes du « tout sans sucre ».
Ce qu'il faut retenir
- 45 % des moins de 65 ans adoptent des régimes hyperprotéinés, souvent en supprimant féculents et en privilégiant viandes et substituts protéinés, selon les données épidémiologiques récentes.
- Une étude publiée en 2025 dans The American Journal of Clinical Nutrition établit un lien entre excès de protéines animales et augmentation de 18 % du risque de cancer colorectal chez les moins de 65 ans.
- Les barres protéinées, souvent consommées comme substitut de repas, contiennent des additifs et édulcorants dont les effets à long terme restent mal évalués.
- Les spécialistes soulignent l’absence de recommandations officielles pour ces régimes, contrairement aux apports nutritionnels conseillés (ANC) pour les protéines.
- Les professionnels de santé rappellent que l’excès de protéines sollicite davantage les reins, pouvant aggraver des pathologies préexistantes.
Une tendance alimentaire en plein essor
Depuis 2020, les régimes hyperprotéinés ont gagné en popularité, portés par des influenceurs fitness et des publicités vantant leurs bénéfices pour la perte de poids ou la prise de masse musculaire. D’après Top Santé, cette pratique touche désormais près d’un Français sur deux âgés de moins de 65 ans. Les régimes cétogène, paléo ou encore le « carnivore », qui prônent la suppression totale des féculents au profit des protéines, séduisent particulièrement les jeunes actifs soucieux de leur apparence physique. Pourtant, cette approche nutritionnelle, souvent adoptée sans suivi médical, soulève des questions quant à ses répercussions sur la santé à long terme.
Les données épidémiologiques révèlent une corrélation troublante entre ces régimes et l’augmentation des cancers digestifs. Une étude menée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), publiée en novembre 2025, montre que les personnes de moins de 65 ans consommant plus de 120 grammes de protéines par jour — soit le double des apports recommandés — présentent un risque majoré de 22 % pour les cancers du côlon et du rectum.
Les mécanismes biologiques en cause
Les mécanismes expliquant ce surrisque ne sont pas encore totalement élucidés, mais plusieurs pistes sont avancées par les chercheurs. L’une d’elles repose sur l’impact des protéines animales, riches en acides aminés soufrés, qui pourraient favoriser la prolifération cellulaire anormale. Par ailleurs, l’excès de protéines sollicite fortement le foie et les reins, deux organes déjà mis à contribution dans le processus de détoxification. «
On observe une surcharge métabolique chez les personnes suivant ces régimes, avec une production accrue d’ammoniac et d’urée, des déchets toxiques pour l’organisme», explique le Dr. Laurent Chevallier, nutritionniste et auteur de plusieurs ouvrages sur l’alimentation.
Les barres protéinées, souvent présentées comme des alternatives pratiques, concentrent également des risques. Selon une analyse de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), menée en 2024, 60 % des barres protéinées commercialisées en France contiennent des édulcorants artificiels (aspartame, sucralose) ou des huiles raffinées, dont les effets sur le microbiote intestinal restent controversés. Certains additifs, comme les émulsifiants, pourraient altérer la barrière intestinale, facilitant l’inflammation et, à terme, la survenue de cancers.
Un manque de cadre réglementaire
Face à l’engouement pour ces régimes, les autorités sanitaires peinent à encadrer ces pratiques. En France, les recommandations officielles de l’ANSES, publiées en 2022, préconisent un apport protéique moyen de 0,8 à 1,2 gramme par kilogramme de poids corporel et par jour. Pourtant, aucune directive n’est émise concernant les régimes hyperprotéinés, laissant le champ libre aux marketing agressifs des marques de compléments alimentaires. «
Ces régimes sont souvent présentés comme miracles, alors qu’ils ne sont pas adaptés à une grande partie de la population», souligne le Pr. Serge Hercberg, épidémiologiste et spécialiste de la nutrition publique.
Les professionnels de santé s’inquiètent également de l’absence de suivi médical pour les adeptes de ces régimes. Une enquête de l’Ordre national des médecins, publiée en mars 2026, révèle que 70 % des personnes suivant un régime hyperprotéiné ne consultent jamais de nutritionniste avant de se lancer. Un constat alarmant, alors que les risques rénaux et hépatiques sont bien documentés.
En attendant, les experts appellent à la prudence et recommandent de privilégier une alimentation équilibrée, riche en fibres, en légumes et en protéines variées — qu’elles soient animales ou végétales. Pour ceux qui souhaitent suivre un régime restrictif, un avis médical préalable s’impose.
Les symptômes incluent une fatigue persistante, des troubles digestifs (constipation, diarrhée), des maux de tête, une prise de poids inexpliquée ou encore des douleurs rénales. Une prise de sang peut révéler une élévation des marqueurs rénaux (créatinine, urée) ou hépatiques (transaminases).
Non, mais ils doivent être adaptés à chaque profil. Les personnes souffrant d’insuffisance rénale, de diabète de type 2 ou de maladies hépatiques sont particulièrement exposées. Les femmes enceintes ou allaitantes, ainsi que les adolescents en croissance, devraient également éviter ces régimes sans avis médical.