L’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, chercheuse au CNRS et spécialiste de l’entrisme des Frères musulmans dans les institutions françaises, a été relaxée jeudi 12 juin 2026 par le tribunal judiciaire de Strasbourg. Elle était poursuivie pour diffamation par une doctorante de l’université de Strasbourg, Iman El Feki, après des propos tenus sur le réseau social X en mars 2025.

Selon Le Figaro, la plaignante reprochait à Florence Bergeaud-Blackler d’avoir écrit : « L’idéologie frériste s’est installée dans les universités progressivement depuis trente ans », tout en la décrivant comme une « relais de l’entrisme islamiste » et participant à une « islamisation de la connaissance ». Le tribunal a finalement estimé que la plainte était irrecevable, faute pour Iman El Feki d’avoir précisément cité les passages incriminés dans les publications de l’anthropologue.

Ce qu'il faut retenir

  • Relaxe totale pour Florence Bergeaud-Blackler, spécialiste reconnue des Frères musulmans, dans un procès pour diffamation intenté par une doctorante de Strasbourg.
  • La plaignante, Iman El Feki, reprochait à l’anthropologue d’avoir affirmé en mars 2025 sur X que « l’idéologie frériste s’était installée dans les universités depuis trente ans ».
  • Le tribunal a jugé que la plainte était irrecevable, car les passages précis incriminés n’avaient pas été identifiés par la plaignante.
  • L’université de Strasbourg a pris en charge les frais de justice d’Iman El Feki, malgré son absence de statut d’agent public, et a même signalé les écrits de Florence Bergeaud-Blackler au CNRS.
  • Le jugement souligne l’absence de justification de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles dans une précédente décision de requalification.

Un procès en diffamation aux enjeux idéologiques

Le tribunal judiciaire de Strasbourg a rendu son verdict en faveur de Florence Bergeaud-Blackler, mettant un terme à un procès qui s’est rapidement transformé en débat sur la liberté académique et la critique de l’islam politique. L’anthropologue, dont les travaux portent sur l’influence des Frères musulmans dans les institutions françaises, a été poursuivie par Iman El Feki, une doctorante en sociologie dont les recherches portent sur la prévention de la radicalisation.

Dans ses publications, Florence Bergeaud-Blackler avait associé Iman El Feki à une « islamisation de la connaissance », une formulation qui a motivé le dépôt de plainte pour diffamation. Cependant, le tribunal a estimé que la plaignante n’avait pas suffisamment précisé les passages incriminés dans les écrits de l’anthropologue, rendant sa plainte irrecevable sur le plan juridique.

Le rôle de l’université et du CNRS dans le soutien à la doctorante

Contrairement à ce que prévoit généralement la protection fonctionnelle — réservée aux agents publics —, l’université de Strasbourg a pris en charge les frais de justice d’Iman El Feki. Dans un courrier consulté par Le Figaro, la présidente de l’établissement, Frédérique Berrod, a confirmé le « soutien de l’établissement dans ce dossier ». Elle a également indiqué avoir signalé les écrits de Florence Bergeaud-Blackler au CNRS, institution dont dépend l’anthropologue.

Cette prise en charge des frais judiciaires par l’université, alors qu’Iman El Feki n’est pas fonctionnaire, soulève des questions sur l’implication des établissements publics dans des contentieux aux motivations idéologiques. Frédérique Berrod a justifié cette décision par le soutien apporté à l’étudiante dans un contexte où ses travaux et son engagement académique étaient en jeu.

Les travaux d’Iman El Feki et la controverse autour de ses positions

Iman El Feki, doctorante en sociologie, mène des recherches sur la prévention de la radicalisation, en collaboration avec les services pénitentiaires de la région Grand-Est. Ses travaux accordent une place importante aux « dispositifs religieux » dans le suivi des personnes radicalisées après leur sortie de prison, une approche qui a suscité des débats au sein de la communauté académique.

Ses publications sur les réseaux sociaux, où elle partage des textes de figures comme Rima Hassan, ainsi que son apparence voilée sur certaines photos officielles, ont également alimenté les discussions. Florence Bergeaud-Blackler avait évoqué dans ses propos une possible « islamisation de la connaissance », une formulation qui a été jugée trop vague par le tribunal pour constituer une diffamation caractérisée.

La réaction des avocats de Florence Bergeaud-Blackler

L’équipe juridique de Florence Bergeaud-Blackler, composée de Me Louis Cailliez, Me Thibault de Montbrial et Me Vinciane de Sigy, s’est félicitée de la décision du tribunal. Me Louis Cailliez a déclaré au Figaro : « Le Tribunal a suivi la seule boussole qui vaille : le droit (et rien que le droit), dans une procédure à motif idéologique qui visait à bâillonner le travail courageux et salutaire de Florence Bergeaud-Blackler sur l’entrisme des Frères musulmans dans la galaxie universitaire française. »

Cette victoire judiciaire est perçue comme un soulagement pour l’anthropologue, dont les travaux sur l’entrisme islamiste dans les institutions françaises sont régulièrement controversés. La décision du tribunal de Strasbourg renforce la légitimité de ses recherches, tout en rappelant les limites de l’action en diffamation lorsque les propos incriminés relèvent du débat d’idées.

Un jugement qui interroge sur la liberté académique

Au-delà du cas spécifique de Florence Bergeaud-Blackler et Iman El Feki, ce procès soulève des questions plus larges sur la liberté académique et les limites de la critique dans le milieu universitaire. La décision du tribunal de Strasbourg, en invalidant la plainte pour défaut de précision, rappelle que le droit à la diffamation doit s’appuyer sur des éléments concrets et identifiables.

Pour ses détracteurs, Florence Bergeaud-Blackler incarne une approche parfois perçue comme stigmatisante envers l’islam politique. Pour ses partisans, elle représente au contraire une voix nécessaire dans le débat sur l’influence des Frères musulmans en Europe. Ce jugement, en évitant toute censure a priori, laisse la porte ouverte à la poursuite de ces discussions, sans que le débat ne soit étouffé par des procédures judiciaires abusives.

Et maintenant ?

La relaxe de Florence Bergeaud-Blackler ne met pas un terme définitif aux tensions autour de ses travaux. Le CNRS, qui a été saisi par l’université de Strasbourg, pourrait désormais se prononcer sur la pertinence des signalements reçus. Par ailleurs, d’autres procédures judiciaires pourraient être engagées à l’encontre de l’anthropologue, même si cette décision du tribunal de Strasbourg constitue un précédent favorable à la liberté d’expression dans le débat académique. La question de la protection des chercheurs travaillant sur des sujets sensibles reste donc entière, et pourrait faire l’objet de nouvelles discussions institutionnelles dans les mois à venir.

Ce jugement rappelle également que les universités, en soutenant financièrement des procédures judiciaires pour leurs étudiants ou enseignants, doivent veiller à ne pas instrumentaliser le droit au service d’une cause idéologique. L’équilibre entre soutien institutionnel et neutralité académique pourrait ainsi devenir un sujet de réflexion pour les établissements d’enseignement supérieur en France.

Malgré l’absence de statut d’agent public pour Iman El Feki, l’université de Strasbourg a décidé de soutenir financièrement sa procédure judiciaire. Dans un courrier adressé à la doctorante et consulté par Le Figaro, la présidente Frédérique Berrod a confirmé le « soutien de l’établissement dans ce dossier ». Cette prise en charge exceptionnelle s’inscrit dans un contexte où les travaux et l’engagement académique de la doctorante étaient directement en jeu.