Début 2026, le groupe Renault a officiellement annoncé son entrée dans la production de drones militaires aériens, des équipements devenus indispensables sur les théâtres d’opérations contemporains, notamment en Ukraine. Cette décision rappelle que l’industriel français figure, depuis plus d’un siècle, parmi les acteurs majeurs de l’armement hexagonal — une présence marquée par des contributions majeures, mais aussi par une parenthèse de plusieurs années durant la Seconde Guerre mondiale.

Selon Ouest France, cette annonce s’inscrit dans la continuité d’une histoire industrielle où Renault a souvent joué un rôle central, alternant entre innovation technologique et controverses éthiques. Un héritage qui, plus d’un siècle après ses premiers engagements, continue de soulever des débats sur le rôle des grands groupes industriels dans le secteur de la défense.

Ce qu'il faut retenir

  • Depuis 2026, Renault produit des drones militaires aériens, des appareils désormais incontournables sur les fronts modernes.
  • L’entreprise est impliquée dans l’armement français depuis plus de 100 ans, avec une présence constante, sauf entre 1939 et 1944.
  • Renault a contribué à des équipements emblématiques, comme les chars légers FT-17 utilisés dès la Première Guerre mondiale.
  • Le groupe a renoué avec le secteur de la défense après une longue période d’absence relative.
  • Cette réorientation s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par la guerre en Ukraine et la montée des tensions internationales.

Un siècle d’innovations militaires : des chars aux drones

Dès 1917, Renault s’impose comme un acteur clé de l’industrie militaire française en produisant le char léger FT-17, un engin révolutionnaire pour l’époque. Conçu par l’ingénieur Louis Renault, ce véhicule blindé devient le premier char de l’histoire à être équipé d’une tourelle rotative, lui offrant une mobilité et une puissance de feu inégalées. Selon les archives de l’époque, plus de 3 700 exemplaires seront fabriqués jusqu’en 1918, jouant un rôle décisif dans les offensives alliées de la Première Guerre mondiale.

L’après-guerre voit Renault diversifier ses activités dans le domaine de l’armement, notamment via sa filiale Renault Trucks Defense — aujourd’hui intégrée au groupe Volvo. Pendant près d’un siècle, l’entreprise participe à la conception de véhicules militaires, d’engins de génie et de systèmes logistiques pour les forces armées françaises et étrangères.

Une parenthèse de 1939 à 1944

La Seconde Guerre mondiale marque un tournant dans l’implication de Renault dans le secteur de la défense. Sous l’Occupation, l’usine historique de Billancourt, en région parisienne, est réquisitionnée par les autorités allemandes et utilisée pour la production de véhicules militaires, dont des camions et des chars. Cette collaboration forcée avec l’occupant vaut à Louis Renault d’être accusé de collaboration après la Libération, avant son décès en 1944.

Dans l’immédiat après-guerre, l’entreprise est nationalisée en 1945 — une décision qui isole temporairement Renault du secteur privé de l’armement. Il faudra attendre les années 1960 pour que le groupe renoue avec les commandes militaires, notamment via des partenariats avec l’État français pour la production de véhicules tout-terrain adaptés aux besoins de l’armée.

Le retour en force dans la défense au XXIe siècle

À partir des années 2000, Renault réinvestit progressivement le secteur de l’armement, d’abord de manière discrète, puis de façon plus affirmée. En 2010, le groupe signe un contrat avec l’armée française pour la livraison de 400 véhicules blindés légers Sherpa, développés en collaboration avec Arquus (ex-Renault Trucks Defense). Ces engins, conçus pour des missions de reconnaissance et de transport de troupes, équipent aujourd’hui les forces spéciales et les régiments d’infanterie.

Plus récemment, Renault a élargi son portefeuille avec des projets plus ambitieux, comme la production de drones militaires. Ces appareils, déployés massivement en Ukraine depuis 2022, sont devenus un outil stratégique pour le renseignement, le ciblage et la reconnaissance. En s’engageant dans ce créneau, le groupe français rejoint un marché en pleine expansion, où la demande en systèmes autonomes et connectés explose.

Et maintenant ?

Avec l’annonce de la fabrication de drones militaires, Renault pourrait bien devenir un fournisseur clé pour les armées européennes, alors que l’Union européenne accélère ses investissements dans les technologies de défense. Une première commande publique est attendue d’ici la fin 2026, selon des sources proches du dossier. Reste à voir si ce retour dans l’armement sera durable ou s’il s’inscrit dans une stratégie ponctuelle, dictée par le contexte géopolitique actuel.

Cette réorientation interroge aussi sur l’évolution des relations entre les grands groupes industriels et l’État français. Dans un contexte de tensions internationales croissantes, Renault pourrait jouer un rôle accru dans les chaînes d’approvisionnement de la défense, aux côtés d’acteurs historiques comme Thales ou Dassault Aviation. Bref, l’histoire de Renault avec l’armement n’est pas terminée — elle entre simplement dans une nouvelle phase.