Un Syrien de 36 ans, installé à Épinal, a été condamné jeudi à huit ans de prison ferme par le tribunal correctionnel des Vosges pour avoir dirigé l’une des plus importantes filières d’immigration irrégulière de Syriens vers la France. Selon nos confrères du Figaro, ce réseau, opérant sous la couverture d’une agence de voyages baptisée « La Sultana Tours », a permis à entre 400 et 500 migrants syriens de rejoindre la métropole entre 2021 et 2025, selon les estimations du parquet. Les candidats à l’exil, principalement issus de la communauté druze, transitaient par le Venezuela et la Guyane avant de gagner la France métropolitaine, moyennant des tarifs variant entre 1 000 et 8 000 euros.

Ce qu'il faut retenir

  • Un homme de 36 ans condamné à huit ans de prison ferme pour avoir dirigé un réseau de passeurs syriens entre 2021 et 2025
  • Le réseau, sous couvert d’une société de voyages (« La Sultana Tours »), a fait transiter entre 400 et 500 migrants via le Venezuela et la Guyane
  • Tarifs pratiqués : entre 1 000 et 8 000 euros par personne selon les moyens des candidats à l’exil
  • Condamnation assortie d’une amende de 400 000 euros et d’une interdiction définitive de séjour en France

Un réseau structuré démantelé après quatre ans d’enquête

L’enquête, lancée en octobre 2025 après un renseignement transmis à l’Office de lutte contre le trafic illégal de migrants de Metz, a permis de remonter jusqu’à cette filière organisée depuis Épinal. Les investigations ont révélé l’existence de vidéos promotionnelles diffusées via WhatsApp, mettant en avant les services de « La Sultana Tours ». Le dirigeant, placé en garde à vue début juillet 2025, avait été maintenu en détention provisoire jusqu’à son procès. Les magistrats ont retenu les faits d’aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d’étrangers en France, commis en bande organisée, une infraction passible jusqu’à dix ans d’emprisonnement.

Un profil atypique et des déclarations contestées

Installé au Venezuela depuis ses 21 ans pour y suivre des études de droit, l’accusé avait ensuite vécu au Brésil avant de s’établir à Épinal, où il avait rejoint son épouse. Lors de l’audience, il s’est présenté comme un « citoyen ayant essayé d’aider ses compatriotes », évoquant une « activité professionnelle d’agent de voyages ». Assisté d’un interprète, il a reconnu avoir organisé ces voyages tout en affirmant ignorer enfreindre la loi. Ses excuses répétées n’ont pas convaincu le ministère public, qui a souligné l’ampleur exceptionnelle de cette filière.

« Cet homme a fait passer entre 400 et 500 migrants en France entre 2021 et 2025, ce qui représente entre 10 et 15 % de l’immigration syrienne en France sur cette période. »
— Jean-Emmanuel Besset, procureur de la République, cité par Le Figaro

Des migrants témoins de la procédure

Plusieurs candidats à l’exil, entendus lors de l’enquête, ont confirmé avoir eu recours aux services de ce réseau pour rejoindre la France. Leurs témoignages ont permis de reconstituer le parcours type des migrants : départ du Venezuela, entrée en Guyane via des filières locales, puis dispersion vers la métropole. Le procureur a qualifié cette organisation de « l’une des plus grandes, sinon la plus grande, filière d’immigration syrienne en France ». La condamnation à huit ans de prison ferme, conforme aux réquisitions du parquet, s’accompagne d’une amende de 400 000 euros et d’une interdiction définitive du territoire français.

Et maintenant ?

Cette condamnation marque la fin d’une enquête de près de deux ans, mais le démantèlement de cette filière ne signifie pas l’arrêt des tentatives d’immigration irrégulière depuis l’Amérique du Sud. Les autorités pourraient intensifier les contrôles aux frontières ultramarines, notamment en Guyane, où transitent régulièrement des migrants en provenance du Venezuela. Aucune autre arrestation n’a été annoncée à ce stade, mais l’enquête pourrait se poursuivre pour identifier d’éventuels complices ou relais en France ou à l’étranger.

Cette affaire rappelle aussi l’importance des dispositifs de lutte contre les réseaux de passeurs, qui exploitent les crises migratoires pour organiser des traversées clandestines à haut risque. Les condamnations dans ce type d’affaires restent rares, mais leur sévérité vise à dissuader d’autres tentatives similaires. Reste à voir si cette décision judiciaire aura un effet dissuasif sur d’autres filières en activité.

Selon l’enquête, les migrants quittaient la Syrie pour le Venezuela, où ils prenaient contact avec l’agence « La Sultana Tours ». Depuis Caracas, ils se rendaient en Guyane française, avant de poursuivre leur trajet vers la métropole. Le voyage était organisé en plusieurs étapes, avec des intermédiaires locaux dans chaque pays. Les tarifs variaient selon les prestations (billets d’avion, faux documents, transports locaux).