La saison des résultats du premier trimestre 2026 a une fois de plus montré que les conférences téléphoniques organisées par les entreprises avec les analystes financiers jouent un rôle aussi crucial que les chiffres bruts. Selon BFM Bourse, ces échanges ont parfois fait la différence entre une chute et une hausse des actions, comme en témoignent les cas de Thales, Airbus, BNP Paribas ou encore Tesla.

Chaque année, les investisseurs scrutent les publications financières des grands groupes. Pourtant, les réactions du marché dépendent souvent davantage des commentaires des dirigeants pendant ces réunions que des résultats eux-mêmes. Cette saison, marquée par des tensions géopolitiques et des défis logistiques, l’a confirmé une nouvelle fois.

Ce qu'il faut retenir

  • Thales a perdu 5,92 % en Bourse après des commentaires prudents sur l’impact du conflit au Moyen-Orient sur son activité d’avionique, malgré des résultats stables au premier trimestre.
  • Airbus a vu son action progresser de 5,13 % après avoir expliqué les raisons d’un décalage entre production et livraisons, notamment à cause de retards administratifs sur des avions destinés à la Chine.
  • BNP Paribas a limité ses pertes à -1,4 % grâce à des annonces rassurantes sur sa trajectoire de capital, permettant d’anticiper un ratio CET1 de 13 % dès 2026.
  • Tesla a reculé de 0,3 % après l’annonce de dépenses d’investissement (capex) revues à la hausse, passant de 20 à 25 milliards de dollars, avec un risque de dépasser 30 milliards d’ici la fin de l’année.

Thales : le Moyen-Orient pèse sur les perspectives, malgré des commandes stables

Le géant de l’électronique embarquée a publié des chiffres conformes aux attentes pour le premier trimestre 2026. Pourtant, son action a chuté de 5,92 % le jour de l’annonce. Selon Pascal Bouchiat, directeur général adjoint en charge des systèmes d’information, les tensions au Moyen-Orient n’ont pas encore eu d’impact direct sur l’avionique, mais « nous devrions voir des répercussions dès le deuxième trimestre ».

La hausse des coûts du kérosène et la baisse du trafic aérien entraînent une réduction des cycles de vol et, par ricochet, une baisse de l’activité d’après-vente pour Thales. Plusieurs compagnies aériennes ont déjà annulé des vols non rentables, mais l’ampleur de l’impact reste difficile à quantifier pour l’instant. « Comme toujours, il y a un biais de prudence du marché. Les commentaires sur la chaîne logistique masquent le côté plus positif des commandes dans la défense », a souligné un analyste.

Airbus : des retards administratifs expliquent le bond de l’action après un trimestre décevant

Le constructeur aéronautique a publié des résultats inférieurs aux attentes, avec un résultat opérationnel ajusté et une génération de trésorerie en dessous des prévisions. Pourtant, son action a terminé en forte hausse de 5,13 %, portée par les explications données lors de la conférence téléphonique. Le groupe a en effet accumulé des stocks en raison d’un décalage entre la production et les livraisons, notamment sur des avions destinés à des clients chinois.

« Environ 20 appareils produits n’ont pas pu être livrés au premier trimestre en raison de problèmes administratifs », a expliqué Guillaume Faury, président exécutif. Le groupe promet un rattrapage dès le deuxième trimestre. Côté approvisionnement, Airbus a également évoqué des difficultés chez Pratt&Whitney, son fournisseur de moteurs, mais a assuré que les livraisons prévues pour 2026 restaient stables et intégrées aux prévisions. « La montée en cadence se déroule conformément à notre plan », a-t-il ajouté.

BNP Paribas : une trajectoire de capital rassurante limite la chute de l’action

Comme ses concurrentes françaises, BNP Paribas a subi la pression des marchés après des résultats jugés « mitigés ». Sa filiale Arval, spécialisée dans le leasing automobile, a particulièrement déçu. L’action a plongé de 5,2 % en début de séance avant de se reprendre, terminant en baisse limitée à -1,4 %. La conférence téléphonique organisée à 14h a permis de rassurer les investisseurs.

La direction a indiqué qu’un ratio CET1 de 13 % pourrait être atteint dès la fin 2026, au lieu de 2027 comme initialement prévu. Une fois ce seuil franchi, la banque redistribuera l’excédent de capital à ses actionnaires, notamment via des rachats d’actions. « Le ton sur le capital était constructif », a commenté Barclays. Ce ratio, qui rapporte le capital aux risques pondérés, était de 12,8 % au premier trimestre.

Tesla : des capex revus à la hausse freinent l’enthousiasme des marchés

Le constructeur automobile a publié des résultats supérieurs aux attentes, mais l’action a fini en légère baisse de 0,3 %. Le responsable ? Les annonces d’Elon Musk et de Vaibhav Taneja, son directeur financier, sur les dépenses d’investissement (capex). Celles-ci devraient atteindre 25 milliards de dollars en 2026, contre 20 milliards prévus initialement.

« Vous devrez vous attendre à une augmentation très importante des capex, bien justifiée pour un flux de revenus futur substantiellement accru », a déclaré Elon Musk. Vaibhav Taneja a ajouté que ces dépenses pèseraient sur la trésorerie à court terme, mais seraient nécessaires pour financer l’extension des usines, la production de robots Optimus, du Cybercab (véhicule autonome) et des initiatives en intelligence artificielle. « Cela pourrait même approcher 30 milliards de dollars d’ici la fin de l’année », a estimé Gene Munster, gérant chez Deepwater AM.

Et maintenant ?

La saison des résultats du CAC 40 se poursuit jusqu’au 19 mai 2026, date à laquelle Euronext clôturera officiellement les publications du premier trimestre. Les investisseurs devraient continuer à scruter les conférences téléphoniques, surtout pour les groupes exposés à des tensions géopolitiques ou à des défis logistiques. Pour Thales, la prudence reste de mise sur l’impact du conflit au Moyen-Orient, tandis qu’Airbus mise sur un rattrapage de ses livraisons dès le deuxième trimestre. Côté BNP Paribas, la trajectoire de capital sera un indicateur clé pour les prochaines semaines.

En attendant, Tesla devra justifier ses investissements massifs auprès des marchés, alors que ses concurrents accélèrent également dans les véhicules autonomes et l’IA. Les prochaines annonces des dirigeants, ainsi que les indicateurs macroéconomiques comme les coûts de l’énergie ou les tensions commerciales, pourraient influencer durablement les cours.

Ces réunions permettent aux dirigeants de donner des précisions sur les résultats, d’anticiper des risques ou d’annoncer des perspectives. Les marchés réagissent souvent plus aux commentaires qualitatifs qu’aux chiffres bruts, car ils apportent des éléments sur la stratégie future de l’entreprise.