Le procureur de la République de Caen, Joël Garrigue, a justifié ce dimanche 10 mai la libération prochaine de Roland Blaudy, un homme condamné pour viols et agressions sexuelles aggravées, dont la peine prendra fin le 12 mai 2026. Selon BFM - Faits Divers, cette sortie de prison s’accompagne d’un placement à Rennes, la ville où réside l’une de ses victimes, malgré l’inquiétude exprimée par cette dernière.
Ce qu'il faut retenir
- Roland Blaudy, 73 ans, sortira de prison le 12 mai 2026 après avoir purgé une peine de 30 ans de réclusion criminelle, dont 20 ans de sûreté.
- Condamné en 2007 pour viols et agressions sexuelles, puis en 2018 pour récidive, sa peine a été réduite grâce à la confusion des peines et à des réductions de peine.
- La justice a indiqué que sa résidence à Rennes était la seule solution pour assurer un suivi socio-judiciaire efficace.
- Karine Jambu, l’une de ses victimes, dénonce une situation « inacceptable » et lance une pétition contre la confusion des peines pour les criminels violents.
- Roland Blaudy devra respecter un suivi socio-judiciaire de 15 ans, incluant une interdiction de contact avec les victimes et les mineurs, ainsi qu’un placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) pendant deux ans.
Une libération encadrée par la justice, mais contestée par la victime
Roland Blaudy, aujourd’hui âgé de 73 ans, a été incarcéré pour la première fois le 13 avril 2005. Il a été condamné le 28 février 2007 par la cour d’assises de Seine-et-Marne à 18 ans de réclusion criminelle pour des faits de viols et agressions sexuelles aggravées. En 2018, la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine l’a condamné à 30 ans de réclusion criminelle, avec une période de sûreté de 20 ans, assortie d’une confusion des peines avec la première condamnation. Selon les explications du procureur de Caen, cette confusion signifie que la peine de 18 ans a été absorbée par celle de 30 ans, la période de sûreté débutant à la date de son incarcération initiale.
La période de sûreté de Roland Blaudy s’est achevée le 13 avril 2025. Grâce à des réductions de peine totalisant 9 années, sa libération est prévue pour le 12 mai 2026. Le procureur Joël Garrigue a souligné dans un communiqué que « la situation suscite un légitime questionnement », tout en insistant sur le fait que « tous les dispositifs juridiquement mobilisables pour assurer une prévention effective de la récidive et une surveillance poussée de ce condamné ont été mis en œuvre ».
Rennes choisie pour son suivi, mais proche de la victime
Pour permettre un contrôle et un accompagnement adaptés, la justice a estimé que la seule adresse disponible pour Roland Blaudy se situait à Rennes. Problème : c’est dans cette même ville que vit Karine Jambu, l’une de ses victimes. « Mon violeur, il retrouve la liberté et moi je vais devoir me cacher chez moi. C’est cela le message de la justice », a-t-elle déclaré à France 3 Bretagne. La victime, contactée par les autorités, a exprimé son désarroi face à cette décision, soulignant que la proximité géographique rendra toute sérénité impossible.
La tante de Karine Jambu, devenue sa mère adoptive, Laurence Jambu, a réagi avec virulence auprès de France 3 Bretagne. « C’est scandaleux, honteux, horrible, dégueulasse […] Il y a deux choses inacceptables. D’abord, il n’y a pas d’interdiction de territoire. Il va habiter tout près de chez ma fille et en plus dans un quartier où il y a plein d’enfants. C’est un endroit où ma fille passe pour aller travailler. » Elle a également critiqué le mécanisme de la confusion des peines, qualifiant cette loi de « nouveau coup dur ».
Un suivi judiciaire strict, mais une inquiétude persistante
Pour limiter les risques de récidive, Roland Blaudy sera soumis à un suivi socio-judiciaire de 15 ans. Celui-ci inclut plusieurs mesures restrictives : une interdiction de se trouver « dans les lieux habituellement fréquentés par les mineurs », une interdiction de contact avec les victimes et les mineurs, ainsi qu’une obligation de soins et d’indemnisation des victimes. En complément, il sera placé sous surveillance judiciaire avec un dispositif de placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) pendant deux ans, renouvelable.
Le procureur de Caen a rappelé que Karine Jambu a été informée de cette situation et que les dispositifs légaux ont été respectés. « Si l’on peut bien entendu comprendre l’inquiétude que suscite cette remise en liberté pour elle, il faut rappeler que tous les dispositifs juridiquement mobilisables pour assurer une prévention effective de la récidive et une surveillance poussée de ce condamné ont été mis en œuvre », a-t-il précisé. Pourtant, pour la victime et son entourage, ces garanties restent insuffisantes face à la proximité imposée.
Une pétition pour dénoncer la confusion des peines
Face à cette décision, Laurence Jambu a lancé une pétition en ligne pour demander la suppression de la confusion des peines pour les « violeurs, meurtriers et autres criminels violents ». En quelques jours, ce texte a recueilli plus de 64 000 signatures, reflétant l’émotion suscitée par cette affaire. La famille de Karine Jambu dénonce un système judiciaire qui, selon elle, ne protège pas suffisamment les victimes de crimes sexuels.
Le débat autour de la confusion des peines, qui permet d’absorber une peine plus ancienne par une peine plus récente, resurgit à chaque affaire de ce type. Ses détracteurs estiment que ce mécanisme peut conduire à une libération anticipée perçue comme injuste, tandis que ses défenseurs rappellent qu’il s’agit d’une application stricte du droit pénal, conçue pour éviter les cumuls de peines disproportionnés.
Cette affaire soulève une nouvelle fois des interrogations sur l’équilibre entre la réinsertion des condamnés et la protection des victimes. Les prochaines semaines pourraient voir émerger des propositions législatives visant à renforcer les restrictions pour les criminels sexuels condamnés en récidive, notamment en matière de résidence imposée.
La confusion des peines est un mécanisme juridique qui permet d’absorber une peine prononcée antérieurement par une peine plus récente. Dans cette affaire, la peine de 18 ans infligée en 2007 a été absorbée par celle de 30 ans prononcée en 2018, réduisant ainsi la durée de sûreté effective. Ce système est contesté car il peut conduire à une libération anticipée perçue comme injuste par les victimes et leurs proches, comme le souligne la famille de Karine Jambu.