Le motoriste et équipementier aéronautique britannique Rolls-Royce affiche depuis 2023 une performance boursière exceptionnelle, selon BFM Bourse. Entre le 1er janvier 2023 et aujourd’hui, le titre a progressé de 1.240%, une hausse qui contraste avec les années de difficultés traversées par le groupe. Cette renaissance s’explique notamment par la stratégie menée par son directeur général, Tufan Erginbilgiç, nommé à la tête de l’entreprise en 2023 à l’âge de 63 ans, une première dans sa carrière.
Ce qu'il faut retenir
- Le titre Rolls-Royce a progressé de 1.240% depuis le 1er janvier 2023, une performance record pour le motoriste britannique.
- Tufan Erginbilgiç, nommé directeur général en 2023, a piloté une restructuration profonde du groupe, permettant un redressement financier et opérationnel.
- La marge opérationnelle globale est passée de 5,1% en 2022 à 17,3% en 2025, tandis que la trésorerie générée a été multipliée par plus de six.
- Le groupe a annoncé jusqu’à 2.500 suppressions de postes en octobre 2023, dans le cadre de sa transformation.
- Les analystes restent partagés : certains, comme Alphavalue, appellent à la prudence, tandis que d’autres, comme Jefferies ou UBS, maintiennent une recommandation à l’achat.
Un redressement spectaculaire après des années de turbulence
Rolls-Royce, souvent confondu avec le constructeur automobile du même nom (détenu par BMW), est avant tout un géant de l’aéronautique et de la défense. Le groupe, qui détient 58% du marché des moteurs pour gros-porteurs, selon Morningstar, a connu une période difficile avant 2023. Entre la pandémie de Covid-19, qui a cloué les avions au sol, les problèmes techniques récurrents sur son moteur Trent100 (utilisé par le Boeing 787 Dreamliner), et la baisse de production de l’Airbus A380, dont il fournissait les moteurs, le motoriste a subi de plein fouet la crise.
En 2020, Rolls-Royce a dû lancer une recapitalisation de 5 milliards de livres, dont 2 milliards via une augmentation de capital, entraînant une dilution importante pour ses actionnaires. Le groupe avait également annoncé 9.000 suppressions de postes pour tenter de redresser la barre. En 2022, l’action affichait encore une baisse de plus de 90% par rapport à ses sommets de 2018.
Tufan Erginbilgiç, l’architecte d’une transformation radicale
C’est dans ce contexte que Tufan Erginbilgiç, ingénieur de formation britannico-turc, a pris les rênes du groupe en 2023, à l’âge de 63 ans. Ancien responsable de la division carburants d’aviation chez BP, puis gestionnaire de fonds chez GIP, il n’avait jamais dirigé de grande entreprise avant de rejoindre Rolls-Royce. Son arrivée marque un tournant. Dès ses premiers mois, il a adopté un ton direct, qualifiant Rolls-Royce de « maison qui brûle ». « Chaque investissement que nous faisons, nous détruisons de la valeur », avait-il lancé, un discours perçu comme abrupt par certains collaborateurs.
Dans un podcast diffusé par Bloomberg le 25 mai 2026, Erginbilgiç a nuancé son propos. « C’était un discours d’une heure et demie, et les médias se sont concentrés sur les dix premières minutes », a-t-il expliqué. Il a préféré décrire son management comme « exigeant » plutôt que « dur », ajoutant : « Vous n’aimerez pas tout ce que je vous dirai, car je veux que vous vous amélioriez, mais je sais aussi dire ce que vous faites bien. »
Une stratégie axée sur la discipline financière et l’efficacité opérationnelle
La stratégie de transformation de Rolls-Royce repose sur plusieurs piliers. D’abord, un recentrage sur les activités les plus rentables, avec la cession d’actifs pour un montant allant jusqu’à 1,5 milliard de livres. Le groupe a également fermé une start-up et abandonné les technologies à hydrogène pour se concentrer sur les carburants durables. Ensuite, une refonte des contrats de maintenance à long terme (LTSA), qui représentent une part majeure des revenus du groupe. En renégociant les termes de ces contrats et en réduisant les coûts de maintenance, Rolls-Royce a porté sa marge opérationnelle dans l’aéronautique civile à 20,5% en 2025, contre seulement 2,5% en 2022.
Cette amélioration s’explique aussi par une meilleure collecte de cash et une discipline accrue dans l’exécution des projets. Le groupe a notamment augmenté les revenus tirés des contrats en heures de vol sur les moteurs civils. Selon le bureau d’études Alphavalue, « presque entièrement due à la force de la volonté du directeur général ». Le cabinet McKinsey qualifie même cette transformation de « cas d’école en matière de redressement d’entreprise ».
Des résultats financiers en forte amélioration
Les chiffres confirment le succès de cette stratégie. La marge opérationnelle globale est passée de 5,1% en 2022 à 17,3% en 2025. La génération de trésorerie a été multipliée par plus de six, atteignant 3,3 milliards de livres en 2025. Rolls-Royce a également revu à la hausse ses objectifs financiers à moyen terme, signe de la confiance retrouvée. En 2026, le groupe affiche une progression de 8,6% depuis le début de l’année, surperformant son secteur. L’indice paneuropéen Stoxx Europe Total Market Aerospace & Defense recule quant à lui de 4,2% sur la même période.
Cette performance s’inscrit dans un contexte de reprise du trafic aérien. Après une hausse de plus de 40% en 2023, puis de 10% en 2024 et 5% en 2025, le secteur retrouve des couleurs. Cependant, le conflit au Moyen-Orient reste un sujet d’inquiétude, notamment pour les services d’après-vente, très rentables pour les motoristes. « La baisse du trafic aérien pourrait affaiblir la génération de trésorerie », souligne Alphavalue.
Un management controversé mais efficace
Le style de management d’Erginbilgiç n’a pas fait l’unanimité. Certains collaborateurs ont évoqué un environnement de travail difficile, allant jusqu’à qualifier leur collaboration avec lui de « cauchemar ». Le dirigeant rejette ce terme, préférant parler d’exigence. « La granularité est l’une des clés du succès », a-t-il expliqué. « Chaque personne sait qu’elle a un rôle à jouer dans l’exécution. Si le plan ne fait pas preuve de granularité, seulement dix personnes le connaissent, et après, ils sont étonnamment surpris que cela ne marche pas. »
Cette approche, bien que parfois mal perçue, semble porter ses fruits. Les résultats financiers et la valorisation boursière de Rolls-Royce en témoignent. Le groupe, autrefois comparé à un « phénix renaissant de ses cendres » par AJ Bell en 2024, a su retrouver une dynamique positive.
Rolls-Royce illustre ainsi comment une entreprise peut rebondir après une crise majeure, à condition de mener une transformation profonde et de s’adapter aux nouvelles réalités du marché. Son parcours offre aussi une leçon en matière de leadership : même tardif, il peut s’avérer décisif.
Le motoriste Rolls-Royce et le constructeur automobile Rolls-Royce, désormais détenu par BMW, partagent une même origine historique. Le groupe industriel a été scindé en deux entités distinctes dans les années 1970, mais leur nom reste identique, ce qui génère régulièrement des confusions, notamment dans la presse.
Rolls-Royce fait face à une concurrence féroce dans le secteur des moteurs d’avion, notamment de la part de GE Aviation (États-Unis), Safran Aircraft Engines (France), Pratt & Whitney (États-Unis) et MTU Aero Engines (Allemagne). Ces groupes se disputent les parts de marché des moteurs pour avions civils et militaires.