Une gencive qui saigne après le brossage ou spontanément n’est pas un phénomène anodin, contrairement à une idée reçue. 80 % de la population sera concernée par une gingivite à un moment de sa vie, rappelle le docteur Adrian Brun, chirurgien-dentiste à l’hôpital et enseignant-chercheur. Selon Franceinfo – Santé, ce symptôme, souvent banalisé en raison de l’absence de douleur, peut être le premier signe d’une pathologie bucco-dentaire évolutive, voire d’un risque accru de complications systémiques.
Ce qu'il faut retenir
- 80 % de la population sera touchée par une gingivite au cours de sa vie, une inflammation des gencives qui se manifeste notamment par des saignements.
- Le saignement des gencives n’est pas normal et peut annoncer une parodontite, une maladie qui touche l’os soutenant les dents, responsable de 50 % des pertes dentaires après 45 ans en France.
- Parmi les principaux facteurs de risque : une hygiène bucco-dentaire insuffisante, une alimentation trop sucrée et le tabagisme, qui fragilise les gencives et masque les saignements initiaux.
- Le brossage interdentaire, avec des brossettes plutôt qu’avec du fil dentaire, est plus efficace pour prévenir les maladies parodontales, selon le praticien.
- Les traitements actuels, comme le détartrage suivi d’un nettoyage des zones infectées, permettent de stabiliser la parodontite et d’éviter la perte des dents.
Un symptôme trop souvent minimisé
Le saignement des gencives touche une large partie de la population, mais il est rarement perçu comme un signal d’alerte. « Ce n’est pas normal de saigner des gencives », insiste le docteur Adrian Brun. Contrairement aux douleurs dentaires, souvent associées à des caries ou à des abcès, les saignements gingivaux ne provoquent généralement pas de gêne immédiate. Pourtant, ils peuvent révéler un déséquilibre bactérien ou une accumulation de plaque dentaire, susceptible d’évoluer vers des pathologies plus graves.
L’expert souligne que ce phénomène est d’autant plus trompeur que certains comportements, comme le tabagisme, masquent temporairement les saignements en provoquant une vasoconstriction. Résultat : les fumeurs peuvent croire à tort que leurs gencives sont en bonne santé, alors qu’elles sont en réalité fragilisées par les toxines du tabac. « La première maladie de la gencive, la gingivite, est une barrière protectrice dépassée », explique-t-il, avant d’ajouter que cette inflammation peut progresser vers une parodontite, avec des conséquences irréversibles sur l’os alvéolaire.
Les parodontites, première cause de perte des dents après 45 ans
En France, les maladies parodontales représentent la première cause d’édentation chez l’adulte, devant les caries. Le docteur Brun précise que 50 % des personnes de plus de 45 ans sont concernées par une parodontite, même si toutes les formes ne sont pas sévères. « On ne sait pas à l’avance qui développera une forme grave », reconnaît-il, soulignant l’importance d’une prévention précoce pour éviter les complications.
La parodontite se caractérise par une destruction progressive de l’os qui maintient les dents. Sans traitement, elle peut entraîner des mobilités dentaires, des abcès et, in fine, la perte des dents. « Contrairement aux idées reçues, les caries ne sont plus la principale cause d’extraction dentaire », insiste le chirurgien-dentiste. Les parodontites sont également liées à d’autres pathologies systémiques, comme le diabète ou certaines maladies cardiovasculaires, renforçant l’enjeu d’une prise en charge globale.
Alimentation, tabac et hygiène : les trois piliers de la prévention
Pour limiter les risques, le docteur Brun recommande une approche combinée, centrée sur trois axes majeurs. D’abord, l’hygiène bucco-dentaire. Le brossage quotidien, idéalement après chaque repas, doit être complété par l’utilisation de brossettes interdentaires, bien plus efficaces que le fil dentaire pour éliminer la plaque entre les dents. « C’est dans ces espaces que les bactéries prolifèrent le plus », précise-t-il.
Ensuite, l’alimentation joue un rôle clé. Les sucres libres, présents dans les sucreries, les pâtisseries, mais aussi dans de nombreux plats préparés, nourrissent les bactéries responsables des gingivites et des caries. « Même sans goût sucré apparent, ces aliments favorisent la prolifération microbienne », rappelle l’expert. Enfin, le tabagisme est un facteur aggravant, non seulement parce qu’il fragilise les gencives, mais aussi parce qu’il perturbe la cicatrisation et favorise les infections.
Des traitements moins invasifs et plus accessibles
Si une parodontite est diagnostiquée, des solutions existent pour enrayer sa progression. Le traitement commence généralement par un détartrage, suivi d’un nettoyage minutieux des poches parodontales, ces espaces formés entre la gencive et la dent où s’accumulent les bactéries. « On nettoie ces zones de manière délicate pour permettre à la gencive de cicatriser », explique le docteur Brun. Contrairement aux pratiques d’il y a une dizaine d’années, les interventions sont aujourd’hui moins invasives et souvent indolores.
Dans les cas avancés, des greffes de gencive ou des régénérations osseuses peuvent être envisagées, mais le praticien insiste sur l’importance de la prévention : « Une fois la parodontite stabilisée, il faut maintenir une hygiène irréprochable pour éviter les récidives ». Il rappelle que ces maladies sont chroniques, comme le diabète, et nécessitent un suivi régulier chez le dentiste.
Selon Franceinfo – Santé, une meilleure éducation dès l’enfance, couplée à un accès facilité aux soins préventifs, pourrait réduire significativement l’impact de ces maladies. Le docteur Brun conclut : « Une gencive qui saigne n’est jamais anodine. Il faut consulter rapidement pour éviter les complications ».
Oui, selon le docteur Adrian Brun. Le fil dentaire peut être difficile à utiliser correctement et ne permet pas toujours d’éliminer efficacement la plaque dentaire entre les dents. Les brossettes interdentaires, en revanche, sont plus adaptées à la morphologie des espaces inter-dentaires et offrent une meilleure prévention des maladies parodontales.
La parodontite ne se guérit pas complètement, mais elle peut être stabilisée grâce à des traitements adaptés comme le détartrage et le nettoyage des poches parodontales. L’objectif est de stopper la progression de la maladie et de permettre à la gencive de cicatriser. Un suivi régulier chez le dentiste est indispensable pour maintenir cet équilibre.