Le géant français des matériaux de construction a publié jeudi 24 avril 2026 ses résultats du premier trimestre, confirmant une résistance inattendue de son activité malgré des conditions météorologiques exceptionnellement défavorables en Europe et en Amérique du Nord. Selon BFM Bourse, Saint-Gobain a limité la baisse de son chiffre d'affaires à 2,3 % en données comparables, atteignant 11,44 milliards d'euros, un résultat bien supérieur aux prévisions des analystes qui tablaient sur une baisse de 4 % et un chiffre d'affaires de 10,93 milliards d'euros.
Ce qu'il faut retenir
- Saint-Gobain affiche une baisse de 2,3 % de son chiffre d'affaires au premier trimestre 2026, contre une prévision moyenne des analystes de -4 %.
- Le groupe confirme ses objectifs pour 2026, visant une marge brute d'exploitation (Ebitda) de plus de 15 %.
- L'Europe, représentant 63 % des ventes, enregistre une baisse de 0,9 %, tandis que les Amériques chutent de 8,5 % en raison d'un hiver rigoureux.
- L'Asie-Pacifique, en progression de 7 %, porte la croissance grâce à l'Inde et à l'Asie du Sud-Est.
- Le spread « prix-coût » devrait être positif en 2026, avec des relèvements de tarifs prévus dès le deuxième trimestre.
Des intempéries historiques qui ont pesé sur le secteur du bâtiment
Entre janvier et février 2026, l'Europe a subi des conditions météorologiques exceptionnellement difficiles, marquées par une série de tempêtes et de pluies quasi quotidiennes. Météo France a recensé trois tempêtes majeures – Goretti, Nils et Pedro – entre le 7 janvier et le 19 février, « favorisant le défilé de perturbations » sur le territoire. « La plupart des régions ont connu des pluies quasi-quotidiennes sur des sols déjà souvent saturés », précise l'agence. Aux États-Unis, l'hiver s'est également avéré particulièrement rude, impactant fortement les activités des secteurs sensibles comme la construction.
Selon BFM Bourse, ces intempéries ont servi de justification à plusieurs groupes du CAC 40 pour expliquer leurs contre-performances. Vinci, par exemple, a enregistré une baisse de 5,3 % de ses revenus dans la construction en Europe centrale, directement attribuée à « l'impact de conditions météorologiques difficiles ». Saint-Gobain, dont l'activité est directement liée aux matériaux de construction, a ainsi dû composer avec un environnement particulièrement hostile en début d'année.
Un résultat trimestriel surprenant, porté par un rebond en mars
Malgré un contexte climatique défavorable, Saint-Gobain a finalement contenu les dégâts. Le groupe a enregistré une baisse de 2,3 % de ses revenus en données comparables, un chiffre bien moins mauvais que les attentes des analystes. « Pour un trimestre annoncé d'avance comme étant le plus faible de l'année, il s'agit d'un résultat nettement supérieur aux prévisions et d'un signe encourageant pour l'ensemble de l'année », a souligné Alphavalue dans une note.
Cette performance s'explique en grande partie par un rebond en mars, mois durant lequel Saint-Gobain a rattrapé une partie du retard accumulé en début d'année. « La meilleure publication qu'attendu s'explique essentiellement par un bon mois de mars dans toutes les géographies après les effets météo en Europe et en Amérique du Nord », a analysé Oddo BHF. L'impact des prix est resté neutre sur le trimestre, la baisse des revenus étant entièrement imputable à une chute des volumes de 2,3 %, moins marquée que le consensus des analystes (attendu à -4,3 %).
Une performance contrastée selon les régions
La baisse des revenus de Saint-Gobain masque des disparités régionales marquées. En Europe, qui représente 63 % des ventes du groupe, la baisse s'élève à 0,9 % en données comparables. La France, souvent pointée du doigt pour ses trois années consécutives de baisse des volumes, a finalement limité son recul à 0,8 %, un net redressement par rapport aux -7 % enregistrés en 2025.
En revanche, la zone Amériques a été la plus touchée, avec une chute de 8,5 % de ses revenus. Plusieurs facteurs expliquent cette contre-performance : des conditions météorologiques hivernales extrêmes, l'absence de retombées des tempêtes de 2025, et une base de comparaison élevée liée aux activités de toitures consécutives aux tempêtes de 2024 – trois éléments déjà mis en avant par la direction lors de communications antérieures.
À l'inverse, l'Asie-Pacifique a enregistré une progression de 7 % de ses revenus, portée par une croissance de plus de 10 % en Inde et une dynamique solide en Asie du Sud-Est. Cette région, qui représente moins de 10 % du chiffre d'affaires global, bénéficie de grands projets d'infrastructures en cours.
Des perspectives 2026 confirmées malgré un contexte incertain
Malgré les aléas climatiques et les tensions géopolitiques, Saint-Gobain a confirmé ses objectifs pour l'année en cours, visant notamment une marge brute d'exploitation (Ebitda) de plus de 15 %. Lors d'une conférence téléphonique, la direction a livré un message rassurant sur plusieurs points. Le groupe anticipe une « reprise progressive des volumes en Europe » et estime que la demande au Moyen-Orient n'est pas, pour l'instant, impactée par le conflit en cours. « La société n'a pas fait part de risques sur ses approvisionnements », précise Barclays dans une note.
Le spread « prix-coût » devrait être positif en 2026, les hausses de prix devant surpasser l'évolution des coûts. Saint-Gobain prévoit ainsi des relèvements de tarifs dès le deuxième trimestre, une stratégie qui devrait soutenir la rentabilité. « Le management a été globalement rassurant sur les perspectives : les effets volumes moindres seront compensés par des effets prix », a commenté Oddo BHF.
En Bourse, l'action Saint-Gobain a ouvert en nette hausse de +3,3 % avant de perdre 0,8 % vers 10h45, en ligne avec le repli général du CAC 40 (-1 %). Une réaction contrastée qui reflète à la fois la satisfaction des investisseurs face aux résultats et une prudence persistante sur les perspectives économiques.
Plusieurs facteurs expliquent cette résilience. D'abord, le groupe a bénéficié d'un rebond en mars, mois durant lequel les conditions météorologiques se sont améliorées. Ensuite, la baisse des volumes a été moins forte que prévu (-2,3 % contre -4,3 % attendu), grâce à une reprise en Europe et en France notamment. Enfin, les hausses de prix prévues pour les prochains trimestres devraient soutenir la marge brute d'exploitation, confirmée à plus de 15 % pour 2026.
Les principaux risques identifiés concernent la zone Amériques, toujours en recul de 8,5 % au premier trimestre, avec des volumes américains attendus négatifs jusqu'à l'été. Par ailleurs, la direction n'a pas exclu l'impact potentiel des tensions géopolitiques au Moyen-Orient sur la demande, même si aucun risque n'est signalé pour l'instant. Enfin, la capacité du groupe à maintenir son spread prix-coût positif dépendra de sa capacité à répercuter les hausses de coûts sur ses clients sans perdre en compétitivité.