La grève prévue à partir du 21 mai chez Samsung Electronics en Corée du Sud a été suspendue « jusqu’à nouvel ordre », a annoncé ce mercredi 20 mai 2026 le Samsung Electronics Labor Union (SELU), principal syndicat du géant des puces mémoires, après la reprise des négociations avec la direction du groupe. Selon BFM Business, cette suspension fait suite à un accord de principe obtenu en fin d’après-midi, avec la médiation du ministre du Travail sud-coréen.
Ce qu'il faut retenir
- 50 500 salariés sur un effectif total de 125 000 étaient prêts à se mettre en grève à partir du 21 mai 2026.
- Le conflit portait notamment sur une hausse des salaires de 7 %, la suppression du plafonnement des primes et l’affectation de 15 % du bénéfice d’exploitation aux primes.
- Samsung Electronics, qui représente 12,5 % du PIB sud-coréen, a multiplié par six son bénéfice net au premier trimestre 2026, atteignant 27 milliards d’euros.
- Un arrêt total de la production aurait pu réduire la croissance sud-coréenne de 0,5 point de pourcentage en 2026, selon la Banque de Corée.
Un mouvement social à haut risque pour l’économie sud-coréenne
Le géant sud-coréen des semi-conducteurs, Samsung Electronics, est un pilier de l’économie nationale. Avec 12,5 % du PIB et des puces mémoires représentant 35 % des exportations du pays, tout arrêt prolongé de la production aurait eu des répercussions majeures. Selon la Banque de Corée, un conflit social prolongé aurait pu amputer la croissance sud-coréenne de 0,5 point de pourcentage en 2026 dans le pire des scénarios.
Le gouvernement sud-coréen, conscient des enjeux, avait même évoqué la possibilité de recourir à une procédure d’« arbitrage d’urgence », permettant de suspendre la grève pour 30 jours en cas de menace sur l’économie. Une telle décision aurait eu pour effet de geler temporairement le conflit et de protéger les chaînes d’approvisionnement mondiales, déjà sous tension en raison de la demande accrue en puces électroniques.
Un différend nourri par la croissance exceptionnelle de Samsung
Au premier trimestre 2026, Samsung Electronics a enregistré un bénéfice net de 27 milliards d’euros, soit six fois supérieur à celui du premier trimestre 2025. Cette performance exceptionnelle est directement liée au boom de l’intelligence artificielle, qui a dopé la demande en puces mémoires. Selon l’agence Yonhap, la valeur boursière du groupe a dépassé les 1 000 milliards de dollars début mai 2026, avec une progression de 400 % de son action en un an.
Face à ces résultats, le SELU exigeait une répartition plus équitable des bénéfices, réclamant une hausse des salaires de 7 %, la fin du plafonnement des primes et la dédication de 15 % du bénéfice d’exploitation aux primes des salariés. Les syndicats pointaient également un décalage avec SK Hynix, autre géant sud-coréen des puces mémoires, où les primes versées aux employés étaient plus de trois fois supérieures à celles de Samsung, entraînant selon eux une fuite des talents.
« Accéder aux revendications syndicales excessives risquerait de compromettre les principes fondamentaux de la gestion de l’entreprise », avait argumenté la direction de Samsung Electronics en début de journée.
La médiation du ministre du Travail a permis un retour à la table des négociations
Le blocage persistait depuis plusieurs semaines, malgré l’intervention de la présidence sud-coréenne, qui avait exprimé mercredi en milieu de journée ses « profonds regrets » et appelé les deux parties à « tout mettre en œuvre pour s’entendre, par égard pour les répercussions sur l’économie nationale ».
C’est finalement sous l’égide du ministre du Travail que de nouvelles négociations ont repris en fin d’après-midi. « Les deux parties ont tenu bon le fil du dialogue jusqu’au tout dernier moment », s’est félicité le ministre, soulignant que l’accord de principe portait sur les salaires et les négociations collectives. Samsung Electronics a confirmé dans la soirée « être parvenu à un accord de principe avec les représentants du personnel » et a assuré qu’elle « tirerait les leçons de cette expérience avec humilité ».
Un syndicat divisé mais prêt à soumettre l’accord à ses membres
Le SELU a annoncé que l’accord salarial provisoire serait soumis au vote de ses membres du 23 au 28 mai 2026. Le syndicat a précisé que cet accord n’était pas détaillé publiquement dans l’immédiat, mais qu’il concernait bien les salaires et les conditions de travail. Selon BFM Business, la direction et les syndicats ont confirmé avoir trouvé un terrain d’entente sur les revendications initiales, évitant ainsi un conflit social qui aurait pu paralyser l’industrie technologique mondiale.
Le SELU a justifié la suspension de la grève par la nécessité de consulter ses membres, tout en reconnaissant que l’accord obtenu constituait une avancée majeure. « La direction et les représentants du personnel sont parvenus à un accord de principe concernant les salaires et les négociations collectives », a confirmé Samsung Electronics dans un communiqué.
Un conflit symbolique dans l’histoire sociale de Samsung
L’émergence d’un syndicat puissant chez Samsung Electronics marque une rupture avec l’histoire du groupe. Le fondateur, Lee Byung-chul, s’était toujours opposé à la création de syndicats, jurant qu’il n’en permettrait jamais la création de son vivant. Il est décédé en 1987, et le premier syndicat n’a été établi qu’à la fin des années 2010, après des décennies de lutte sociale discrète et de tensions internes.
Ce conflit illustre également les défis posés par l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, qui a transformé les fabricants de puces mémoires en acteurs stratégiques de l’économie mondiale. Samsung, SK Hynix et d’autres groupes sud-coréens sont désormais au cœur des tensions géoéconomiques, entre demande exponentielle, enjeux de partage des bénéfices et pressions syndicales accrues.
Enfin, la Chambre de commerce américaine en Corée avait alerté début mai sur les risques d’un conflit prolongé, évoquant une « pression supplémentaire sur le marché mondial des puces-mémoires, aggravant les goulets d’étranglement, la volatilité des prix et l’incertitude en matière d’approvisionnement ». Une grève chez Samsung aurait pu aggraver une situation déjà tendue, dans un secteur où l’offre peine à suivre la demande.
Un tribunal avait déjà encadré les opérations pendant le conflit
Avant même le début de la grève, un tribunal sud-coréen avait ordonné aux syndicats de maintenir les opérations des usines de puces à des niveaux « normaux », sous peine d’amendes. Cette décision visait à limiter l’impact économique d’un éventuel arrêt de la production, tout en préservant les intérêts des actionnaires et des clients du groupe, notamment dans les secteurs des serveurs, des smartphones et des véhicules électriques.
Le groupe sud-coréen, leader mondial des puces mémoires, est en effet un fournisseur clé pour de nombreux industriels. Une interruption prolongée de sa production aurait pu avoir des répercussions en cascade, notamment dans un contexte où les tensions géopolitiques et les politiques industrielles nationales (comme les subventions américaines ou européennes aux semi-conducteurs) redessinent déjà les cartes du secteur.
Une grève chez Samsung Electronics aurait pu paralyser une partie de l’industrie technologique mondiale. Le groupe est le premier fournisseur mondial de puces mémoires, essentielles pour les serveurs, les smartphones et les véhicules électriques. Un arrêt de production aurait aggravé les tensions sur l’approvisionnement, déjà sous pression en raison de la demande croissante en puces, notamment pour l’intelligence artificielle. Selon la Banque de Corée, un conflit prolongé aurait pu réduire la croissance sud-coréenne de 0,5 point de pourcentage en 2026.
Le Samsung Electronics Labor Union (SELU) réclamait une hausse des salaires de 7 %, la fin du plafonnement des primes et l’affectation de 15 % du bénéfice d’exploitation aux primes des salariés. Les syndicats dénonçaient également un manque de transparence sur la répartition des bénéfices, notamment par rapport à SK Hynix, où les primes étaient trois fois supérieures. Ces revendications s’inscrivaient dans un contexte de forte croissance pour Samsung, dont le bénéfice net a été multiplié par six au premier trimestre 2026.