Alors que la Journée internationale d’action pour la santé des femmes se tenait hier, jeudi 28 mai 2026, les enjeux liés aux maladies cardiovasculaires chez les femmes ont été placés sous les projecteurs. Selon Franceinfo - Santé, Nabila Bouatia-Naji, directrice de recherche à l’Inserm et spécialiste des maladies cardiovasculaires féminines, alerte sur le manque criant de connaissances concernant ce sujet. « Il faut vraiment mettre le cœur des femmes au centre de la préoccupation de santé », a-t-elle insisté lors d’une intervention sur France Inter.

Ce qu'il faut retenir

  • Les infarctus chez les femmes sont sous-étudiés : leur présentation clinique diffère souvent de celle des hommes, ce qui complique les diagnostics.
  • Le risque de mortalité après un arrêt cardiaque est deux fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes, selon les données épidémiologiques.
  • Les femmes jeunes en bonne santé peuvent être concernées : les cas d’infarctus atypiques chez des quadragénaires en apparence sans facteur de risque sont encore trop peu documentés.
  • Les symptômes peuvent être méconnus : les signes avant-coureurs sont souvent attribués à tort à d’autres pathologies, retardant la prise en charge.
  • La prévention doit commencer tôt : Nabila Bouatia-Naji plaide pour une prise de conscience dès la quarantaine, au même titre que pour le cancer du sein ou les autres risques gynécologiques.

Des infarctus encore trop méconnus chez les femmes

Dans l’imaginaire collectif, les maladies cardiovasculaires sont souvent associées aux hommes, en particulier après 60 ans. Pourtant, comme le rappelle Nabila Bouatia-Naji, les femmes sont aussi concernées, mais leur prise en charge reste entravée par un manque de données. « Les cas d’infarctus chez les femmes sont très peu étudiés », souligne-t-elle. Cette lacune s’explique en partie par une approche historique de la recherche médicale, où les études se sont d’abord concentrées sur les profils les plus évidents — à savoir les hommes d’âge mûr. Résultat : les infarctus « atypiques », qui touchent des femmes jeunes ou d’âge moyen, échappent encore largement aux radars des professionnels de santé.

Des symptômes souvent confondus avec d’autres pathologies

Autre difficulté majeure : la présentation des symptômes chez les femmes diffère souvent de celle observée chez les hommes. « L’infarctus peut se manifester d’une façon différente », explique la chercheuse. Fatigue intense, nausées, douleurs dorsales ou abdominales sont autant de signes qui, chez une femme de 40 ans en bonne santé, peuvent être interprétés comme un simple trouble passager. « On pense que c’est un autre événement de santé et non pas lié au risque cardiovasculaire », précise-t-elle. Ce biais diagnostique expose les patientes à un risque accru de complications, voire de décès. D’après les statistiques, le risque de décéder d’un arrêt cardiaque est deux fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes, un écart qui souligne l’urgence d’agir.

Des femmes moins sensibilisées à leur propre risque

Les obstacles à une prise en charge précoce ne relèvent pas uniquement du corps médical. Nabila Bouatia-Naji pointe aussi un problème de perception : « Ces femmes peuvent ne pas être conscientes de leur risque cardiovasculaire » et avoir tendance à négliger leur santé, davantage préoccupées par celle de leurs proches — enfants, conjoints ou parents âgés. Cette tendance à minimiser les symptômes ou à les attribuer à d’autres causes aggrave encore la situation. « Le risque est de louper le diagnostic », alerte la spécialiste. Une erreur qui, dans le cas d’un infarctus, peut s’avérer fatale.

Pourtant, les chiffres sont sans appel : les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité chez les femmes en France, devant le cancer. Une réalité que les campagnes de prévention peinent encore à intégrer pleinement, malgré les alertes répétées des experts.

Un appel à repenser la prévention dès 40 ans

Face à ce constat, Nabila Bouatia-Naji milite pour une refonte des stratégies de prévention. « Il faut penser que [la santé cardiovasculaire] est un élément aussi important que son risque de cancer du sein ou que son risque d’autres éléments de la santé gynécologique », affirme-t-elle. Son plaidoyer vise à faire évoluer les mentalités, tant chez les patientes que chez les médecins. « La santé cardiovasculaire ne commence pas qu’après un certain âge », rappelle-t-elle. Cette approche précoce est d’autant plus cruciale que les facteurs de risque — hypertension, diabète, tabagisme ou sédentarité — agissent insidieusement, sans toujours se manifester par des symptômes apparents.

« C’est vraiment un élément très peu étudié et c’est ce qui nous manque pour mieux maîtriser, mieux comprendre la santé cardiovasculaire des femmes. »
— Nabila Bouatia-Naji, directrice de recherche à l’Inserm

Quelles solutions pour combler le retard ?

Plusieurs pistes sont évoquées pour améliorer la situation. D’abord, renforcer la recherche : « Il nous manque des données sur ces cas particulièrement [d’infarctus atypiques] », souligne la chercheuse. Des études ciblées, incluant davantage de femmes de tous âges, permettraient de mieux cerner les spécificités de leur santé cardiovasculaire. Ensuite, former les professionnels de santé à repérer ces signes atypiques, notamment chez les femmes jeunes. Enfin, sensibiliser le grand public, en intégrant ces enjeux dans les campagnes de prévention existantes — comme celles dédiées au cancer du sein.

Des initiatives existent déjà. Stéphane Manzo-Silberman, cardiologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, a récemment participé à un point sur les symptômes et les moyens de prévention, comme le rapporte Franceinfo - Santé. Ces efforts, bien que nécessaires, restent insuffisants face à l’ampleur du problème. « On commence toujours par la recherche des éléments les plus évidents », regrette Nabila Bouatia-Naji, pointant du doigt un biais historique dans la médecine.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes devraient passer par une collaboration renforcée entre chercheurs, médecins et associations de patients pour combler le retard accumulé. Une mission d’information parlementaire sur les inégalités de santé entre les sexes, prévue pour fin 2026, pourrait accélérer la mise en place de mesures concrètes. D’ici là, les spécialistes appellent à une vigilance accrue de la part des femmes elles-mêmes : consulter en cas de symptômes persistants, même mineurs, et exiger un bilan cardiovasculaire complet. Autant dire que le chemin vers une prise en charge égalitaire reste long — mais chaque pas compte.

La santé cardiovasculaire des femmes illustre une fois de plus les défis persistants en matière d’égalité médicale. Entre lacunes scientifiques, biais diagnostiques et manque de sensibilisation, le combat pour une médecine plus inclusive est loin d’être gagné. Pourtant, les solutions existent — encore faut-il les mettre en œuvre sans tarder.

Les symptômes peuvent inclure une fatigue intense, des nausées, des douleurs dans le dos ou l’abdomen, ainsi qu’un essoufflement inhabituel. Contrairement aux hommes, les femmes ressentent moins souvent une douleur thoracique typique. Ces signes, souvent méconnus, doivent alerter et conduire à une consultation médicale rapide.

Plusieurs facteurs entrent en jeu : une présentation clinique différente de celle des hommes, un manque de données épidémiologiques spécifiques, et une tendance des femmes à minimiser leurs symptômes ou à les attribuer à d’autres causes. De plus, la recherche médicale s’est historiquement concentrée sur les hommes, laissant dans l’ombre les spécificités féminines.