Les montres et applications dédiées à la santé, comme les smartphones, se sont imposées dans le quotidien de millions de Français. Compter ses pas, surveiller sa fréquence cardiaque ou estimer ses calories brûlées sont devenus des réflexes pour de nombreux utilisateurs. Selon Franceinfo – Santé, ces outils, pratiques et accessibles, soulèvent pourtant des questions sur la fiabilité des données qu’ils génèrent. Une équipe de journalistes a mené l’enquête pour évaluer leur précision.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 10 millions de Français utilisent aujourd’hui un objet connecté dédié à leur santé.
- Les données fournies par les montres et smartphones (calories, rythme cardiaque, distance) présentent des écarts significatifs par rapport aux mesures professionnelles.
- Les capteurs optiques, sensibles à la couleur de peau ou à la pilosité, peuvent fausser les relevés avec une marge d’erreur estimée à 10 %.
- Les experts recommandent de considérer ces appareils comme des indicateurs complémentaires, mais pas comme des outils médicaux fiables.
- Le marché des objets connectés santé, en plein essor, représente un secteur lucratif et en constante évolution.
Des outils omniprésents dans le quotidien des sportifs
Pour de nombreux utilisateurs, ces appareils sont devenus indispensables. Certains les utilisent en permanence, y compris la nuit ou pendant le sport. « Moi, je m’en sers pour le réveil, pour suivre les calories dans la journée et pour mesurer mon activité quand je cours ou que je fais du sport », explique un adepte interrogé par Franceinfo – Santé. D’autres, comme un coureur équipé d’une montre haut de gamme, avouent ne jamais s’en séparer : « Je l’enlève seulement quand il faut la recharger. »
Ces objets, dont les prix varient de 130 à 900 euros, promettent une multitude de données : distance parcourue, allure, fréquence cardiaque, ou même des fonctions avancées comme des électrocardiogrammes. Pourtant, leur précision reste sujette à caution. Martin Sagnet, fondateur du R3C Running Club, utilise un modèle haut de gamme et reconnaît des limites : « Je sais que certains proposent des électrocardiogrammes, mais il faut vraiment le prendre avec des pincettes. »
Une expérience scientifique pour tester la fiabilité des appareils
Pour évaluer l’exactitude des données fournies par ces objets connectés, une équipe de journalistes a participé à une expérience encadrée par Laurent Mourot, enseignant-chercheur en Staps à l’Université de Franche-Comté. Équipés d’une montre connectée, d’un smartphone et de capteurs professionnels, ils ont mesuré leurs performances lors d’une séance de 18 minutes mêlant marche et course.
Les résultats ont révélé des écarts notables. La montre connectée a estimé la dépense énergétique à 100 kilocalories, tandis que le téléphone portable l’a divisée par deux. Quant à la fréquence cardiaque moyenne, la montre affichait 110 battements par minute, contre 123 battements mesurés par l’équipement professionnel. « On observe une sous-estimation systématique », a souligné Laurent Mourot.
Des capteurs optiques sensibles aux caractéristiques individuelles
Les différences constatées s’expliquent en partie par la technologie utilisée. Les montres et smartphones reposent sur des capteurs optiques qui analysent la lumière réfléchie par les vaisseaux sanguins. Or, ces capteurs sont influencés par des facteurs comme la couleur de la peau, la présence de poils ou même la transpiration. « Globalement, ces appareils fonctionnent bien sur de grandes populations, mais à l’échelle individuelle, les résultats peuvent varier », explique le chercheur. Il estime que la marge d’erreur moyenne se situe autour de 10 %.
Ces variations, bien que significatives, ne remettent pas totalement en cause l’utilité de ces outils. « Si vous cherchez à vous remettre en forme ou à suivre vos progrès, ce n’est pas grave, mais on ne peut pas considérer ces données comme médicales », précise Cécile Monteil, pédiatre urgentiste et spécialiste de la santé numérique à l’hôpital Robert-Debré (AP-HP).
Un marché en pleine expansion, mais encadré avec prudence
Avec près de 10 millions d’utilisateurs en France, le marché des objets connectés dédiés à la santé est en plein boom. Ces appareils, qui allient technologie et accessibilité, séduisent par leur simplicité d’utilisation et leur coût abordable. Pourtant, leur démocratisation ne doit pas occulter les limites techniques et les questions éthiques qu’ils soulèvent. « Ces dispositifs restent des outils d’accompagnement, pas des instruments de diagnostic », rappelle la médecin.
Face à cette profusion d’informations, les utilisateurs doivent donc adopter une approche critique. Les fabricants, de leur côté, continuent d’innover pour améliorer la précision de leurs capteurs. Des avancées technologiques, comme l’intégration de nouveaux algorithmes ou de capteurs plus performants, pourraient à l’avenir réduire ces écarts de mesure.
En attendant, les experts recommandent la prudence : utiliser ces appareils pour suivre une tendance, oui, mais ne pas s’y fier aveuglément pour prendre des décisions médicales.
Selon Laurent Mourot, enseignant-chercheur en Staps à l’Université de Franche-Comté, la marge d’erreur moyenne est estimée à 10 % pour les capteurs optiques utilisés dans les montres et smartphones. Cette variation s’explique notamment par des facteurs individuels comme la couleur de la peau ou la présence de poils.
Non, les experts s’accordent à dire que ces appareils ne doivent pas être considérés comme des outils médicaux. Cécile Monteil, pédiatre urgentiste à l’hôpital Robert-Debré, précise que « ces dispositifs restent de bons indicateurs pour suivre ses progrès sportifs, mais pas pour établir un diagnostic ou un suivi médical fiable ».