La question de l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des utilisateurs s’impose comme un enjeu de santé publique. Plutôt que de prôner leur interdiction ou une restriction systématique de l’accès, la psychologue Hedda van ’t Land propose, dans une tribune publiée par Le Monde, de repenser l’environnement numérique dans son ensemble.

Ce qu'il faut retenir

  • La psychologue Hedda van ’t Land plaide pour une approche proactive face aux réseaux sociaux, en les considérant comme un enjeu majeur de santé publique.
  • Elle critique les stratégies actuelles qui se limitent à restreindre l’accès aux plateformes numériques.
  • Son approche vise à concevoir un environnement numérique soutenant le bien-être plutôt qu’à interdire ou limiter.

Une vision alternative face aux dérives des réseaux sociaux

Dans sa tribune publiée par Le Monde, Hedda van ’t Land, psychologue de formation, expose une vision différente de la gestion des réseaux sociaux. Pour elle, les autorités publiques devraient envisager ces plateformes comme un facteur environnemental, au même titre que l’air ou l’eau, dont l’impact sur la santé mentale serait à prendre en compte. Autant dire que sa proposition s’inscrit dans une logique de prévention plutôt que de réaction.

Plutôt que d’opter pour des mesures restrictives, comme l’interdiction pure et simple de certaines applications ou la limitation du temps d’écran, elle suggère de repenser l’architecture même de ces environnements numériques. L’objectif ? Créer des espaces en ligne qui favorisent le bien-être psychologique, plutôt que de les concevoir comme des outils de distraction ou de comparaison sociale.

Un enjeu de santé publique souvent sous-estimé

Les effets des réseaux sociaux sur la santé mentale sont de plus en plus documentés. Plusieurs études, dont certaines citées par la psychologue, mettent en lumière leur rôle dans l’anxiété, la dépression ou encore les troubles du sommeil chez les jeunes. Pourtant, les réponses apportées par les pouvoirs publics se concentrent souvent sur des mesures symboliques, comme l’âge minimum pour s’inscrire ou des campagnes de sensibilisation.

Hedda van ’t Land souligne que ces approches, bien que nécessaires, restent insuffisantes. Pour elle, il est temps d’adopter une vision plus large, intégrant la qualité de l’expérience utilisateur et les mécanismes psychologiques à l’œuvre dans ces plateformes. Bref, il ne s’agit pas seulement de limiter l’accès, mais de transformer l’écosystème numérique pour en faire un levier de santé publique.

Vers une régulation centrée sur le bien-être ?

La tribune de la psychologue s’inscrit dans un débat plus large sur la régulation des géants du numérique. En Europe, des textes comme le Digital Services Act (DSA), entré en vigueur en 2024, commencent à encadrer les responsabilités des plateformes en matière de modération de contenu et de protection des utilisateurs. Cependant, ces réglementations restent centrées sur la lutte contre la désinformation ou les contenus illégaux, sans aborder directement la question du bien-être mental.

La proposition de Hedda van ’t Land pourrait inspirer de nouvelles pistes. Elle suggère notamment que les concepteurs de ces plateformes intègrent des mécanismes de protection passive, comme des alertes automatiques en cas d’usage prolongé ou des interfaces conçues pour réduire l’anxiété. Autant de mesures qui pourraient, à terme, devenir des standards dans le secteur.

Et maintenant ?

Si l’idée d’un environnement numérique soutenant le bien-être commence à gagner en visibilité, son application concrète dépendra largement des décisions des régulateurs et des acteurs du secteur. La Commission européenne pourrait, dans les mois à venir, intégrer des critères de bien-être mental dans les futures révisions du DSA. Quant aux plateformes, elles pourraient être incitées à adopter des mesures proactives, sous la pression des législateurs ou des utilisateurs. Reste à voir si cette approche parviendra à s’imposer face aux logiques commerciales actuelles.

Dans un paysage numérique en constante évolution, la question n’est plus seulement de savoir comment limiter les risques, mais aussi comment concevoir des espaces en ligne bénéfiques pour tous. Une réflexion à laquelle les autorités et les citoyens sont de plus en plus conviés à participer.