Le programme du futur avion de combat européen, le Système de combat aérien du futur (Scaf), conçu avant la guerre en Ukraine, doit être profondément révisé pour tenir compte des réalités actuelles des conflits modernes. C’est la position clairement assumée par Guillaume Faury, PDG d’Airbus, qui a appelé ce mercredi 20 mai à une correction urgente des hypothèses initiales, jugées aujourd’hui obsolètes.

Selon BFM Business, Guillaume Faury a livré cette analyse lors de l’ouverture du Airbus Defence Summit, organisé à Manching, en Allemagne. Pour le dirigeant, l’enjeu n’est plus seulement industriel ou politique, mais bien stratégique : «

Ce programme a été lancé avant la guerre en Ukraine. Il a été conçu en temps de paix, sur la base d’un certain nombre d’hypothèses qui ne sont plus valables aujourd’hui.
»

Ce qu'il faut retenir

  • Le Scaf, futur avion de combat européen, a été conçu sur des hypothèses aujourd’hui caduques, notamment en raison de la guerre en Ukraine, selon Guillaume Faury, PDG d’Airbus.
  • Le programme, lancé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, puis rejoint par l’Espagne en 2019, vise à remplacer le Rafale et l’Eurofighter d’ici 2040.
  • L’utilisation massive de drones en Ukraine interroge désormais sur le rôle futur de l’avion de combat, appelé à ne plus être le pilier des conflits modernes.
  • Les désaccords industriels entre Dassault Aviation et Airbus, notamment sur la gouvernance, compliquent davantage un programme déjà sous tension.
  • Guillaume Faury estime qu’il est préférable d’anticiper les corrections maintenant plutôt que de devoir revenir en arrière une fois le programme trop avancé.

Un programme conçu en temps de paix, mais confronté à une réalité de guerre

Pour Guillaume Faury, le Scaf a été imaginé dans un contexte géopolitique radicalement différent de celui d’aujourd’hui. La guerre en Ukraine, mais aussi les tensions au Moyen-Orient, ont révélé l’importance croissante des drones et des systèmes numériques dans les conflits armés. Autant dire que l’avion de combat, pilier des stratégies aériennes depuis des décennies, n’occupera plus le même rôle central à l’horizon 2040.

Le patron d’Airbus a insisté sur la nécessité de repenser le programme pour intégrer ces nouvelles réalités : «

Il vaut mieux affronter dès maintenant les difficultés et les réalités auxquelles le Scaf devra faire face au cours de la prochaine décennie, plutôt que de devoir corriger le tir plus tard, une fois le programme déjà très avancé.
» Une prise de position qui dépasse le cadre technique pour toucher à la stratégie de défense européenne.

Un projet industriel miné par les rivalités franco-allemandes

Le Scaf est avant tout un symbole de la coopération européenne en matière de défense, porté initialement par la France et l’Allemagne, rejointes ensuite par l’Espagne. Pourtant, les tensions entre industriels des deux pays risquent de fragiliser davantage un programme déjà complexe. Dassault Aviation, maître d’œuvre côté français, et Airbus, représentant l’Allemagne et l’Espagne, peinent à s’accorder sur la gouvernance et la répartition des rôles.

Guillaume Faury a reconnu les difficultés : «

Nous rencontrons une difficulté sur l’un des piliers du programme. Ce n’est pas le plus simple.
» Il a également pointé un autre défi majeur : «
Travailler ensemble avec des méthodes de fonctionnement similaires reste un autre défi du Scaf.
» Une allusion directe aux réticences de Dassault, qui refuse d’accepter un rôle de « leader minoritaire » et exige une évolution de la gouvernance pour équilibrer les rapports de force.

Un avion de combat au cœur d’un écosystème en mutation

Le Scaf ne se résume pas à un simple avion : il doit s’intégrer dans un système connecté comprenant des drones et une architecture numérique de combat. Or, les conflits récents ont montré que ces drones, souvent moins coûteux et plus flexibles, occupent une place croissante dans les stratégies militaires. Bref, l’avion de combat traditionnel pourrait devenir un maillon d’un ensemble plus large, où sa supériorité aérienne ne suffira plus à garantir la victoire.

Cette évolution impose une refonte des priorités industrielles. Comme le souligne un expert cité par BFM Business, « le rôle de l’avion de combat dans les conflits futurs n’est plus aussi central qu’il l’a été par le passé ». Une remise en question qui interroge sur la pertinence même du Scaf tel qu’il a été imaginé.

Et maintenant ?

La médiation souhaitée par Emmanuel Macron pour réconcilier les industriels français et allemands est en cours, mais son issue reste incertaine. Les prochaines étapes devraient inclure des discussions techniques approfondies pour intégrer les enseignements de la guerre en Ukraine, ainsi que des arbitrages politiques sur la gouvernance du projet. Une première échéance pourrait intervenir d’ici la fin de l’année, avec l’espoir d’un accord permettant de relancer le programme sur des bases solides.

Le Scaf incarne ainsi une tension plus large au sein de l’Europe de la défense : comment concilier ambition industrielle, souveraineté stratégique et adaptation aux nouvelles menaces ? La réponse à cette question déterminera non seulement l’avenir du programme, mais aussi la crédibilité de l’autonomie stratégique européenne.

Le Système de combat aérien du futur (Scaf) est un programme européen visant à développer un ensemble intégré composé d’un avion de combat de nouvelle génération, de drones et d’un système numérique de combat. Il doit remplacer d’ici 2040 les avions Rafale et Eurofighter, actuellement en service. Ce projet est considéré comme stratégique car il vise à renforcer l’autonomie de l’Europe en matière de défense, face à une Russie perçue comme hostile et à un engagement américain de plus en plus incertain.

Les tensions portent principalement sur deux points : la gouvernance du projet et la répartition des rôles. Dassault Aviation, en tant que maître d’œuvre français, refuse d’accepter un statut de « leader minoritaire » et exige une gouvernance plus équilibrée. Airbus, qui représente l’Allemagne et l’Espagne, doit aussi composer avec des méthodes de travail différentes, ce qui complique la coordination industrielle.