Alors que les tensions géopolitiques persistent, l’Europe se retrouve face à un défi de taille : comment protéger son industrie et ses technologies stratégiques face à la concurrence chinoise ? Selon BFM Business, cette question s’impose comme un enjeu majeur pour les dirigeants européens, alors que Pékin multiplie les investissements dans des secteurs clés du Vieux Continent.
Ce qu'il faut retenir
- L’Europe doit désormais considérer la Chine comme un rival industriel et technologique, et non plus seulement comme un partenaire commercial.
- Les secteurs stratégiques — énergie, numérique, défense — font l’objet d’une attention particulière, notamment en raison des subventions massives accordées par Pékin à ses entreprises.
- Les États membres sont appelés à harmoniser leurs politiques de sécurité économique, un processus déjà en cours mais encore incomplet.
Une pression croissante sur les industries européennes
Depuis plusieurs années, la Chine investit massivement dans des industries européennes stratégiques, parfois au détriment des acteurs locaux. Selon les analystes interrogés par BFM Business, ces prises de participation ou acquisitions ciblées visent des secteurs comme les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle ou encore les énergies renouvelables. « L’Europe ne peut plus ignorer cette réalité », souligne un expert en géopolitique économique. « La Chine utilise des leviers économiques pour renforcer son influence, et cela touche directement notre souveraineté industrielle. »
Des subventions chinoises pointées du doigt
Un rapport récent, cité par BFM Business, met en lumière l’ampleur des aides publiques chinoises accordées à ses entreprises. Ces subventions permettent à des groupes chinois de proposer des prix artificiellement bas, rendant la concurrence déloyale pour les industriels européens. « Les règles du jeu ne sont plus les mêmes », explique une source proche des négociations commerciales à Bruxelles. « Si l’Europe ne réagit pas, certaines filières pourraient disparaître en quelques années. »
Vers une stratégie européenne commune ?
Face à cette situation, la Commission européenne a présenté en 2025 un paquet législatif visant à encadrer les investissements étrangers dans les secteurs sensibles. Baptisé « Instrument de filtrage des investissements étrangers », ce dispositif permet aux États membres de bloquer des acquisitions jugées dangereuses pour la sécurité nationale. Pour l’instant, son application reste inégale selon les pays. « Il faut une approche plus coordonnée », insiste un diplomate européen. « Une mesure prise à Berlin ou à Paris ne suffit pas si Rome ou Varsovie ne suivent pas. »
Un autre dossier sensible concerne les technologies duales — celles utilisées à la fois à des fins civiles et militaires. Selon BFM Business, plusieurs pays européens ont déjà restreint l’accès de groupes chinois à ces technologies, notamment dans le domaine de la 5G. La question se pose désormais pour les batteries électriques et les systèmes de surveillance, deux secteurs où la Chine domine le marché.
Enfin, l’enjeu dépasse le cadre industriel : il touche aussi à la sécurité des infrastructures critiques. En 2024, plusieurs États membres ont été victimes de cyberattaques attribuées à des groupes soutenus par Pékin. Depuis, des discussions sont en cours pour renforcer la cybersécurité des réseaux énergétiques et des systèmes de transport. Autant dire que la défensive européenne sera mise à rude épreuve dans les mois à venir.
La Chine cherche à acquérir des technologies clés et à dominer des secteurs stratégiques pour réduire sa dépendance aux importations et renforcer son autonomie industrielle. En ciblant l’Europe, elle profite d’un marché mature et innovant, mais aussi moins protégé que celui des États-Unis, où les contrôles sont déjà plus stricts.