Le projet d'organisation de l'Exposition universelle de 2027 en Serbie, porté par le gouvernement d Aleksandar Vučić, suscite de vives critiques quant à la gestion politique et économique du pays. Comme le rapporte RFI, cette manifestation internationale, censée mettre en valeur la Serbie sur la scène mondiale, révèle selon plusieurs observateurs les dysfonctionnements structurels du système en place.

Ce qu'il faut retenir

  • L'Exposition universelle de 2027 est officiellement attribuée à la Serbie, mais son organisation soulève des questions sur la transparence et la gestion publique.
  • Le président serbe Aleksandar Vučić est régulièrement accusé de renforcer son pouvoir autoritaire, ce que le projet d'Expo 2027 illustre selon ses détracteurs.
  • Les coûts élevés et les retards dans les travaux alimentent les controverses autour de ce projet pharaonique.
  • Des associations et médias indépendants dénoncent une instrumentalisation de l'événement à des fins politiques.

Un projet international sous le feu des critiques

D'après RFI, l'Exposition universelle de 2027, prévue à Belgrade, est présentée comme une opportunité pour la Serbie de briller sur la scène internationale. Pourtant, le projet est rapidement devenu le symbole des dérives du système politique serbe. Les détracteurs de Aleksandar Vučić y voient une manœuvre pour détourner l'attention des problèmes internes, notamment la concentration du pouvoir entre ses mains et la restriction des libertés fondamentales.

Les travaux, lancés avec fracas en 2024, accusent déjà des retards significatifs. Selon des rapports locaux, seulement 30 % des infrastructures prévues seraient aujourd'hui achevées, alors que la date d'ouverture approche. Les coûts, initialement estimés à 1,2 milliard d'euros, ont déjà été revus à la hausse, suscitant des interrogations sur la gestion financière du projet.

Un système politique sous surveillance

Le président serbe, au pouvoir depuis 2012 et officiellement réélu en 2022, est régulièrement pointé du doigt par les organisations de défense des droits humains. RFI souligne que l'organisation de l'Expo 2027 s'inscrit dans une stratégie plus large de contrôle des institutions et des médias. Plusieurs rapports, dont ceux d'ONG comme Human Rights Watch, dénoncent une dérive autoritaire marquée par la censure, la répression des opposants et une justice instrumentalisée.

« Ce projet est une vitrine pour un régime qui cherche à masquer ses manquements », a déclaré Dragan Đukanović, analyste politique à l'Institut de Belgrade pour les études européennes. Selon lui, l'Expo 2027 sert avant tout à légitimer un pouvoir en place depuis plus d'une décennie, au mépris des standards démocratiques européens.

Les dérives économiques et sociales

Outre les questions politiques, l'organisation de l'Exposition universelle pose un défi économique majeur pour la Serbie. Les fonds publics mobilisés pour ce projet, estimés à plus de 2 milliards d'euros selon des estimations indépendantes, pourraient être réalloués à des secteurs prioritaires comme la santé ou l'éducation. Pourtant, le gouvernement justifie cet investissement par les retombées économiques promises : création d'emplois, attractivité touristique et modernisation des infrastructures.

Mais les chiffres peinent à convaincre. Une étude de l'Université de Belgrade révèle que moins de 5 % des contrats passés pour les travaux ont été attribués à des entreprises locales, favorisant des groupes proches du pouvoir. « C'est un système où l'enrichissement personnel prime sur l'intérêt général », a affirmé Sonja Licht, présidente de l'ONG Civic Initiatives, lors d'une conférence de presse en mai 2026.

Et maintenant ?

La pression internationale sur Belgrade ne devrait pas faiblir d'ici l'ouverture de l'Exposition universelle, prévue pour juin 2027. Plusieurs pays européens, dont l'Allemagne et la France, ont déjà exprimé leur inquiétude quant au respect des droits humains en Serbie. Une délégation du Parlement européen doit se rendre sur place en septembre 2026 pour évaluer la situation, ce qui pourrait influencer les relations diplomatiques.

Pour les opposants au régime, l'enjeu est de transformer cette vitrine internationale en symbole de résistance. Des manifestations sont d'ores et déjà prévues pour coïncider avec l'arrivée des délégations étrangères en 2027, tandis que des pétitions circulent pour demander le report ou l'annulation de l'événement.

L'Exposition universelle de 2027 en Serbie cristallise ainsi les tensions entre un pouvoir déterminé à afficher une image de modernité et une société civile résolument opposée à ses méthodes. Alors que les comptes à rebours s'accélèrent, le débat dépasse désormais les frontières du pays, interrogeant la communauté internationale sur la place accordée aux valeurs démocratiques dans ses partenariats.

Outre le discrédit international, la Serbie pourrait subir des sanctions économiques ou des restrictions dans ses relations avec l'Union européenne. Les coûts supplémentaires, estimés à plusieurs centaines de millions d'euros, aggraveraient aussi la dette publique, déjà élevée. Enfin, un échec de l'organisation pourrait renforcer les critiques contre le régime de Vučić, déjà sous pression pour ses dérives autoritaires.