Il y a soixante-dix-neuf ans, le 7 mai 2026, la France commémorait officiellement la victoire de 1945 tout en rendant hommage aux victimes de la déportation. À Flers, dans l’Orne, une cérémonie discrète mais symbolique s’est tenue ce même jour au Monument aux morts de la ville, square Delaunay. Grâce à l’engagement d’élèves de terminale du lycée Jean-Guéhenno, deux noms ont été ajoutés à la liste des victimes de la Shoah : ceux d’Yvonne Salomon et Israël Drezner, déportés pendant la Seconde Guerre mondiale et jusqu’alors absents des hommages publics. Comme le rapporte Ouest France, cette initiative a permis de réparer une omission historique de plus de quatre-vingts ans.

Ce qu'il faut retenir

  • Une cérémonie d’hommage aux victimes de la Shoah a eu lieu le 7 mai 2026 à Flers (Orne), au Monument aux morts, square Delaunay
  • Deux noms, Yvonne Salomon et Israël Drezner, ont été ajoutés à la liste des déportés, grâce au travail d’élèves de terminale du lycée Jean-Guéhenno
  • Ces deux personnes, juives, avaient été déportées pendant la Seconde Guerre mondiale et figuraient jusqu’alors parmi les oubliés des commémorations locales
  • Cette initiative s’inscrit dans le cadre des commémorations nationales de la victoire de 1945 et de la mémoire de la Shoah

Un travail de mémoire initié par des lycéens

C’est lors d’un projet pédagogique mené au lycée Jean-Guéhenno de Flers que l’idée a émergé. Les élèves de terminale, encadrés par leurs professeurs, se sont lancés dans un travail de recherche sur les victimes locales de la déportation. Leur objectif ? Retracer le parcours de ceux et celles dont les noms manquaient encore aux hommages publics. Après plusieurs mois d’enquêtes, archives et témoignages, deux dossiers ont retenu leur attention : celui d’Yvonne Salomon, née en 1922, et celui d’Israël Drezner, dont les dates de déportation correspondaient à des lacunes dans les registres commémoratifs de la ville. Selon Ouest France, leur persévérance a payé : les noms des deux victimes ont été validés par les autorités locales et gravés sur le Monument aux morts.

Cette démarche illustre le rôle clé que peuvent jouer les jeunes générations dans la transmission de la mémoire. « Ce projet nous a appris que l’histoire ne s’écrit pas seulement dans les livres, mais aussi dans les rues et sur les monuments », a confié l’un des lycéens à Ouest France. Leur travail a reçu le soutien de la mairie de Flers, qui a salué « l’engagement citoyen et la rigueur historique » des élèves.

Un monument désormais plus complet

Le Monument aux morts de Flers, square Delaunay, rendait déjà hommage aux soldats morts pour la France, ainsi qu’à d’autres victimes civiles de la guerre. Pourtant, comme dans de nombreuses communes, certains noms de déportés avaient été omis lors de sa conception initiale. La cérémonie du 7 mai 2026 a donc permis de combler cette lacune en présence des autorités locales, des familles des victimes et des représentants de la communauté juive de l’Orne. D’après Ouest France, l’événement a réuni une cinquantaine de participants, dans un climat solennel et recueilli.

Parmi les intervenants, le maire de Flers a rappelé l’importance de « ne laisser personne dans l’oubli ». « Chaque nom ajouté est un acte de justice et de mémoire », a-t-il déclaré. Du côté des familles, la nouvelle a été accueillie avec émotion. « Ma grand-mère Yvonne n’a jamais eu l’occasion de voir son nom gravé quelque part. Aujourd’hui, grâce à ces lycéens, elle est enfin reconnue », a témoigné une petite-nièce d’Yvonne Salomon.

La Shoah en Normandie : un devoir de mémoire toujours d’actualité

La Normandie, et plus largement l’Orne, comptent parmi les territoires où la mémoire de la Shoah reste particulièrement vive. Entre 1942 et 1944, plus de 76 000 Juifs ont été déportés depuis la France vers les camps d’extermination, dont près de 2 500 originaires de Normandie. À Flers, comme ailleurs, des associations locales œuvrent pour que ces histoires individuelles ne tombent pas dans l’oubli. Comme le souligne Ouest France, cette cérémonie du 7 mai s’inscrit dans un mouvement plus large de réhabilitation des victimes oubliées, porté par des initiatives citoyennes et scolaires.

Pourtant, des défis persistent. Les archives locales sont parfois incomplètes, et certaines familles n’ont pas toujours les moyens de faire reconnaître le sort de leurs proches. C’est pourquoi des projets comme celui des lycéens de Flers prennent tout leur sens. « Nous avons encore des pistes à explorer », a indiqué un enseignant du lycée Jean-Guéhenno. « D’autres noms pourraient figurer prochainement sur ce monument. »

Et maintenant ?

À Flers, la mairie a annoncé qu’un registre serait prochainement mis à disposition du public pour recueillir d’éventuelles nouvelles demandes d’ajouts. Par ailleurs, les élèves du lycée Jean-Guéhenno préparent déjà une exposition sur leur projet, qui devrait être présentée dans plusieurs établissements scolaires de l’Orne d’ici la fin de l’année scolaire. Reste à voir si d’autres communes de la région emboîteront le pas pour compléter leurs propres monuments.

Cette cérémonie du 7 mai 2026 rappelle une évidence : la mémoire ne s’use pas avec le temps. Elle se réinvente, se transmet, et parfois, se répare. À Flers, deux noms ont enfin trouvé leur place. Mais combien d’autres attendent encore, quelque part en France, qu’on se souvienne d’eux ?

Comme l’explique Ouest France, les listes des victimes de la déportation établies à la Libération n’étaient pas toujours exhaustives. Certains noms ont pu être omis en raison de lacunes dans les archives locales ou d’une transmission incomplète des informations entre les différentes administrations de l’époque.