À l’heure où les conflits redessinent les équilibres géopolitiques mondiaux, les dirigeants de 21 pays se sont retrouvés à Bichkek, capitale du Kirghizstan, pour le sommet annuel de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Selon nos confrères de Euronews FR, cette rencontre, ouverte lundi 31 août 2026, s’inscrit dans un contexte de recomposition de l’Eurasie multipolaire, où les acteurs régionaux cherchent à consolider leur influence face à la domination occidentale.

Ce sommet de deux jours, placé sous le thème « 25 ans de l’OCS : ensemble pour une paix, un développement et une prospérité durables », a réuni des dirigeants issus de l’Asie centrale, du Caucase, du Moyen-Orient et d’Afrique, reflétant l’expansion continue d’une organisation créée il y a un quart de siècle pour répondre aux défis de sécurité post-soviétiques. Avec dix membres permanents représentant plus de 40 % de la population mondiale – dont la Chine, la Russie, l’Inde et le Pakistan –, l’OCS s’affirme désormais comme un acteur clé du « Sud global », proposant une alternative aux institutions dominées par l’Occident.

Ce qu'il faut retenir

  • Le sommet de l’OCS à Bichkek rassemble 21 dirigeants, dont les présidents chinois Xi Jinping, russe Vladimir Poutine et iranien Masoud Pezeshkian, ainsi que des figures comme le Premier ministre indien Narendra Modi ou le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.
  • Avec 10 membres permanents et 15 partenaires de dialogue, l’OCS représente une alternative croissante à l’ordre international traditionnel.
  • Les discussions portent sur la création d’un Fonds de développement et d’un Fonds d’investissement, ainsi que sur de nouveaux corridors énergétiques et commerciaux, notamment en Asie centrale.
  • La guerre en Ukraine, les tensions impliquant l’Iran et les rivalités d’influence mondiale figurent parmi les principaux sujets abordés.

Un bloc en pleine expansion face à l’ordre occidental

Fondée en 2001 pour répondre aux enjeux de sécurité post-effondrement de l’URSS, l’OCS a progressivement évolué vers un cadre de coopération économique, politique et sécuritaire. Selon Euronews FR, elle compte désormais dix membres permanents – Chine, Inde, Pakistan, Russie, Bélarus, Iran, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan et Ouzbékistan – et s’est ouverte à quinze « partenaires de dialogue », parmi lesquels la Turquie, l’Égypte, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Vietnam, l’Azerbaïdjan ou encore l’Arménie.

Cette diversification géographique et thématique s’accompagne d’une ambition affichée : proposer une vision différente de la gouvernance mondiale. Le thème du sommet, centré sur la paix et le développement durable, illustre cette volonté de peser face aux institutions comme l’OTAN ou l’Union européenne. « Ensemble pour une paix, un développement et une prospérité durables », a souligné l’organisation dans son communiqué, rappelant que ses membres cherchent à « apporter des réponses » dans un monde en mutation rapide.

Bichkek, épicentre des rivalités d’influence en Eurasie

La capitale kirghize est devenue le théâtre d’une série de rencontres bilatérales avant la cérémonie d’ouverture des Jeux mondiaux nomades, un événement traditionnel mêlant sports et culture centre-asiatique. Parmi les dirigeants présents, Xi Jinping, Vladimir Poutine, Narendra Modi et Recep Tayyip Erdoğan ont enchaîné les entretiens, tandis que Antonio Guterres représentait l’ONU.

Dès son arrivée, le président kirghiz Sadyr Japarov a accueilli Xi Jinping avec la signature d’un traité de « bon voisinage, amitié et coopération éternels ». Le dirigeant chinois a qualifié les relations sino-kirghizes de « période dorée » de développement, tandis que Bichkek a annoncé vouloir accélérer la création d’un Fonds de développement de l’OCS et d’un Fonds d’investissement dédié aux grands projets régionaux. Autant dire que l’Asie centrale, riche en ressources et en position stratégique, cristallise les ambitions des grandes puissances.

Économie et sécurité au cœur des débats

Les discussions ont porté sur des enjeux concrets, comme la création d’une banque de développement – promise depuis des années – et le renforcement de la connectivité économique. Plusieurs projets d’infrastructures ont été mis en avant, notamment la ligne ferroviaire Chine-Kirghizstan-Ouzbékistan, destinée à raccourcir les trajets entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe du Sud. « La guerre impliquant l’Iran reconfigure les routes mondiales de transit », a rappelé Euronews FR, soulignant l’urgence de sécuriser ces corridors.

Côté sécurité, les tensions régionales ont dominé les échanges. Vladimir Poutine, confronté à des difficultés économiques croissantes en Russie, a rencontré Recep Tayyip Erdoğan pour évoquer la guerre en Ukraine et la sécurité en mer Noire. Le président russe a également discuté avec Masoud Pezeshkian, alors que Moscou soutient Téhéran dans sa confrontation avec les États-Unis et Israël. Par ailleurs, Ilham Aliev (Azerbaïdjan) et Nikol Pachinian (Arménie) ont poursuivi leur processus de paix, évoquant aussi des coopérations énergétiques et commerciales, dont le corridor médian, surnommé la « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP).

L’Asie centrale, nouvelle frontière des rivalités Chine-Occident

Alors que les États-Unis et l’Union européenne renforcent leur présence en Asie centrale, Pékin accélère son engagement économique dans la région. Outre les infrastructures, la Chine mise sur des partenariats stratégiques pour contourner les tensions en mer de Chine méridionale et sécuriser ses approvisionnements. Le Kirghizstan, pays hôte, apparaît comme un allié clé, tandis que l’Ouzbékistan promeut le corridor transafghan, visant à relier l’Asie centrale à l’océan Indien via l’Afghanistan.

De son côté, le Kazakhstan a discuté avec l’Azerbaïdjan de projets communs, tandis que l’Inde et la Mongolie ont abordé des questions bilatérales avec le Kirghizstan. Pour l’Iran, représenté par Masoud Pezeshkian, ce sommet offre une tribune pour renforcer ses liens avec Moscou et Pékin, alors que Téhéran fait face à des pressions croissantes de Washington et Tel-Aviv.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir émerger des annonces concrètes, notamment sur la création des deux fonds d’investissement promis par le Kirghizstan. Les discussions sur les corridors énergétiques et commerciaux devraient également s’intensifier, avec des retombées potentielles pour les chaînes d’approvisionnement mondiales. Enfin, la capacité de l’OCS à maintenir son unité face aux divergences entre ses membres – notamment entre la Chine et l’Inde, ou la Russie et l’Iran – restera un défi majeur. Une réunion des ministres des Affaires étrangères est déjà prévue d’ici la fin de l’année pour faire avancer les dossiers.

Ce sommet de Bichkek confirme que l’OCS cherche à s’imposer comme un acteur incontournable, même si sa capacité à traduire ses ambitions en actions concrètes reste à démontrer. Une chose est sûre : dans un monde marqué par les conflits et les rivalités, les pays d’Eurasie ne veulent plus laisser les décisions leur échapper.

Les dix membres permanents de l’OCS en 2026 sont la Chine, la Russie, l’Inde, le Pakistan, le Bélarus, l’Iran, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan.

Le corridor transafghan vise à relier les infrastructures d’Asie centrale à l’Afghanistan et aux ports de l’océan Indien, afin de faciliter les échanges commerciaux et énergétiques entre la région et le reste du monde.