L’introduction en Bourse de SpaceX, programmée pour le 12 juin prochain à Wall Street, s’annonce comme l’un des événements financiers les plus scrutés de l’année. Selon BFM Bourse, le groupe spatial, spécialisé dans les satellites et l’intelligence artificielle, prévoit d’émettre 555,6 millions d’actions nouvelles à un prix unitaire de 135 dollars. Cette opération, qui vise à lever 75 milliards de dollars, pulvériserait le précédent record détenu par Saudi Aramco en 2019 (25,6 milliards de dollars).

Avec une valorisation théorique de 1 770 milliards de dollars, SpaceX afficherait un multiple de 95 fois ses revenus 2025 (18,7 milliards de dollars), un niveau jugé « extrêmement généreux » par les observateurs. Pour comparaison, Nvidia évolue actuellement à 25 fois son chiffre d’affaires. « Actuellement, on observe une euphorie inédite sur la tech, d’où le fait que SpaceX débarque à New York. Mais la valorisation reste trop élevée », analyse Félix Baron, auteur de la lettre Les investisseurs indépendants.

Ce qu'il faut retenir

  • SpaceX prévoit une introduction en Bourse le 12 juin 2026 à Wall Street, avec une levée de fonds de 75 milliards de dollars via 555,6 millions d’actions à 135 dollars l’unité.
  • La valorisation théorique de la société atteint 1 770 milliards de dollars, soit 95 fois ses revenus 2025 (18,7 milliards).
  • Les banques conseillères tablent sur une croissance exponentielle, avec des projections allant jusqu’à 3 400 milliards de dollars de revenus en 2040, proches du PIB français.
  • Les activités d’IA, portées par xAI (incluant X et Grok), concentreraient 755 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2031 selon certaines estimations.
  • Des analystes comme Morningstar jugent ces prévisions « très incertaines » et évaluent SpaceX à seulement 781 milliards de dollars.

Une opération record qui interroge sur la viabilité économique

Le prospectus déposé par SpaceX met en lumière une entreprise encore déficitaire : l’an dernier, le groupe a enregistré une perte opérationnelle de 2,6 milliards de dollars pour 18,7 milliards de revenus. Pourtant, la valorisation proposée par les banques conseillères – Goldman Sachs et Morgan Stanley – repose sur des projections de croissance radicalement optimistes. « La question la plus importante n’est pas de savoir si l’introduction en Bourse est coûteuse. La véritable question est de savoir si les marchés boursiers sont devenus à ce point avides de croissance que le prix est désormais secondaire par rapport à l’accès », estime Stephen Innes, de Spi AM.

Les banques, dont les commissions dépendent du montant levé, ont tout intérêt à maximiser la valorisation. Félix Baron rappelle d’ailleurs que ce mécanisme avait été observé lors de la bulle internet. « Le prix d’entrée d’une introduction en Bourse est aussi le prix de sortie pour les fondateurs, les premiers investisseurs, salariés et dirigeants », précise-t-il. « Ce prix a tendance à être maximisé pour flatter l’ego des dirigeants ou gonfler les commissions des banques. »

Des projections financières aux allures de science-fiction

Selon le Financial Times, Goldman Sachs anticipe une multiplication par 25 des revenus de SpaceX d’ici 2030, atteignant 474 milliards de dollars. La division IA du groupe, xAI, passerait quant à elle de 3,2 milliards à 322 milliards de dollars en cinq ans. Une autre estimation, rapportée par Bloomberg et attribuée à Evercore ISI, va encore plus loin : 1 000 milliards de dollars de revenus totaux en 2031, avec 755 milliards générés par l’IA seule – soit 236 fois son niveau de 2025. À cette échéance, les activités spatiales ne représenteraient qu’1 % du chiffre d’affaires global.

Morgan Stanley pousse l’exercice jusqu’en 2040, imaginant des revenus de 3 400 milliards de dollars pour SpaceX, un montant proche du PIB français (3 600 milliards en 2025, selon le FMI). Le résultat brut d’exploitation ajusté serait multiplié par 409, passant de 6,6 à 2 700 milliards de dollars. Ces chiffres, bien que théoriques, soulèvent des questions sur la crédibilité des modèles économiques sous-jacents.

L’IA, moteur de croissance ou source de risques ?

Dans son prospectus, SpaceX évoque un marché « adressable » de 26 000 milliards de dollars pour l’IA. Pourtant, des experts comme Morningstar mettent en garde contre les risques de « destruction de valeur ». « La valeur de marché actuelle de l’entreprise dépend de sa capacité à ouvrir la voie à de nouvelles sources de revenus, telles que l’informatique orbitale. Leur viabilité, leur calendrier de mise en œuvre et leurs résultats financiers restent très incertains », souligne l’analyse du bureau d’études.

Les investisseurs semblent en tout cas prêts à miser sur le potentiel futur de SpaceX, malgré l’absence de rentabilité actuelle. La promesse d’une révolution technologique – allant des fusées réutilisables aux réseaux de satellites en passant par les modèles d’IA – suffit-elle à justifier une valorisation aussi élevée ?

Et maintenant ?

La réussite de cette introduction en Bourse dépendra largement de la capacité de SpaceX à convaincre les marchés de sa capacité à transformer ses promesses en réalité. Les prochaines semaines seront cruciales : les « roadshows » organisés par la société avec les investisseurs permettront de jauger l’appétit réel pour une action aussi spéculative. Une déception pourrait entraîner une correction brutale, tandis qu’un engouement persistant pourrait valider – au moins temporairement – ces valorisations stratosphériques.

Reste à voir si l’histoire confirmera ces projections ou si, comme le suggère Félix Baron, « les marchés boursiers sont devenus à ce point avides de croissance que le prix est désormais secondaire par rapport à l’accès » à un secteur perçu comme révolutionnaire.

La valorisation de SpaceX repose sur des projections de croissance future, notamment dans les secteurs de l’intelligence artificielle et des technologies spatiales. Les banques conseillères comme Goldman Sachs et Morgan Stanley anticipent une multiplication par 25 à 53 des revenus d’ici 2030-2040, justifiant ainsi une capitalisation boursière de 1 770 milliards de dollars. Cependant, ces prévisions restent spéculatives et dépendent de la réalisation de scénarios économiques ambitieux, sans garantie de rentabilité à court terme.

Les principaux risques incluent la volatilité des marchés, la capacité de SpaceX à générer des revenus conformes aux projections, et la dépendance excessive aux activités d’IA, jugées « très incertaines » par des analystes comme Morningstar. Une surévaluation pourrait entraîner une correction brutale si les résultats futurs déçoivent les investisseurs.