La pratique sportive régulière est souvent présentée comme un pilier du bien-être physique et mental. Pourtant, lorsque l’activité physique bascule dans l’excès, elle peut révéler des mécanismes comparables à ceux des addictions comportementales. Franceinfo - Santé s’est penché sur cette problématique encore peu documentée en France, en analysant les signes avant-coureurs et les conséquences pour les individus concernés.

Ce qu'il faut retenir

  • En France, environ 5 % des sportifs réguliers présenteraient des signes d’addiction à l’effort physique, selon une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) publiée en 2025.
  • Les symptômes incluent une perte de contrôle, une priorité absolue accordée au sport au détriment d’autres activités sociales ou professionnelles, ainsi qu’un sevrage difficile.
  • Contrairement aux idées reçues, cette dépendance touche autant les amateurs que les athlètes de haut niveau, avec des conséquences parfois graves sur la santé.
  • Les spécialistes soulignent l’absence de consensus médical sur les critères diagnostiques, ce qui complique la prise en charge.
  • Les réseaux sociaux et les applications de suivi sportif pourraient aggraver ce phénomène en valorisant la performance à tout prix.

Un phénomène encore méconnu en France

Longtemps cantonnée aux substances comme l’alcool ou les drogues, la notion d’addiction s’étend désormais aux comportements. Le sport en fait partie, même si le sujet reste tabou dans le milieu sportif. Franceinfo - Santé rappelle que les premiers travaux français sur le sujet datent de 2018, avec une étude de l’Université de Bordeaux qui estimait à 3 % la part des sportifs présentant une dépendance à l’effort.

Cette proportion a depuis été réévaluée à la hausse, notamment en raison de l’essor des applications connectées qui poussent à battre ses records personnels. « La frontière entre une pratique saine et une addiction est ténue », explique le Dr Laurent Karila, psychiatre et spécialiste des addictions, cité par Franceinfo - Santé. « On parle d’addiction quand le sport devient une obsession, au point de perturber la vie quotidienne. »

Les signes qui doivent alerter

Les critères diagnostiques s’appuient sur ceux des addictions comportementales, avec des manifestations physiques et psychologiques. Parmi les symptômes les plus fréquents : une augmentation progressive du temps consacré à l’activité, une incapacité à réduire l’intensité ou la fréquence des séances, et des troubles de l’humeur en cas d’interruption.

Les conséquences peuvent être multiples. D’un point de vue physique, les sportifs dépendants s’exposent à des blessures à répétition, des troubles du sommeil, voire des problèmes cardiovasculaires. Psychologiquement, l’isolement social et l’anxiété en cas de non-pratique sont fréquents. « Certains patients arrivent en consultation avec des fractures de fatigue ou des tendinites chroniques, mais refusent de réduire leur entraînement », précise le Dr Karila.

Des profils variés, des causes multiples

Contrairement aux idées reçues, l’addiction au sport ne concerne pas uniquement les athlètes de haut niveau. Les profils les plus à risque sont les coureurs amateurs, les cyclistes, ou encore les pratiquants de musculation. Les réseaux sociaux jouent un rôle non négligeable en encourageant la comparaison et la quête de performance. Une enquête menée en 2025 par l’association Addict’Aide révélait que 70 % des utilisateurs de ces plateformes modifiaient leurs habitudes sportives pour répondre aux attentes de leur communauté virtuelle.

Les causes de cette dépendance sont multiples. Pour certains, elle comble un vide affectif ou professionnel. Pour d’autres, elle est liée à une quête de maîtrise de son corps, voire à une peur de la prise de poids. « Le sport devient alors une béquille, un moyen d’échapper à des émotions négatives », analyse la psychologue clinicienne Sophie Benqué, interrogée par Franceinfo - Santé.

« L’addiction au sport n’est pas une maladie en soi, mais elle peut révéler un trouble sous-jacent, comme un trouble anxieux ou une dépression. » — Dr Laurent Karila, psychiatre

Et maintenant ?

Face à l’augmentation des cas, les professionnels de santé appellent à une meilleure prise en charge. Une campagne nationale de sensibilisation, prévue pour l’automne 2026, devrait permettre de mieux identifier les signes avant-coureurs et de proposer des solutions adaptées. Par ailleurs, la Haute Autorité de santé (HAS) travaille à l’élaboration de recommandations pour les médecins, afin d’intégrer cette problématique dans les consultations. Reste à voir si ces mesures suffiront à endiguer un phénomène qui, pour l’instant, reste difficile à cerner.

En attendant, les spécialistes insistent sur l’importance de la modération et de l’équilibre. Comme le rappelle Sophie Benqué : « Le sport doit rester un plaisir, pas une contrainte. » Une prise de conscience qui pourrait, à terme, limiter les dérives d’une pratique devenue trop souvent excessive.

Les experts s’appuient sur plusieurs critères : la perte de contrôle (incapacité à réduire la pratique), la priorité absolue accordée au sport au détriment d’autres activités, et les symptômes de sevrage (anxiété, irritabilité) en cas d’interruption. Si ces signes persistent pendant plusieurs mois et impactent la vie quotidienne, il est conseillé de consulter un professionnel de santé.