Le géant américain Strategy, spécialisé dans l’investissement en Bitcoin et coté sous le ticker MSTR, envisage de céder une partie de ses avoirs en cryptomonnaie. Cette annonce, formulée par son président-directeur général Michael Saylor lors de la présentation des résultats trimestriels du premier trimestre 2026, intervient dans un contexte de pertes financières record pour l’entreprise.
Ce qu'il faut retenir
- Strategy détient actuellement 818 334 bitcoins, acquis à un prix moyen unitaire de 75 537 dollars, selon les données de l’entreprise.
- La société enregistre une perte nette de 12,54 milliards de dollars pour le premier trimestre 2026, dont 14,46 milliards de dollars de pertes latentes sur sa trésorerie en Bitcoin.
- Michael Saylor a évoqué une vente partielle de ses bitcoins pour financer un dividende, affirmant vouloir « vacciner le marché ».
- Le cours du Bitcoin s’échangeait autour de 81 650 dollars au moment de l’annonce, en légère hausse de 0,9 % sur 24 heures.
- L’action MSTR a progressé de 1,69 % malgré une baisse en séance, restant à 186,9 dollars, soit une chute de 65,58 % depuis son plus haut historique.
Selon Cryptoast, cette éventualité de vente n’est pas une surprise totale. Dès les premiers résultats de l’exercice 2026, l’entreprise avait déjà signalé des pertes latentes colossales sur ses réserves de Bitcoin. Michael Saylor a justifié cette stratégie lors d’une conférence sur X, expliquant que la vente permettrait de « vacciner le marché » et de financer un dividende pour les actionnaires :
« Nous allons probablement vendre une partie du Bitcoin pour financer un dividende, histoire de vacciner le marché et de montrer que nous l'avons fait. »
Cette déclaration, bien que surprenante pour certains observateurs, n’a pas provoqué de réaction marquée sur le prix du Bitcoin, déjà en légère hausse. Pour Michael Saylor, cette opération s’inscrit dans une logique de gestion financière : « Vous achetez du Bitcoin à crédit, vous le laissez s’apprécier, puis vous vendez du Bitcoin pour payer le dividende. »
Une stratégie financière sous pression
Strategy traverse une période difficile depuis plusieurs mois. En 2021, l’entreprise avait massivement investi dans le Bitcoin, voyant dans cette cryptomonnaie un actif refuge. Pourtant, le modèle économique de l’entreprise, basé sur l’émission d’obligations et d’actions préférentielles pour financer des dividendes, montre aujourd’hui ses limites. Comme le rapporte Cryptoast, la stagnation des revenus issus de la vente de logiciels d’entreprise – l’activité historique de Strategy – laisse planer des doutes sur sa capacité à maintenir ce modèle à long terme.
Pour pallier ces difficultés, Michael Saylor a d’abord eu recours à l’endettement massif, puis à l’émission d’actions préférentielles comme le STRC, offrant des dividendes attractifs. Pourtant, cette approche a conduit à une dilution importante des actionnaires, un phénomène comparable à l’inflation monétaire traditionnelle. En août 2025, l’entreprise avait même modifié ses règles d’émission d’actions, revenant sur ses promesses initiales.
Malgré ses critiques répétées envers le système financier traditionnel, Michael Saylor a finalement opté pour une solution interne : liquider une partie de ses réserves de Bitcoin pour honorer ses engagements envers les investisseurs. Une volte-face notable, alors qu’il avait publiquement affirmé ne jamais vendre de bitcoins et critiqué ceux qui remettaient en cause son modèle.
Un pari risqué sur le Bitcoin
À ce jour, Strategy affiche un bénéfice latent de 8,1 % sur ses avoirs en Bitcoin, calculé sur la base d’un prix d’acquisition moyen de 75 537 dollars. Le cours actuel du Bitcoin, autour de 81 650 dollars, laisse entrevoir une plus-value potentielle à long terme. Pourtant, la décision de vendre une partie de ces réserves soulève des questions sur la solidité du modèle économique de l’entreprise.
Pour certains analystes, cette stratégie ressemble à un cercle vicieux : Strategy s’endette pour acheter du Bitcoin, utilise ensuite les plus-values réalisées sur sa vente pour payer des dividendes, tout en diluant toujours davantage la valeur de ses actions. Une mécanique qui rappelle les mécanismes inflationnistes des monnaies fiduciaires, que Michael Saylor critique par ailleurs.
En parallèle, le cours de l’action MSTR reste sous pression, avec une baisse de 65,58 % depuis son plus haut historique. Cette situation reflète les inquiétudes des investisseurs face à la viabilité à long terme du modèle de l’entreprise. Malgré une légère progression en séance, l’action peine à retrouver la confiance du marché.
Un marché déjà intégré dans les cours ?
Si l’annonce d’une potentielle vente de Bitcoin par Strategy a été perçue comme un choc par certains observateurs, les marchés semblent l’avoir anticipée. Le cours du Bitcoin n’a pas réagi significativement, et l’action MSTR a même progressé de 1,69 % malgré une baisse en séance. Selon Cryptoast, cette réaction suggère que les investisseurs avaient déjà intégré cette possibilité dans leurs anticipations.
Cette vente, si elle se concrétise, pourrait donc avoir un impact limité sur les cours à court terme. Cependant, elle pose la question de la pérennité du modèle de Strategy. En liquidant une partie de ses réserves, l’entreprise reconnaît implicitement que son modèle économique actuel n’est plus viable sans recourir à des liquidités externes.
Pour Michael Saylor, cette décision serait un mal nécessaire pour « vacciner le marché » et rassurer les actionnaires. Pourtant, certains y voient plutôt un aveu de faiblesse, un aveu que le modèle de l’entreprise, basé sur l’accumulation de Bitcoin à crédit, atteint ses limites.
Dans tous les cas, cette annonce rappelle les risques inhérents aux modèles économiques basés sur l’endettement et la spéculation sur les actifs volatils. Pour les investisseurs, elle souligne l’importance de diversifier ses placements et de ne pas dépendre d’un seul actif ou d’une seule stratégie.
Michael Saylor justifie la vente partielle de bitcoins par Strategy en affirmant vouloir « vacciner le marché ». Selon lui, cette opération permettrait de montrer que l’entreprise est prête à liquider une partie de ses réserves pour financer un dividende, rassurant ainsi les investisseurs sur sa capacité à honorer ses engagements. Cette stratégie vise à éviter une panique générale en cas de crise de liquidité.