Depuis l’intensification des tensions au Moyen-Orient et la restriction de l’espace aérien russe, les compagnies aériennes européennes et asiatiques privilégient une route passant par l’Afghanistan. Une stratégie qui profite directement aux talibans, dont les caisses se remplissent à chaque survol du pays. Selon Courrier International, cette situation rapporte aux autorités afghanes environ 1,4 million de dollars par semaine, alors que leur contrôle du trafic aérien reste quasi inexistant.

Ce qu'il faut retenir

  • Depuis la guerre en Iran, 2 000 avions survolent chaque semaine l’Afghanistan, soit cinq fois plus qu’il y a un an, d’après Schweizer Radio und Fernsehen (SRF).
  • Les talibans perçoivent 700 dollars par vol, soit un total hebdomadaire de 1,4 million de dollars pour leur régime.
  • La route du nord, via l’Afghanistan, est désormais la seule alternative pour les vols vers l’Asie, la Russie ayant fermé son espace aérien aux compagnies européennes en réponse aux sanctions.
  • Le contrôle aérien afghan est quasi inexistant, et les atterrissages d’urgence y sont comparés à « un amerrissage forcé en pleine mer » par l’OPS Group.
  • La compagnie Swiss, entre autres, a adapté la formation de ses pilotes pour ces survols à haut risque, sans radar ni aiguilleurs du ciel.

Une route devenue incontournable pour l’aviation internationale

Avec la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales contre la Russie, les compagnies aériennes européennes se trouvent contraintes de contourner l’espace aérien russe. Deux options s’offrent à elles : la route du sud, passant par la péninsule arabique, ou la route du nord, qui traverse l’Afghanistan. « Les avions européens ne peuvent actuellement emprunter que ces deux routes pour se rendre vers les destinations asiatiques les plus prisées », explique Le Temps. Si la première reste sécurisée, la seconde s’avère bien plus risquée.

Depuis la prise de pouvoir des talibans en 2021, le contrôle aérien en Afghanistan est quasi inexistant. Les pilotes doivent voler sans assistance radar ni aiguilleurs du ciel, ce qui nécessite une préparation spécifique. « Les avions de la compagnie Swiss survolent le pays des talibans sans radar ni aiguilleurs du ciel », précise le Tages-Anzeiger, cité par Courrier International. Pourtant, cette route est de plus en plus empruntée : « Le vol quotidien LX 154, qui relie Zurich à Bombay, a récemment pris uniquement la route du nord. »

Un trafic aérien sous haute tension, entre risques et profits

Les défis ne s’arrêtent pas à l’absence de contrôle aérien. Selon l’OPS Group, cité par Le Temps, les talibans disposent d’une « liste apparemment interminable d’armes sol-air », capables de cibler les appareils volant à basse altitude. Ces tensions sont encore aggravées par les relations tendues entre l’Afghanistan et le Pakistan voisin. « Un atterrissage d’urgence dans le pays est aussi complexe qu’un amerrissage forcé en pleine mer », souligne l’organisation, spécialisée dans l’aviation.

Malgré ces risques, le trafic aérien au-dessus de l’Afghanistan a explosé. « Il y aurait environ 2 000 survols hebdomadaires du pays, soit cinq fois plus qu’il y a un an », confirme la Schweizer Radio und Fernsehen (SRF), selon Courrier International. Parmi les compagnies concernées figurent non seulement Swiss, mais aussi Qantas et Air Canada. « Cela représente beaucoup d’argent pour un pays qui ne fait quasiment rien pour assurer la sûreté de son espace aérien », commente SRF.

Swiss s’adapte, mais les défis persistent

Interrogée par le Tages-Anzeiger, la compagnie Swiss a indiqué avoir intégré des dispositions spécifiques dans la formation de ses pilotes pour ces survols. « Ils survolent le pays des talibans sans radar ni aiguilleurs du ciel, ce qui nécessite une certaine préparation », explique la compagnie. Swiss estime qu’environ 11 de ses appareils par jour pourraient survoler l’Afghanistan, notamment lors de trajets vers Bombay ou Bangkok.

Cette adaptation est nécessaire, mais elle ne suffit pas à lever tous les risques. Selon l’OPS Group, les pilotes doivent prévoir d’importantes réserves de carburant, car les atterrissages d’urgence sont quasi impossibles dans le pays. « Il existe une liste apparemment interminable d’armes sol-air détenues par les talibans, et cet arsenal peut à l’occasion viser les appareils volant à trop basse altitude », rappelle l’organisation.

Et maintenant ?

La situation pourrait évoluer dans les prochains mois, en fonction de l’évolution des tensions géopolitiques. Si la Russie maintient sa position restrictive sur son espace aérien, la route afghane restera probablement empruntée par les compagnies aériennes. Pour les talibans, cela signifie une manne financière continue, alors que leur régime reste isolé sur la scène internationale. Reste à voir si des mesures seront prises pour améliorer la sécurité aérienne en Afghanistan, ou si les survols à haut risque deviendront la norme.

Une chose est sûre : tant que les compagnies aériennes n’auront pas d’autre choix que de contourner la Russie, l’Afghanistan restera un passage obligé – et coûteux – pour le trafic aérien entre l’Europe et l’Asie.

Parce que la Russie a restreint l’accès à son espace aérien aux compagnies européennes en réponse aux sanctions occidentales liées à la guerre en Ukraine. Les avions doivent donc emprunter soit la route du sud, via la péninsule arabique, soit la route du nord, qui passe par l’Afghanistan. Cette dernière est désormais la plus empruntée, malgré les risques.

Ils perçoivent 700 dollars par avion pour chaque survol de leur espace aérien. Avec environ 2 000 survols par semaine, cela leur rapporte environ 1,4 million de dollars par semaine. Une manne financière significative pour un régime déjà isolé et sous sanctions.