Selon Franceinfo - Santé, le tabagisme passif représente toujours un enjeu majeur de santé publique en France, malgré l’extension des zones sans tabac. Le docteur Wajdi Mehtelli, psychiatre et addictologue à l’hôpital Fernand-Widal (AP-HP), alerte sur les conséquences sanitaires de l’exposition à la fumée de cigarette, y compris les cancers, les maladies cardiovasculaires et les risques pendant la grossesse. Il détaille également les bénéfices concrets pour la santé des « fumeurs involontaires » lorsque leurs proches arrêtent le tabac, ainsi que la question du « vapotage passif ».
Ce qu'il faut retenir
- Le tabagisme passif expose à tous les cancers, notamment le cancer du poumon, les cancers ORL, du sein, ainsi qu’à des maladies cardiovasculaires et respiratoires.
- Les risques concernent aussi les femmes enceintes, avec des risques de retard de croissance et de mort subite du nourrisson.
- L’arrêt du tabac par un proche entraîne des bénéfices rapides, comme une diminution du risque cardiovasculaire dès les premiers jours.
- Le « vapotage passif » est moins nocif que le tabagisme passif, mais son exposition reste un sujet de précaution, notamment en présence d’enfants.
- Les ventes de tabac ont baissé de 8,2 % en un an, reflétant une tendance à la baisse de la consommation.
Qu’est-ce que le tabagisme passif et quels sont ses dangers ?
Le tabagisme passif désigne l’inhalation involontaire de la fumée dégagée par la combustion d’une cigarette, qu’elle soit exhalée par un fumeur ou directement émise par le produit. « Le tabagisme passif, c’est tout simplement le fait d’inhaler la fumée qui est soit exhalée par un fumeur, soit dégagée directement par la cigarette », explique le docteur Mehtelli. Il souligne que l’exposition est bien plus importante à l’intérieur qu’à l’extérieur. « En fumant à l’intérieur, tout le monde inhale ces produits encore plus qu’à l’extérieur », précise-t-il. Les espaces publics comme les parcs, les plages ou les abords des écoles sont désormais des zones sans tabac, une mesure qui s’est généralisée en 2025.
Des risques sanitaires multiples et avérés
Les conséquences du tabagisme passif sur la santé sont multiples et documentées. Le docteur Mehtelli les résume sans équivoque : « Les risques, ce sont d’abord tous les cancers. On connaît très bien le cancer du poumon, les cancers ORL, le cancer du sein, mais aussi les maladies cardiovasculaires comme les infarctus et les AVC, ainsi que les maladies respiratoires comme la bronchopneumopathie chronique obstructive. » Il ajoute que les infections, y compris ORL, et les complications pendant la grossesse font également partie des risques. « Il y a notamment des retards de croissance et des risques de mort subite du nourrisson », détaille-t-il. La fumée tertiaire, qui se dépose sur les vêtements ou les cheveux, expose aussi les nourrissons à ces dangers, d’où la recommandation de se changer après avoir fumé avant d’allaiter.
« Autant que possible, après avoir fumé une cigarette, il faut se changer avant d’allaiter. »
Docteur Wajdi Mehtelli, psychiatre et addictologue à l’hôpital Fernand-Widal
Les bénéfices rapides de l’arrêt du tabac pour l’entourage
Au-delà des risques, le docteur Mehtelli met en avant les bénéfices concrets pour la santé des « fumeurs involontaires » lorsque leurs proches arrêtent le tabac. « On parle beaucoup des risques, mais ce qui aide les gens à se libérer de la cigarette, c’est justement les bénéfices », indique-t-il. Ces bénéfices sont immédiats et cumulatifs : réduction du risque de cancer, diminution rapide du monoxyde de carbone et donc du risque cardiovasculaire, amélioration de la cicatrisation, de la fécondité et de la sexualité. « La liste est très longue. En arrêtant de fumer, il y a des bénéfices dès les premiers jours », souligne-t-il. Ces effets positifs peuvent motiver les fumeurs à franchir le pas de l’arrêt définitif.
Le vapotage passif : un sujet encore en débat
La question du « vapotage passif » a également été abordée par l’expert. Selon le dernier rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), la cigarette électronique est reconnue comme un outil d’aide à l’arrêt du tabac, avec une réduction significative des risques par rapport à la cigarette traditionnelle. « L’usage de la cigarette électronique est un outil d’aide à l’arrêt du tabac, avec une réduction des risques significative », confirme le docteur Mehtelli. Cependant, il rappelle que l’ANSES poursuit ses travaux sur l’exposition potentielle à la vapeur, bien que celle-ci soit moins nocive que la fumée de tabac. « La vape repose sur un principe de vaporisation : on chauffe un liquide pour le transformer en vapeur, sans combustion », explique-t-il. Contrairement aux produits de tabac chauffé, la cigarette électronique ne contient pas de tabac, à condition d’acheter les produits dans des circuits agréés respectant les normes en vigueur.
Le médecin insiste sur l’importance de se procurer ces produits dans des enseignes spécialisées, respectant les normes AFNOR en France et en Europe. « En France et en Europe, il existe des normes, notamment les normes AFNOR, qui offrent un certain gage de sécurité », rappelle-t-il. Il met en garde contre les achats en ligne ou sur des plateformes non identifiées, d’autant plus depuis l’interdiction des puffs en France.
Un risque différent, mais une précaution à prendre
Si le « vapotage passif » est moins dangereux que le tabagisme passif, il n’est pas pour autant anodin. « On peut difficilement parler de vapotage passif s’il n’y a pas de substances toxiques dans ce qui est exhalé », précise le docteur Mehtelli. Cependant, il reconnaît que chacun a le droit de refuser d’être exposé à la vapeur, notamment pour des raisons de confort ou de précaution, en particulier en présence d’enfants. « Vous pouvez dire que vous ne voulez pas être exposé à cela, que ce soit parce que vous ne supportez pas l’odeur ou par précaution, notamment en présence d’enfants. Mais, clairement, cela n’a rien à voir avec le tabagisme passif, c’est incomparable », conclut-il. La distinction entre les deux phénomènes reste donc essentielle.
Alors que la tendance à la baisse de la consommation de tabac se confirme, la question de la protection des non-fumeurs, qu’ils soient exposés à la fumée de cigarette ou à la vapeur de cigarette électronique, reste au cœur des débats sanitaires. Les prochaines échéances législatives et les campagnes de prévention devraient jouer un rôle clé dans cette dynamique.
En France, les cigarettes électroniques doivent respecter les normes AFNOR, qui garantissent un certain niveau de sécurité. Il est recommandé de s’approvisionner dans des circuits spécialisés pour éviter les produits non conformes ou dangereux.
Oui, les enfants sont particulièrement vulnérables au tabagisme passif. Ils peuvent souffrir de retards de croissance, de risques accrus de mort subite du nourrisson ou d’infections ORL. La fumée tertiaire, qui se dépose sur les vêtements ou les cheveux, représente également un danger pour eux.