Six start-up françaises spécialisées dans la télésurveillance médicale ont interpellé, jeudi 11 juin 2026, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, pour dénoncer des délais administratifs excessifs qui retardent l’inscription de leurs solutions au remboursement par l’Assurance maladie. Selon Franceinfo – Santé, ces entreprises, parmi lesquelles figurent Biosency, CareLine Solutions, Implicity, Newcard, Resilience et Tilak Healthcare, soulignent que le processus peut s’étendre sur plusieurs années, entre la validation clinique de leurs innovations et leur prise en charge financière par la Sécurité sociale.

Ce qu'il faut retenir

  • Six start-up françaises ont écrit à la ministre de la Santé le 11 juin 2026 pour dénoncer des lenteurs administratives dans le remboursement de leurs solutions de télésurveillance médicale.
  • Certaines de ces entreprises ont attendu jusqu’à deux ans après la validation clinique de leur solution avant son inscription effective sur la liste de remboursement.
  • La start-up Implicity, spécialisée dans la télésurveillance des porteurs de pacemakers, a dû patienter 600 jours après l’obtention de l’avis favorable de la Haute Autorité de Santé (HAS).
  • Ces retards pénalisent les patients, mais aussi le système de santé, en maintenant des modalités de suivi moins performantes et en creusant le déficit de la Sécurité sociale, évalué à 21,6 milliards d’euros en 2025.
  • Les start-up estiment que la télésurveillance médicale permet d’éviter des réhospitalisations coûteuses et de réaliser des économies significatives pour l’Assurance maladie.

Des retards qui freinent l’innovation médicale et pénalisent les patients

Dans un courrier adressé à la ministre de la Santé, les six start-up expliquent que les délais administratifs entre la validation clinique d’une solution et son remboursement peuvent atteindre plusieurs années. Pour Arnaud Rosier, fondateur d’Implicity et cardiologue, cette situation est d’autant plus incompréhensible que les innovations ont déjà fait leurs preuves. « Comme toutes les innovations médicales, il est important de faire des études pour évaluer l’impact », a-t-il déclaré à Franceinfo. « On l’a obtenu en septembre 2024 et après, on a attendu 600 jours pour simplement voir l’inscription administrative de notre solution pour le remboursement ».

Ces retards ne concernent pas uniquement Implicity. D’autres start-up du secteur rencontrent les mêmes difficultés, ce qui limite la capacité des professionnels de santé à prescrire ces solutions innovantes. « Des entreprises, ayant investi massivement en recherche et développement, se retrouvent dans l’incapacité de déployer à grande échelle des solutions dont la valeur a pourtant été reconnue », écrivent-elles dans leur courrier. « Des médecins prêts à prescrire attendent un signal qui ne vient pas ».

Un gâchis pour le système de santé et pour les patients

Selon les signataires, ces lenteurs administratives ont un coût humain et financier. En France, seuls 25 % des 600 000 patients porteurs d’une prothèse cardiaque bénéficient d’un système de télésurveillance, alors qu’un suivi à distance permettrait de prévenir des complications et de réduire les dépenses hospitalières. « Soigner une complication coûte toujours plus cher que de la prévenir », rappellent-elles. « Notre système continue pourtant de financer massivement le curatif et de sous-investir chroniquement dans le préventif ».

Les start-up citent plusieurs exemples de pathologies pour lesquelles la télésurveillance pourrait améliorer la prise en charge : un patient insuffisant rénal suivi à distance pourrait ainsi repousser de plusieurs années l’entrée en dialyse, tandis qu’un patient sous chimiothérapie pourrait être alerté à temps sur un effet indésirable et éviter une réhospitalisation. « La télésurveillance médicale n’est pas une dépense supplémentaire : c’est un investissement à rendement déjà mesurable, dont les bénéfices se traduisent directement en économies pour l’Assurance maladie, en désengorgement hospitalier, en temps médical libéré, en années de vie gagnées », concluent-elles.

Un déficit de la Sécurité sociale qui s’aggrave

En 2025, le déficit de la Sécurité sociale a atteint 21,6 milliards d’euros, un chiffre qui illustre l’urgence de rationaliser les dépenses de santé. Les start-up estiment que l’adoption plus rapide de solutions de télésurveillance pourrait contribuer à inverser cette tendance. « En tant que médecin, j’ai surtout l’impression d’un grand gâchis », a souligné Arnaud Rosier. « On aimerait que ces innovations soient accessibles, pour derrière, mieux soigner les malades ».

Pourtant, malgré les preuves de leur efficacité, ces technologies peinent à être déployées à grande échelle. Les signataires du courrier rappellent que la France dispose d’un « tissu de start-up qui innovent », mais que les « rouages du système » bloquent leur développement. « On a des soignants incroyables, on a des ingénieurs et des mathématiciens de niveau international, mais finalement, on a l’impression d’échouer sur les rouages du système », déplore le fondateur d’Implicity.

Et maintenant ?

La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, n’a pas encore réagi publiquement à ce courrier. Les start-up espèrent que ce signal d’alerte permettra d’accélérer les procédures d’évaluation et de remboursement. Selon elles, une réponse rapide de l’État pourrait non seulement améliorer la prise en charge des patients, mais aussi générer des économies pour l’Assurance maladie. La prochaine réunion de la Commission de la transparence de la HAS, prévue en septembre 2026, sera un moment clé pour évaluer si les délais commencent à se réduire.

Cette situation interroge sur la capacité des pouvoirs publics à s’adapter à l’innovation médicale. Si les retards persistent, les patients et les professionnels de santé pourraient continuer à se tourner vers des solutions moins performantes, au détriment de la qualité des soins et de l’efficacité du système de santé. Reste à savoir si le gouvernement prendra des mesures concrètes pour fluidifier ces processus.

Les six start-up ayant signé le courrier adressé à la ministre de la Santé sont Biosency, CareLine Solutions, Implicity, Newcard, Resilience et Tilak Healthcare.

Le déficit de la Sécurité sociale a atteint 21,6 milliards d’euros en 2025, selon les dernières données disponibles.