Le tennis mondial traverse une période de tensions autour des dotations financières des tournois du Grand Chelem. À quelques semaines du début de Roland-Garros 2026, vingt des meilleurs joueurs et joueuses ont adressé une lettre commune aux organisateurs pour réclamer une répartition plus équitable des recettes. Selon RMC Sport, Jannik Sinner, numéro un mondial et vainqueur du Masters 1000 de Monte Carlo le 12 avril dernier, s’est exprimé publiquement ce jeudi à Rome pour appuyer cette revendication. Une prise de position qui intervient quelques jours après les déclarations d’Aryna Sabalenka, numéro un mondiale elle aussi, menaçant même d’un boycott des quatre tournois majeurs.
Ce qu'il faut retenir
- Roland-Garros 2026 a annoncé une dotation globale de 61,723 millions d’euros, en hausse de 9,53 % par rapport à 2025, mais ses recettes ont progressé de 14 % sur la même période.
- Les vainqueurs des quatre tournois du Grand Chelem perçoivent désormais 2,8 millions d’euros, contre 2,55 millions en 2025.
- Vingt joueurs et joueuses, dont les dix premières du classement WTA et les dix premiers du classement ATP, ont signé une lettre exigeant que 22 % des recettes des Grands Chelems soient reversés aux participants.
- Jannik Sinner a estimé que la situation relevait du respect plutôt que de l’argent, tout en refusant de se prononcer sur un éventuel boycott.
- Aryna Sabalenka a évoqué la possibilité d’un boycott, déclarant : « Nous faisons le show. Sans nous, il n’y aurait pas de tournois. »
Des recettes en hausse, des dotations jugées insuffisantes
Lors de la présentation de Roland-Garros 2026, Amélie Mauresmo, directrice du tournoi, avait souligné avec satisfaction l’augmentation de la dotation globale à 61,723 millions d’euros, soit une progression de 9,53 % par rapport à l’édition précédente. Les vainqueurs des simples hommes et femmes se partageront chacun un chèque de 2,8 millions d’euros, contre 2,55 millions en 2025. Pourtant, les recettes du tournoi ont progressé de 14 % cette année, un écart qui a alerté les joueurs les plus en vue.
Les quatre tournois du Grand Chelem – Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon et US Open – restent les seuls événements du circuit ATP et WTA à offrir des prize-moneys strictement identiques aux hommes et aux femmes. Mais cette parité ne suffit plus aux yeux des principaux intéressés. Une lettre signée par vingt joueurs et joueuses, représentant les dix premières mondiales des deux sexes, a été envoyée aux organisateurs pour réclamer une répartition plus favorable. Selon RMC Sport, les signataires demandent notamment que 22 % des recettes des Grands Chelems leur soient reversés, contre un pourcentage actuellement inférieur.
Sinner et Sabalenka unissent leurs voix contre l’injustice perçue
En marge du tournoi WTA 1000 de Rome, Aryna Sabalenka a été la première à donner de la voix lors d’une conférence de presse. La numéro un mondiale a dénoncé un manque de considération : « Nous faisons le show. Sans nous, il n’y aurait pas de tournois, sans nous, il n’y aurait pas de divertissement. Je pense que nous méritons d’être mieux payés. À un moment donné, il faudra boycotter. » Une menace qu’elle avait déjà brandie il y a trois semaines, lors de la présentation de Roland-Garros.
Ce jeudi à Rome, Jannik Sinner a emboîté le pas à Sabalenka. Le numéro un mondial a adopté un ton mesuré mais ferme, insistant sur la dimension symbolique du conflit. « C’est une question de respect… Je pense que nous donnons bien plus que nous ne recevons », a-t-il déclaré. « Je ne parle pas seulement des meilleurs joueurs ; cela concerne tous les joueurs, hommes et femmes, car les circuits masculin et féminin sont unis sur ce point. » Sinner a également pointé du doigt la lenteur des réponses apportées par les organisateurs, malgré la mobilisation des meilleurs éléments du circuit : « Quand les meilleurs joueurs d’autres sports se réunissent pour envoyer une lettre aussi importante, je suis convaincu qu’on obtiendrait non seulement une réponse sous 48 heures, mais aussi une réunion pour en discuter. »
« Nous sommes en discussion. On parle d’argent, mais le plus important est de se sentir respecté, et ce n’est pas le cas. Nous, les joueurs, sommes un peu déçus par les revenus générés par Roland-Garros. »
— Jannik Sinner, numéro un mondial et signataire de la lettre
Un front commun fragile, mais inédit
Pour la première fois, les joueurs semblent alignés sur cette question. « C’est la première fois que j’ai l’impression que tous les joueurs sont sur la même longueur d’onde et partagent la même vision », a souligné Sinner. Cette unité nouvelle tranche avec les divisions habituelles entre circuits masculin et féminin, souvent pointées du doigt en matière de rémunération. Pourtant, les deux camps ont choisi de se mobiliser ensemble, comme l’a rappelé Sinner : « Les dix meilleurs joueurs et joueuses ont écrit une lettre. »
Le numéro un mondial s’est montré plus prudent sur la question d’un éventuel boycott. « C’est difficile à dire. Je ne peux pas prédire l’avenir », a-t-il reconnu. « En même temps, je pense qu’il faut bien commencer quelque part. Je comprends ceux qui disent qu’ils ne joueront pas. » Il a ajouté : « Je sais que je ne suis pas le seul. On verra bien. » Une position qui laisse planer un doute sur l’évolution de la crise, sans pour autant écarter l’hypothèse d’un retrait collectif.
Cette crise survient dans un contexte où le tennis féminin et masculin continue de gagner en popularité, avec des audiences records et des partenariats toujours plus lucratifs. Pourtant, les joueurs estiment que leur part dans cette manne financière ne reflète pas leur contribution réelle. La balle est désormais dans le camp des organisateurs, qui devront arbitrer entre rentabilité et équité.
Les joueurs estiment que la part des recettes reversée aux participants – actuellement bien inférieure à 22 % dans les Grands Chelems – ne reflète pas leur contribution à la valeur des tournois. Avec des recettes en hausse de 14 % à Roland-Garros 2026, contre une augmentation de seulement 9,53 % de la dotation globale, ils jugent cette situation injuste. « C’est une question de respect », a déclaré Jannik Sinner, soulignant que les joueurs « donnent bien plus que ce qu’ils reçoivent ».
Pour l’instant, aucun boycott n’est officiellement annoncé, mais la menace plane. Aryna Sabalenka a évoqué la possibilité d’un retrait collectif, tandis que Jannik Sinner a reconnu que « ceux qui disent qu’ils ne joueront pas » étaient nombreux parmi les meilleurs joueurs. La décision dépendra des réactions des organisateurs dans les semaines à venir, notamment avant Wimbledon et l’US Open.