Le président polonais Karol Nawrocki a annoncé vendredi 13 juin 2026 le retrait de l’Ordre de l’Aigle blanc au président ukrainien Volodymyr Zelensky, une décision qui a immédiatement provoqué une crise diplomatique entre les deux pays, selon Le Figaro.
Cette mesure, motivée par la décision de Kiev de baptiser une unité militaire du nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) en mai 2026, a été qualifiée de « coup dur » par plusieurs responsables ukrainiens. L’UPA, organisation nationaliste active pendant la Seconde Guerre mondiale, est tenue en Pologne pour responsable de la mort de plus de 100 000 Polonais, un passé historique qui resurgit régulièrement dans les relations entre les deux voisins. Karol Nawrocki a justifié sa décision en invoquant son « indignation » face à cette initiative ukrainienne, tout en assurant que « cette décision n’est pas dirigée contre le peuple ukrainien » et ne remet pas en cause la politique de sécurité de la Pologne.
Ce qu'il faut retenir
- Retrait de l’Ordre de l’Aigle blanc au président Zelensky par le président polonais Karol Nawrocki, annoncé le 13 juin 2026, en réponse à la décision ukrainienne de nommer une unité militaire d’après l’UPA.
- L’UPA est accusée par la Pologne d’être responsable de la mort de plus de 100 000 Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale.
- Trois responsables ukrainiens — le ministre des Affaires étrangères Andriï Sybiga, le chef de l’administration présidentielle Kyrylo Boudanov et l’ambassadeur en Pologne Vasyl Bodnar — ont annoncé rendre leurs décorations polonaises en signe de protestation dès le lendemain de l’annonce.
- Karol Nawrocki avait déjà affiché son hostilité à l’égard de l’Ukraine avant même son élection en 2025, notamment sur la question de l’adhésion de Kiev à l’OTAN et à l’UE.
Une réaction ukrainienne immédiate et unitaire
Dès vendredi soir, le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriï Sybiga a annoncé sur Facebook qu’il rendait à la Pologne sa décoration de l’Ordre du mérite de la République de Pologne. Dans un message publié en ligne, il a critiqué une décision « injustifiée, impulsive et méprisante », estimant que « les émotions avaient pris le dessus à Varsovie ». Sybiga a dénoncé une « escalade inutile » entre les deux pays, soulignant que Kiev regrettait cette réaction polonaise.
Le lendemain matin, sur le réseau X, Kyrylo Boudanov, chef de l’administration présidentielle et ancien responsable du renseignement ukrainien, a annoncé à son tour renoncer à sa propre décoration polonaise. Il a qualifié la décision de Nawrocki de « cadeau fait à l’agresseur moscovite », estimant que Moscou ne manquerait pas d’exploiter cette crise pour affaiblir la coopération entre Kiev et Varsovie. « Nous ne pouvons pas laisser nos ennemis tirer profit de nos divisions », a-t-il écrit.
L’ambassadeur d’Ukraine en Pologne, Vasyl Bodnar, a également fait part de son désaccord en rendant sa distinction. Sur Facebook, il a expliqué : « Je ne peux ignorer une décision historiquement injuste. Tout en comprenant les émotions qui dominent en Pologne, je ne peux accepter que le président de l’Ukraine ait été privé de la plus haute distinction polonaise. »
Un contentieux historique qui resurgit
Cette crise diplomatique s’inscrit dans un contexte de tensions récurrentes entre l’Ukraine et la Pologne, deux pays liés par une histoire commune complexe. L’UPA, créée en 1942, a combattu à la fois les forces nazies et soviétiques, mais ses actions contre des civils polonais — notamment lors de la « Volhynie » en 1943-1944 — restent un sujet de controverse majeure en Pologne. Depuis des années, Varsovie demande à Kiev de condamner clairement ces événements, sans obtenir de réponse officielle.
Karol Nawrocki, élu en 2025, avait déjà affiché son opposition à plusieurs reprises à l’égard de la politique ukrainienne. Dès avant son arrivée au pouvoir, il s’était prononcé contre l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et à l’Union européenne, deux dossiers perçus comme prioritaires à Kiev. Malgré cette décision controversée, il a tenu à préciser que « le peuple ukrainien n’était pas visé » et que la Pologne maintenait son soutien à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie.
Cette nuance, bien que formulée, n’a pas suffi à calmer les esprits à Kiev, où plusieurs responsables ont interprété cette décision comme une remise en cause de la solidarité entre les deux pays dans leur lutte commune contre l’invasion russe.
Un enjeu de mémoire qui dépasse les frontières
Cette affaire illustre la difficulté pour l’Ukraine de concilier sa quête d’une identité nationale forte — symbolisée par la reconnaissance de l’UPA — et ses relations avec ses voisins européens, dont la Pologne. Depuis le début de l’invasion russe en 2022, Kiev a multiplié les gestes symboliques pour renforcer son récit historique, mais certains de ces choix, comme la célébration de l’UPA, heurtent les sensibilités d’autres pays de la région.
Pour Varsovie, la question de la mémoire historique reste un pilier de sa politique étrangère, surtout depuis l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement conservateur en 2025. La Pologne, qui soutient activement l’Ukraine militairement et politiquement, refuse de transiger sur ce point, quitte à créer des tensions avec son allié le plus proche en Europe.
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Cette crise rappelle que, malgré une alliance stratégique face à Moscou, les divergences historiques et mémorielles peuvent rapidement empoisonner les relations entre pays voisins.
Réactions internationales : entre inquiétude et silence
À l’échelle internationale, cette crise a suscité des réactions mesurées. Plusieurs capitales européennes, dont Paris et Berlin, ont appelé au « dialogue et à la retenue », sans prendre position clairement. L’OTAN et l’Union européenne n’ont pas commenté officiellement la décision de Nawrocki, mais des diplomates ont évoqué le risque d’un « affaiblissement du front uni » face à la Russie en cas d’escalade.
De son côté, Moscou n’a pas manqué de saluer cette division, avec un porte-parole du Kremlin déclarant : « Les divisions entre alliés ne peuvent que servir les intérêts de la Russie ». Une analyse partagée par plusieurs observateurs, qui estiment que cette crise tombe à point nommé pour le Kremlin, alors que la contre-offensive ukrainienne peine à avancer.
Le président polonais Karol Nawrocki a justifié cette décision par la décision de l’Ukraine, prise fin mai 2026, de nommer une unité militaire du nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA). Cette organisation, active pendant la Seconde Guerre mondiale, est tenue en Pologne pour responsable de la mort de plus de 100 000 Polonais, principalement dans la région de Volhynie entre 1943 et 1944.
Plusieurs scénarios sont envisageables : un gel temporaire des relations entre Kiev et Varsovie, une médiation européenne pour apaiser les tensions, ou encore une radicalisation des positions des deux côtés. Pour l’Ukraine, cette crise intervient à un moment stratégique, alors que les discussions sur un plan de paix et les livraisons d’armes restent en cours. Une détérioration durable des relations avec la Pologne pourrait affaiblir le soutien logistique et politique dont bénéficie Kiev en Europe.