Selon Le Figaro, le tribunal judiciaire de Fort-de-France a rendu le 12 juin 2026 trois condamnations dans des affaires de trafic de stupéfiants impliquant des mules interpellées simultanément en Martinique et en Île-de-France. Parmi elles, Guenaelle L., une femme de 28 ans résidant à Chambray-lès-Tours, a été présentée par les enquêteurs comme une victime collatérale d’un stratagème organisé par un réseau criminel pour détourner l’attention des autorités.
Ce qu'il faut retenir
- Le 8 juin 2026, trois jeunes femmes ont été interpellées dans des affaires de trafic de stupéfiants à Fort-de-France et Roissy-Charles-de-Gaulle, selon Le Figaro.
- Guenaelle L. a été condamnée à 30 mois de prison ferme pour avoir servi de « mule sacrifiée », avec 5 kg de cocaïne réelle et 3 kg de leurres dans ses bagages.
- Deux autres femmes, Mariama D. et Assia J., ont été condamnées pour avoir convoyé 37 kg et 38 kg de résine de cannabis respectivement, après avoir récupéré des valises sur instruction d’un contact nommé « Steven » via Signal.
- Les peines incluent une interdiction de séjour en Martinique de cinq ans pour Guenaelle L. et des amendes de 10 000 € pour les trois accusées.
- Les enquêteurs évoquent une hausse des prix de la cocaïne et de la résine de cannabis en Martinique, liée à une production sud-américaine en forte augmentation.
Un réseau criminel mis au jour grâce à un appel anonyme
C’est un appel anonyme qui a permis aux douanes de l’aéroport de Fort-de-France d’intercepter Guenaelle L. le 8 juin 2026, alors qu’elle s’apprêtait à embarquer pour Orly avec des bagages contenant des stupéfiants. Selon les éléments recueillis par Le Figaro, la jeune femme n’avait pas été repérée par les services de surveillance habituels, mais son nom est apparu dans le cadre d’un appel signalant son passage.
L’analyse des huit « pains » de cocaïne dissimulés dans ses affaires a révélé une anomalie : trois d’entre eux étaient en réalité des leurres, ne contenant aucune substance illicite. Seuls 5 kg de cocaïne pure ont été saisis. Une découverte qui, dès l’abord, a suscité des questions sur les intentions réelles de la jeune femme.
Une stratégie de diversion cynique mise au jour par les aveux de la mule
Lors de son audition par l’OFAST Caraïbes – l’unité spécialisée dans la lutte contre les trafics aux Antilles –, Guenaelle L. a révélé avoir été « sacrifiée » par son propre réseau. Elle aurait été délibérément désignée pour être arrêtée, afin de détourner l’attention des douanes pendant que d’autres mules, voyageant sur le même vol, passaient sans encombre. Une version confirmée par la présence des leurres dans ses bagages, conçus pour tromper les agents.
La jeune femme a expliqué aux enquêteurs avoir été contactée via l’application Signal, une messagerie chiffrée largement utilisée par les réseaux criminels. Pour ce voyage, elle devait percevoir la somme de 11 000 €, mais malgré les accusations portées contre elle, elle a refusé de communiquer les pseudonymes de ses commanditaires. Condamnée à 30 mois de détention ferme, elle s’est vu infliger une interdiction de séjour en Martinique pour une durée de cinq ans, une peine alourdie par son statut de récidiviste.
Deux autres mules interceptées en cascade à Roissy et Fort-de-France
Le même jour, deux autres affaires ont mobilisé les services de l’OFAST Caraïbes. À Roissy-Charles-de-Gaulle, les douaniers ont découvert 37 kg de résine de cannabis dissimulés dans deux valises enregistrées au nom de Mariama D., une jeune femme de 20 ans originaire de Tremblay-en-France. Trop tard pour l’intercepter côté hexagonal, les agents ont préféré la laisser embarquer avant d’alerter le parquet de Fort-de-France. Le vol a atterri en Martinique vers 18 heures, où les effectifs de l’OFAST étaient en attente.
Sur place, Mariama D. a été interpellée, accompagnée de son amie Assia J., également âgée de 20 ans. Dans les bagages de cette dernière, 38 kg de résine de cannabis ont été saisis. Les deux jeunes femmes ont indiqué avoir récupéré les valises sur un parking de Ballainvilliers, dans l’Essonne, sur instruction d’un certain « Steven », contacté via Signal. Déférées devant le tribunal judiciaire de Fort-de-France, elles ont écopé chacune de 30 mois d’emprisonnement, dont 15 mois avec sursis, ainsi que d’une amende de 10 000 €.
Un contexte marqué par une criminalité en mutation aux Antilles
Ces affaires s’inscrivent dans une tendance de fond observée depuis plusieurs années dans les Caraïbes. Selon des sources policières martiniquaises citées par Le Figaro en décembre 2025, la production de cocaïne en Amérique latine a été multipliée par quatre en une décennie en Colombie. Cette hausse s’accompagne d’une flambée des prix sur le marché local, où le kilo de résine de cannabis tend désormais à dépasser celui de la cocaïne pure.
Les autorités locales évoquent une criminalité de plus en plus organisée, avec des réseaux capables de déployer des stratégies sophistiquées pour contourner les contrôles. La multiplication des affaires impliquant des mules, souvent jeunes et recrutées via des messageries chiffrées, illustre cette évolution. Pour les enquêteurs, ces condamnations rappellent l’ampleur des défis auxquels font face les services spécialisés dans la lutte contre les trafics aux Antilles.
Pour les trois jeunes femmes condamnées, les prochains mois seront marqués par l’exécution de leurs peines, avec des conséquences durables sur leur vie personnelle et professionnelle. Leurs avocats pourraient déposer des recours, mais les éléments à charge semblent solides, notamment pour Guenaelle L., dont les aveux ont directement éclairé les mécanismes de diversion mis en place par son réseau.
Selon les enquêteurs cités par Le Figaro, les leurres permettent de tester l’efficacité des contrôles douaniers. Si les agents saisissent un leurre sans découvrir la drogue réelle, cela indique que leurs méthodes de détection sont limitées, ce qui encourage les réseaux à persister dans leurs activités. Dans le cas de Guenaelle L., les leurres ont également servi à créer une diversion, en focalisant l’attention des douanes sur elle plutôt que sur d’autres mules voyageant sur le même vol.