En 1992, alors que les conséquences de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl étaient encore largement méconnues en France, Jean-Yves et Odette Janvier ont ouvert leur foyer breton à un enfant ukrainien. Leur geste s’inscrivait dans un élan de solidarité nationale, organisé pour offrir à des jeunes de la région contaminée un répit temporaire mais aussi un suivi médical. Trente ans plus tard, ce lien familial, tissé dans l’urgence de l’après-accident, reste aussi solide qu’au premier jour. Comme le rapporte Ouest France, cette histoire illustre la résilience des familles françaises impliquées dans ces accueils humanitaires.
Ce qu'il faut retenir
- En 1992, six ans après la catastrophe de Tchernobyl, la France a organisé des accueils d’enfants ukrainiens pour des séjours de convalescence.
- Jean-Yves et Odette Janvier, installés en Bretagne, ont accueilli « Vova », un enfant dont ils ne savaient alors pas s’ils le reverraient.
- Trente ans plus tard, les échanges épistolaires, téléphoniques et les visites ont permis de préserver ce lien familial.
- Leur histoire est représentative des 15 000 enfants ukrainiens accueillis en France entre 1991 et 2006 dans le cadre de ces missions.
- Les familles bretonnes, comme celle des Janvier, ont joué un rôle clé dans l’accompagnement de ces jeunes.
Un geste humanitaire né dans l’urgence post-Tchernobyl
L’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl, survenu le 26 avril 1986, avait laissé des milliers d’enfants exposés aux radiations. Six ans plus tard, la France lançait un programme d’accueil temporaire pour leur offrir des examens médicaux, une alimentation saine et un environnement préservé. Jean-Yves et Odette Janvier, alors âgés d’une cinquantaine d’années, ont répondu à l’appel. Leur décision, prise sans hésitation, s’inscrivait dans une démarche de solidarité internationale, alors que les images de la catastrophe faisaient encore la une des journaux du monde entier.
« À l’époque, on savait que ces enfants avaient besoin d’aide, mais on ignorait à quel point leur santé était fragile », a expliqué Odette Janvier à Ouest France. Leur foyer, situé dans un petit village breton, est devenu le refuge de « Vova » pour plusieurs semaines. Ce prénom, choisi par l’association organisatrice, était un pseudonyme pour protéger l’identité de l’enfant. Personne ne savait alors que cette rencontre allait marquer le début d’une amitié qui traverserait les décennies.
Un lien préservé malgré la distance et le temps
Les années ont passé, mais les Janvier et Vova n’ont jamais perdu contact. Les échanges de lettres, puis de courriels, ont rythmé leur relation. « On s’écrivait deux fois par an au début, puis les nouvelles sont devenues moins fréquentes avec l’arrivée d’Internet », précise Jean-Yves Janvier. Les visites, rares en raison des coûts et des formalités administratives, ont rythmé leur relation. En 2002, Vova a pu revenir en Bretagne pour la première fois depuis son départ. « Ce fut un moment très émouvant », se souvient Odette. « On a pleuré, on a ri, et on a réalisé à quel point notre lien était toujours aussi fort. »
Leur histoire n’est pas isolée. Selon les chiffres rapportés par Ouest France, près de 5 000 familles françaises ont participé à ces accueils entre 1991 et 2006. Parmi elles, beaucoup ont maintenu des contacts avec les enfants accueillis, transformant une expérience temporaire en une relation durable. Pour les Janvier, Vova est devenu comme un membre de la famille. « Aujourd’hui, il a sa propre vie en Ukraine, mais il nous considère toujours comme sa deuxième famille », confie Odette.
Tchernobyl, un héritage toujours présent
Si les conséquences sanitaires de Tchernobyl restent débattues, les études épidémiologiques ont confirmé une augmentation des cancers de la thyroïde chez les populations exposées. Pour les enfants accueillis en France, ces séjours ont souvent permis de détecter précocement des problèmes de santé. « Vova avait des problèmes de thyroïde à son arrivée, mais grâce aux examens réalisés en Bretagne, un traitement a pu être mis en place rapidement », explique Jean-Yves. Ces missions humanitaires ont ainsi joué un rôle complémentaire aux soins dispensés sur place.
Pourtant, le souvenir de Tchernobyl s’estompe peu à peu dans les mémoires. En Ukraine, la guerre qui fait rage depuis 2022 a rappelé au monde entier les dangers liés aux centrales nucléaires. Les Janvier, comme beaucoup de familles ayant participé à ces accueils, suivent avec attention l’actualité ukrainienne. « On pense souvent à Vova et à sa famille, surtout depuis le début de la guerre. On se demande s’ils sont en sécurité », confie Odette. Leur histoire prend ainsi une dimension nouvelle, celle d’un lien humain qui transcende les frontières et les épreuves.
En Ukraine, les programmes d’accueil pour enfants victimes de catastrophes environnementales se poursuivent, mais à une échelle réduite. Les familles françaises qui avaient participé à ces missions des années 1990 pourraient, si elles le souhaitent, s’investir dans des initiatives similaires pour les enfants ukrainiens déplacés par la guerre. Rien n’est encore acté, mais l’idée fait son chemin chez les Janvier. « On a déjà donné, mais si on peut aider à nouveau, on le fera sans hésiter », conclut Odette.
Les familles volontaires devaient répondre à des critères stricts : être inscrites dans une association agréée, disposer d’un logement adapté et s’engager à assurer un suivi médical et éducatif. Les accueils étaient organisés sous l’égide du ministère de la Santé et des associations comme la Croix-Rouge française, selon Ouest France.