En juin 2026, un enfant sur six en France présente un trouble du neurodéveloppement (TND), qu'il s'agisse de dyslexie, de TDAH ou d'autisme. Face à des délais d'attente prolongés pour consulter des professionnels qualifiés, de nombreuses familles se tournent vers des pseudo-thérapeutes, dont les méthodes, inefficaces ou dangereuses, prospèrent sur les réseaux sociaux et les plateformes en ligne. Selon Franceinfo - Santé, cette tendance expose les parents à des arnaques financières et des conseils potentiellement nuisibles pour leurs enfants.

Ce qu'il faut retenir

  • Un enfant sur six en France est concerné par un trouble du neurodéveloppement (dyslexie, TDAH, autisme, etc.), selon les dernières estimations.
  • Les familles, faute de professionnels disponibles, se tournent vers des pseudo-thérapeutes proposant des méthodes non validées, voire dangereuses.
  • Ces charlatans promettent des solutions miracles, facturées entre 500 € et 1 000 € pour dix séances, sans aucun résultat probant.
  • Des associations comme APEDYS 85 en Vendée ou TND France alertent sur les risques financiers et humains de ces pratiques.
  • Le pédopsychiatre Olivier Bonnot souligne que le manque de professionnels qualifiés pousse les parents vers ces alternatives hasardeuses.
  • Des initiatives, comme les formations en ligne de l'hôpital de Montpellier, tentent de combler ce vide en offrant des outils concrets aux parents.

Des méthodes douteuses qui prospèrent sur le désespoir des familles

Les réseaux sociaux regorgent aujourd'hui d'annonces pour des « atypikologues », « coachs » ou « mentors » autoproclamés, ciblant spécifiquement les parents d'enfants neuroatypiques. Franceinfo - Santé a identifié l'un de ces profils : une mère, sans qualification médicale ou paramédicale, qui propose des séances à 99 € de l'heure pour « dégommer les croyances limitantes » de ses clients. Son argumentaire repose sur des vidéos diffusées sur Instagram et LinkedIn, où elle promet de « libérer » les enfants de leurs troubles par des techniques non reconnues.

Jennifer, mère de trois enfants neuroatypiques, témoigne de son expérience avec l'une de ces pseudo-thérapeutes : « Sur le site, ça avait l'air très professionnel, se souvient-elle. Mais sur place, le thérapeute a simplement posé ses mains au-dessus de mon enfant et a commencé à dire : « Je ressens des choses. » » Désemparée, elle a finalement réalisé l'absurdité de la situation. Pourtant, comme elle l'explique : « Même si on n'y croit pas, en tant que parents, on se sent un peu obligés de tester ces dispositifs. Sinon, ça voudrait dire qu'on n'a pas tout fait pour nos enfants. »

Des propositions intrusives qui ciblent directement les associations de familles

Les pseudo-thérapeutes ne se contentent pas d'attendre que les parents les contactent. Ils prospectent activement auprès des associations, comme en témoigne Audrey Roncali, présidente de l'association APEDYS 85 à Challans (Vendée). « Nous recevons régulièrement des mails proposant des ateliers d'art-thérapie ou de « libération émotionnelle », explique-t-elle. Ces messages sont souvent formulés de manière à sembler légitimes, avec des références à la « psychologie positive » ou à des méthodes alternatives. »

Audrey Roncali a choisi de contrer ces discours en organisant des visioconférences avec les parents pour déconstruire ces idées reçues. « Je sais que lors de nos ateliers sur le TDAH, la question des compléments alimentaires au safran sera posée, précise-t-elle. C'est l'occasion d'expliquer pourquoi ces produits n'ont aucune efficacité prouvée et peuvent, au contraire, détourner les familles des solutions validées. »

Les dangers financiers et sanitaires des thérapies non encadrées

L'association TND France, qui fédère les familles concernées, a publié une tribune en juin 2026 pour alerter sur les risques liés à ces pratiques. Son président, Corentin Dugat, n'hésite pas à qualifier ces pseudo-thérapeutes de « charlatans » : « Pour la plupart, ce sont des charlatans. Il n'y a pas d'autres mots. » Il met en garde contre les coûts exorbitants de ces séances – entre 500 € et 1 000 € pour dix rendez-vous – et les dangers sanitaires de certains « traitements » proposés, comme le safran ou des vitamines non adaptées.

« Quand vous avez un coach qui vous promet dix séances à 500 € ou 1 000 € et que la personne tombe dedans, ça a un coût financier énorme. Ces séances n'apportent rien du tout. Il y a aussi parfois des dangers quand on parle de safran, de telle vitamine ou de tel traitement, alors qu'il n'y a absolument aucune connaissance et que ça ne sert à rien. C'est dangereux d'un point de vue humain parce qu'on se détourne des professionnels qui sont réellement qualifiés. »
— Corentin Dugat, président de TND France

Un manque criant de professionnels qualifiés

Le pédopsychiatre Olivier Bonnot explique cette situation par une offre de soins insuffisante : « Le fait qu'il y ait moins de professionnels disponibles pour répondre à la demande met les parents dans une difficulté majeure. Ces délais d'attente, parfois d'un an ou deux, les poussent à se tourner vers le premier charlatan venu, qui, lui, est très disponible parce que très cher. » Les professionnels manquants incluent psychiatres, psychologues, orthophonistes, kinésithérapeutes ou psychomotriciens, essentiels pour accompagner les enfants neuroatypiques.

Face à ce vide, des initiatives émergent pour former les parents à mieux gérer le quotidien avec leurs enfants. À l'hôpital de Montpellier, une équipe de pédopsychiatres propose des formations en ligne inspirées de ce qui fonctionne déjà en Occitanie. Parmi les conseils prodigués : donner une seule directive à la fois, valoriser chaque effort ou utiliser un logiciel pour gérer les temps d'écran. Les retours des parents, recueillis après ces sessions, sont très positifs.

Et maintenant ?

Face à l'ampleur du phénomène, les associations et certains professionnels appellent à une meilleure régulation des pratiques de soins non conventionnelles. Une piste envisagée serait l'intégration systématique de modules de formation pour les parents dans le parcours de soins, afin de réduire leur dépendance aux pseudo-thérapeutes. Par ailleurs, des discussions sont en cours pour étendre les formations en ligne, comme celles de Montpellier, à d'autres régions d'ici fin 2026. Reste à voir si ces mesures suffiront à endiguer la prolifération de ces pratiques douteuses.

En attendant, les familles restent exposées à des propositions abusives, souvent portées par des influenceurs ou des « experts » autoproclamés. Le ministère de la Santé n'a pas encore annoncé de mesure spécifique pour encadrer ces dérives, laissant les parents dans une zone grise entre désespoir et prudence.

Les pseudo-thérapeutes ciblant les enfants neuroatypiques se caractérisent souvent par l'absence de diplôme reconnu, des promesses de résultats rapides et des tarifs élevés pour des méthodes non validées scientifiquement. Ils utilisent des termes flous comme « libération émotionnelle » ou « reprogrammation mentale » et évitent toute référence à des protocoles médicaux établis.

Les associations comme TND France ou APEDYS recommandent de ne pas interrompre brutalement les soins validés (orthophonie, ergothérapie, etc.) et de consulter un professionnel de santé référent pour un avis éclairé. Il est également possible de signaler les pratiques abusives à la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes).