Selon Ouest France, près d’un tiers des conducteurs de deux-roues motorisés dépassent sciemment les limitations de vitesse, malgré les risques accrus d’accident. Ce constat émerge du dernier baromètre de l’Observatoire BPCE sur les comportements des motards, qui révèle également une opposition marquée à la récente réglementation renforçant les sanctions pour excès de vitesse. Une tendance qui interroge sur l’adhésion aux règles de sécurité routière chez une partie de la communauté motarde.

Ce qu'il faut retenir

  • 30 % des motards dépassent délibérément les limitations de vitesse, selon le baromètre 2026 de l’Observatoire BPCE.
  • Plus de 50 % des sondés jugent la nouvelle réglementation sur les excès de vitesse « excessive ».
  • L’étude souligne un décalage entre les pratiques des usagers et les mesures de sécurité routière.
  • Les motards interrogés assument majoritairement ces excès malgré les risques d’accident.

Des pratiques à risque, assumées par les motards

Le baromètre de l’Observatoire BPCE, publié ce printemps, met en lumière une réalité préoccupante : près d’un motard sur trois reconnaît dépasser volontairement les limitations de vitesse. Pour Jean Martin, expert en sécurité routière et auteur de l’étude, « ces chiffres reflètent une culture de la vitesse chez certains usagers de deux-roues, qui minimisent les dangers encourus ». Les infractions aux règles de circulation sont ainsi perçues comme une norme par une partie de la communauté motarde, alors que les accidents impliquant des deux-roues motorisés restent parmi les plus graves en termes de mortalité.

Les données montrent aussi que les dépassements de vitesse concernent davantage les routes secondaires que les autoroutes. « Sur ces axes, les motards estiment souvent que les limitations sont inadaptées à leur pratique, voire inutiles », précise l’étude. Un argument que contestent les autorités, pour qui ces excès aggravent considérablement les risques d’accident, surtout dans les virages ou en cas de freinage d’urgence.

Une réglementation contestée par plus de la moitié des motards

La nouvelle réglementation sur les excès de vitesse, entrée en vigueur en début d’année, cristallise les tensions. Selon le baromètre, 55 % des motards interrogés la jugent « excessive » et estiment qu’elle ne tient pas compte des spécificités de la conduite à deux-roues. Certains avancent que les limitations actuelles ne sont pas adaptées aux performances techniques des motos modernes, capables d’accélérations rapides. « On nous demande de respecter des limites qui ne correspondent pas à notre réalité de conduite », a déclaré Thomas Leroy, porte-parole d’une association de motards, lors d’un entretien avec Ouest France.

Cette opposition s’inscrit dans un contexte plus large de défiance envers les politiques de sécurité routière, perçues comme trop restrictives par une frange de la communauté. Pourtant, les chiffres officiels rappellent l’urgence de la situation : en 2025, près de 40 % des accidents mortels impliquant un deux-roues étaient liés à un excès de vitesse. Autant dire que la question dépasse le simple cadre des perceptions individuelles.

Un débat qui dépasse le cadre de la sécurité routière

Au-delà des aspects strictement réglementaires, cette étude révèle un clivage plus profond au sein de la société. D’un côté, les défenseurs d’une approche plus stricte, qui voient dans ces excès un danger public. De l’autre, les motards, qui défendent leur liberté de circulation et contestent l’efficacité des limitations actuelles. « La vitesse, pour nous, fait partie intégrante du plaisir de conduire », explique un sondé anonyme. Pour autant, les associations de victimes d’accidents de la route appellent à un changement de mentalité, soulignant que les motards ne sont pas les seuls usagers de la route.

Le débat pourrait s’intensifier dans les mois à venir, alors que le gouvernement prépare une révision des sanctions routières pour 2027. Les négociations entre les différentes parties prenantes s’annoncent tendues, d’autant que les motards menacent de mobilisations si leurs revendications ne sont pas prises en compte.

Et maintenant ?

Une concertation entre les pouvoirs publics et les associations de motards devrait s’engager d’ici la fin du mois de juin 2026. Si un compromis n’est pas trouvé, le gouvernement pourrait maintenir ses positions, avec un durcissement des contrôles et des sanctions dès l’automne. Reste à savoir si les motards accepteront ces mesures sans protester.

Pour l’instant, le baromètre de l’Observatoire BPCE sert de base à ces discussions. Ses résultats pourraient influencer les prochaines décisions, mais une chose est sûre : le débat sur la vitesse et la sécurité routière n’est pas près de s’éteindre.