Une organisation humanitaire ayant facilité l’accueil de **40 000 Ukrainiennes** en Europe depuis le début de la guerre relance aujourd’hui ses données sous une forme inattendue : un site de rencontre payant pour les hommes européens, gratuit pour les femmes ukrainiennes. EU4UA, à l’origine de ce projet commercial baptisé Love4UA, suscite déjà une vague d’indignation parmi les bénévoles ayant hébergé des réfugiées.

Ce qu'il faut retenir

  • 40 000 Ukrainiennes accompagnées par EU4UA depuis le début de la guerre en 2022.
  • Un nouveau projet commercial : Love4UA, un site de rencontre mixte payant pour les hommes européens et gratuit pour les Ukrainiennes.
  • Le modèle économique repose sur un abonnement pour les hommes, tandis que les femmes accèdent gratuitement au service.
  • Des bénévoles ayant participé à l’hébergement des réfugiées dénoncent une récupération commerciale des données personnelles.
  • L’ONG justifie cette initiative par la nécessité de pérenniser ses actions, tout en promettant des garanties sur la sécurité des données.

Selon Libération, cette initiative marque un tournant dans l’utilisation des données collectées par l’organisation. Créée en 2022 pour coordonner l’accueil des réfugiées ukrainiennes fuyant la guerre, EU4UA avait mis en place une plateforme de mise en relation avec des familles d’accueil en Europe. Après avoir permis à **40 000 femmes** de trouver un toit, l’ONG a décidé de capitaliser sur ces données pour lancer un projet lucratif.

Le site Love4UA se présente comme une plateforme de rencontres « pour briser l’isolement des Ukrainiennes » en Europe. L’accès reste gratuit pour les femmes ukrainiennes, tandis que les hommes européens doivent souscrire un abonnement mensuel. « Nous voulons offrir une nouvelle perspective aux femmes qui ont tout quitté pour fuir la guerre », a expliqué un porte-parole d’EU4UA à Libération. « Ce modèle nous permet de financer nos missions humanitaires tout en créant du lien social. »

Pourtant, cette initiative ne fait pas l’unanimité. Plusieurs bénévoles ayant participé à l’hébergement de réfugiées dénoncent une « récupération éhontée » des données personnelles. « Ces femmes nous ont fait confiance pour les aider à reconstruire leur vie, pas pour en faire un business », s’indigne Olena Petrovska, une bénévole ukrainienne basée en France. « EU4UA a collecté des informations sensibles : leur lieu de résidence, leur situation familiale, leurs compétences. Comment justifier de les utiliser pour un site de rencontre ? »

De son côté, l’ONG se défend en affirmant que les données ont été « anonymisées et sécurisées ». « Nous ne partageons aucune information personnelle avec des tiers », a précisé la direction d’EU4UA. « Ce projet est encadré par des juristes pour respecter le RGPD. » L’organisation assure également que **20 % des bénéfices** seront reversés à des projets d’aide aux réfugiés.

Ce revirement stratégique intervient dans un contexte où les financements humanitaires se raréfient en Europe. EU4UA explique avoir besoin de nouveaux revenus pour continuer à soutenir les Ukrainiennes, notamment celles en situation de précarité ou de vulnérabilité. « Sans ce projet, nous ne pourrions plus assurer nos missions dans deux ans », a souligné un responsable.

Le lancement officiel de Love4UA est prévu pour le **25 juin 2026**, avec une campagne de promotion ciblant les communautés ukrainiennes en Europe. L’ONG mise sur un modèle similaire à celui d’autres plateformes de rencontres, mais avec une spécificité : un accompagnement psychologique pour les femmes utilisatrices, en partenariat avec des associations spécialisées.

Et maintenant ?

La réaction des associations d’aide aux réfugiés et des autorités européennes pourrait influencer l’avenir de Love4UA. Si le projet est critiqué pour son approche commerciale, il pourrait aussi servir de modèle à d’autres ONG cherchant à pérenniser leurs actions. Une enquête sur la protection des données des réfugiées, menée par la CNIL, est d’ores et déjà évoquée. Par ailleurs, la Commission européenne pourrait se saisir du dossier pour évaluer la conformité du projet avec le droit européen.

Cette initiative soulève une question plus large : jusqu’où une organisation humanitaire peut-elle aller dans la monétisation des données qu’elle collecte ? Pour les bénévoles comme pour les réfugiées, la réponse ne fait pas consensus. EU4UA, elle, assume son choix : « Nous ne sommes pas une entreprise, mais une organisation qui doit survivre pour continuer à aider », a conclu son porte-parole.

L’ONG explique que ce projet lui permet de générer des revenus pour financer ses missions humanitaires, alors que les financements publics se raréfient. Elle précise que 20 % des bénéfices seront reversés à des projets d’aide aux réfugiés et que les données des utilisatrices sont anonymisées et sécurisées.