Selon Franceinfo - Santé, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne depuis 2019, incarne une figure politique à la fois influente et controversée en Europe. Son ascension, marquée par des nominations inattendues et des affaires judiciaires, interroge sur sa capacité à incarner une Europe unie, alors que les critiques s’accumulent autour de sa gestion et de son intégrité. Retour sur un parcours où la résilience politique le dispute aux zones d’ombre persistantes.
Ce qu’il faut retenir
- Ursula von der Leyen est devenue présidente de la Commission européenne en juillet 2019 après une nomination surprise par Emmanuel Macron, alors qu’elle était ministre allemande de la Défense.
- Son élection a été entachée par une polémique sur son diplôme de médecine, obtenu en 1990 et accusé de plagiat en 2015, une affaire close après une enquête universitaire.
- Elle a été critiquée pour son recours abusif au cabinet McKinsey, notamment pour des contrats opaques estimés à des centaines de millions d’euros.
- Son téléphone portable a refait surface lors de la crise des vaccins contre le Covid-19, révélant des négociations directes avec Pfizer via SMS, sans archivage des échanges, suscitant des soupçons de manque de transparence.
- Une motion de censure déposée par des eurodéputés d’extrême droite en 2021 n’a pas abouti, lui permettant de conserver son poste malgré les controverses.
Une nomination politique controversée en pleine crise institutionnelle
Le conclave des dirigeants européens, qui s’est tenu à Bruxelles en juillet 2019 pour attribuer les postes clés de l’Union, s’est transformé en un marathon politique. Les discussions s’enlisaient, notamment sur le rejet de la candidature de Manfred Weber, chef de file des conservateurs allemands, jugé trop inexpérimenté par Emmanuel Macron. Face à l’impasse, le président français a proposé un nom inattendu : Ursula von der Leyen. À l’époque, elle occupait le poste de ministre de la Défense en Allemagne, un poste qu’elle occupait depuis 2013 sous le gouvernement Merkel.
Emmanuel Macron, qui la connaissait depuis deux ans, a salué sa candidature : « C’est pour moi une très bonne candidature. D’abord, parce que c’est une dirigeante d’expérience. C’est une femme qui a une culture européenne très profondément ancrée. Enfin, c’est une parfaite francophone », a-t-il déclaré. Von der Leyen, quant à elle, s’est dite honorée : « C’est tellement d’honneur. Merci pour la confiance que vous m’accordez. » Pourtant, cette nomination intervenait à un moment où sa popularité en Allemagne était au plus bas. Selon un sondage pour la télévision publique allemande, seulement un tiers des Allemands la jugeaient apte à devenir présidente de la Commission. Une impopularité qui s’expliquait par ses « casseroles » accumulées au fil des années.
Le scandale du plagiat : une ombre sur un parcours académique
L’une des premières affaires remontant à 1990 a refait surface en 2015, lorsqu’Ursula von der Leyen, alors étudiante en médecine à l’université Gottfried Wilhelm Leibniz de Hanovre, a été accusée de plagiat dans sa thèse de doctorat. Son travail de 62 pages, consacré à une protéine permettant de diagnostiquer les grossesses à risque, aurait contenu des passages recopiés sans citation correcte de leurs auteurs. En Allemagne, où l’intégrité académique est strictement encadrée, ce type d’accusation a déjà poussé des personnalités politiques à démissionner, comme dans le cas de Karl-Theodor zu Guttenberg en 2011.
Von der Leyen a contesté les accusations et demandé l’ouverture d’une enquête. En 2015, l’université a rendu son verdict : « Aujourd’hui, le conseil de l’université s’est réuni pour statuer sur le plagiat découvert dans la thèse de madame von der Leyen. Le Conseil décide de ne pas révoquer son titre de docteur. » Dans un communiqué, l’établissement a estimé qu’il ne s’agissait pas d’une intention de frauder, mais plutôt d’un « travail bâclé ». La future présidente de la Commission a reconnu des erreurs, tout en conservant son poste. Cet épisode a marqué le début d’une série de controverses qui ont jalonné sa carrière.
McKinsey, les contrats opaques et la gestion critiquée de la Bundeswehr
Autre dossier épineux : son ministère a largement recours aux services du cabinet McKinsey, un géant du conseil privé. En Allemagne comme en France, ce recours a suscité des polémiques. Ses opposants ont dénoncé des contrats opaques, négociés à des prix jugés exorbitants, ainsi qu’une gestion désastreuse des armées allemandes. Sur le terrain, les carences étaient criantes : manque de munitions pour les soldats, avions et hélicoptères de la Luftwaffe cloués au sol, faute de pièces détachées ou d’entretien suffisant. Ces dysfonctionnements ont alimenté les critiques contre sa gestion, au point que les humoristes de la télévision publique allemande l’ont surnommée « Uschi », un diminutif d’Ursula, pour moquer son management.
Face à la pression, le Parlement allemand a ordonné une enquête. Les députés ont exigé l’accès aux données de son téléphone portable, suspectant des irrégularités. Las, celles-ci avaient été effacées sous prétexte de « procédure de sécurité normale ». L’affaire n’a pas été pursued, mais l’épisode a marqué les esprits. Cet incident n’est pas resté sans conséquence : il a refait surface plus tard, lors de la crise des vaccins contre le Covid-19, révélant d’autres failles dans la gestion de ses communications.
Le « Pfizergate » et l’absence de transparence sur les négociations vaccinales
En pleine crise sanitaire, alors que l’Europe cherchait à sécuriser ses approvisionnements en vaccins, Ursula von der Leyen a utilisé son téléphone portable pour négocier directement par SMS avec Albert Bourla, le PDG de Pfizer. Le New York Times a révélé l’existence de ces échanges, qui portaient sur des contrats d’une valeur de plusieurs milliards d’euros. Les eurodéputés ont réclamé l’accès à ces messages, mais la Commission européenne a répondu : « Ils n’ont pas été archivés. » Une explication jugée insuffisante par la justice européenne, qui a pointé un manquement aux règles de transparence.
Ce « Pfizergate » a alimenté les théories du complot et poussé des eurodéputés d’extrême droite à déposer une motion de censure contre von der Leyen en 2021. La motion a été rejetée, lui permettant de survivre politiquement une fois de plus. Malgré les critiques, elle a continué à occuper son poste, démontrant une résilience politique à toute épreuve. Pourtant, l’affaire a laissé des traces, notamment sur la question de la transparence dans les institutions européennes, un sujet régulièrement pointé du doigt par les observateurs et les citoyens.
Alors que les affaires judiciaires et les soupçons de manque de transparence continuent de l’entourer, Ursula von der Leyen reste une figure incontournable de la politique européenne. Son parcours illustre les défis auxquels font face les institutions de l’UE : concilier efficacité politique, intégrité et confiance des citoyens. Pour l’instant, elle semble avoir choisi la stratégie de la survie politique, mais l’histoire jugera si cette résilience a été suffisante pour incarner l’Europe de demain.
Le surnom « Uschi », diminutif d’Ursula, a été popularisé par les humoristes et les médias allemands pour critiquer son management à la tête du ministère de la Défense. Ce sobriquet reflète l’irritation croissante de l’opinion publique et des parlementaires face à ses choix controversés, notamment le recours abusif au cabinet McKinsey et les dysfonctionnements au sein de la Bundeswehr.