À quelques jours de l’introduction en Bourse de SpaceX, qui s’annonce comme l’une des plus importantes de l’histoire financière, l’action de Virgin Galactic, son concurrent direct dans le tourisme spatial, connaît une hausse spectaculaire. Selon BFM Bourse, le titre de l’entreprise dirigée par Michael Colglazier a presque triplé en un mois, passant sous les radars des investisseurs avant de s’envoler. Cette progression, observée sans annonce majeure de la part de l’entreprise, intervient alors que SpaceX prépare son entrée à Wall Street, prévue pour le 12 juin 2026, avec l’objectif de lever jusqu’à 75 milliards de dollars.

Le mouvement haussier de Virgin Galactic, dont l’action s’échangeait encore autour de 7 dollars début mai, contraste avec les doutes qui pesaient jusqu’alors sur le secteur. En 2021, le titre avait frôlé les 1 100 dollars, avant de chuter progressivement en raison des coûts de développement jugés excessifs et des revenus encore marginaux. Pourtant, depuis quelques semaines, une poignée de spéculateurs mise sur un phénomène bien particulier : la confusion entre les codes boursiers des deux entreprises.

Ce qu'il faut retenir

  • Virgin Galactic (ticker : SPCE) voit son action bondir de près de 200 % en un mois, sans justification opérationnelle.
  • SpaceX s’apprête à entrer en Bourse avec un ticket (SPCX) ne différant de celui de Virgin Galactic que par une seule lettre.
  • Des investisseurs parient sur des erreurs de saisie (« fat finger ») lors de l’IPO de SpaceX, une pratique typique des « meme stocks ».
  • L’opération pourrait représenter la plus grosse levée de fonds de l’histoire, avec un objectif de 75 milliards de dollars.
  • L’action de Virgin Galactic avait déjà atteint 1 100 dollars en 2021, avant de s’effondrer sous la pression des coûts et des revenus insuffisants.

Une hausse boursière sans lien avec les fondamentaux de l’entreprise

L’emballement actuel de l’action Virgin Galactic intrigue les analystes, d’autant que l’entreprise n’a pas communiqué d’information susceptible de justifier une telle hausse. Selon plusieurs observateurs, cette progression s’expliquerait par un « halo effect » : l’effet d’entraînement généré par l’entrée en Bourse record de SpaceX, dont le secteur spatial bénéficie indirectement. « Les investisseurs misent sur un effet de contagion, où l’engouement pour SpaceX rejaillit sur l’ensemble du secteur », explique un analyste cité par BFM Bourse.

Pourtant, Virgin Galactic reste confrontée à des défis structurels majeurs. Ses coûts de développement élevés et ses revenus encore anecdotiques – principalement issus de vols touristiques à destination de la frontière de l’espace – ont longtemps freiné l’enthousiasme des marchés. En 2021, l’action avait atteint des sommets avant de s’effondrer, reflétant les doutes persistants sur la rentabilité à long terme du tourisme spatial.

Le pari risqué des « fat finger » et des « meme stocks »

Au cœur de cette spéculation se trouve une différence subtile mais cruciale entre les tickers des deux entreprises : SPCE pour Virgin Galactic et SPCX pour SpaceX. Une seule lettre les sépare, ce qui a suffi à alimenter les spéculations sur des erreurs de saisie lors de l’IPO de SpaceX. Dans le jargon boursier, une telle confusion est appelée « fat finger » – un terme qui désigne une faute de frappe ou une erreur de saisie pouvant entraîner des ordres d’achat massifs sur le mauvais titre.

Sur des forums comme WallStreetBets, où 11 millions d’investisseurs amateurs échangent des conseils à haut risque, certains utilisateurs ironisent sur ce scénario. « Le jour de l’IPO de SpaceX, certains vont taper le nom trop vite et ne verront qu’un seul symbole boursier qui n’est PAS celui de SpaceX, mais celui d’une autre entreprise spatiale dont les trois premières lettres sont les mêmes : SPC(E) », écrit l’un d’eux. Ce pari, qualifié de « meme stock », consiste à acheter massivement des actions Virgin Galactic aujourd’hui pour les revendre plus cher si d’autres se trompent de titre demain.

« Ce type de mouvement abrupt est typique des meme stocks, ces actions dopées par des achats massifs de petits porteurs qui misent sur la viralité et l’effet de groupe. »
— Analyste financier, cité par BFM Bourse

Un contexte boursier déjà tendu en Europe

Alors que les marchés européens affichent une légère baisse, avec le CAC 40 en repli de 0,45 % à 8 146,59 points ce mardi, les valeurs technologiques et aérospatiales tirent leur épingle du jeu. Plusieurs entreprises du secteur, comme Dassault Systèmes (+7,74 %), Capgemini (+7,01 %) ou Vusion Group (ex-Ses Imagotag, +9,54 %), enregistrent des hausses significatives. À l’inverse, Soitec (-17,09 %), Worldline (-9,67 %) et Remy Cointreau (-5,41 %) subissent des corrections marquées.

Dans ce paysage contrasté, l’engouement pour Virgin Galactic s’inscrit dans une dynamique plus large, où les investisseurs cherchent à profiter de l’effet d’aubaine lié aux introductions en Bourse spectaculaires. Les devises, quant à elles, restent stables, avec un euro à 1,1635 dollar et le yen à 159,72 pour un dollar.

Et maintenant ?

La semaine prochaine s’annonce décisive pour SpaceX, dont l’IPO pourrait redéfinir les règles du jeu dans le secteur spatial. Deux scénarios principaux se dessinent : soit l’opération confirme l’engouement des marchés pour les valeurs technologiques et aérospatiales, soit elle révèle les limites d’un enthousiasme parfois excessif. Pour Virgin Galactic, la donne dépendra de la capacité de l’entreprise à transformer son avantage spéculatif en croissance durable. Quant aux spéculateurs misant sur les « fat finger », leur pari restera risqué tant que les volumes échangés sur SPCE ne seront pas clairement liés à des erreurs de saisie avérées.

Reste à voir si l’histoire se répétera. En 2021, l’engouement pour le tourisme spatial avait été suivi d’un retour brutal à la réalité. Aujourd’hui, alors que SpaceX s’apprête à marquer l’histoire financière, les investisseurs devront arbitrer entre l’effet d’entraînement et les fondamentaux économiques.

Cette hausse s’explique principalement par un effet d’entraînement lié à l’entrée en Bourse imminente de SpaceX. Les investisseurs anticipent un « halo effect », où l’engouement pour la société d’Elon Musk rejaillit sur l’ensemble du secteur spatial, y compris sur ses concurrents comme Virgin Galactic. Aucun élément fondamental (résultats financiers, annonce stratégique) ne justifie cette progression, ce qui en fait un mouvement typique des « meme stocks », dopés par la spéculation et l’effet de groupe.

Un « fat finger » désigne une erreur de saisie ou de clic lors de la passation d’un ordre boursier, pouvant entraîner un achat massif sur le mauvais titre. Dans le cas de SpaceX, dont le ticker SPCX ne diffère de celui de Virgin Galactic (SPCE) que par une seule lettre, des investisseurs pourraient, par précipitation ou distraction, acheter des actions Virgin Galactic en croyant investir dans SpaceX. Ce risque est d’autant plus réel que les plateformes de trading permettent des transactions rapides, avec des conséquences financières potentiellement colossales pour les erreurs les plus graves.