La compagnie aérienne low cost Volotea applique depuis plusieurs semaines un mécanisme original pour faire face à la flambée des prix du kérosène. Contrairement à la pratique habituelle, l’entreprise facture un supplément sur les billets d’avion après leur achat, une méthode que son directeur France, Gilles Gosselin, présente comme « le plus juste et le plus transparent ». Selon Capital, qui révèle l’information vendredi 9 mai 2026, ce dispositif aurait déjà convaincu 97 % des clients ayant réservé depuis mi-mars. Lancé sous le contrôle de cinq cabinets juridiques spécialisés en droit des consommateurs et en droit du transport aérien, ce système suscite pourtant une vive polémique. D’un côté, Volotea justifie cette surcharge par la nécessité de maintenir l’intégralité de ses vols pour l’été 2026, face à des coûts « extraordinaires » du carburant. De l’autre, plusieurs autorités, dont la Commission européenne et le ministre français du Tourisme, jugent ce mécanisme « illégal » et menacent de sanctions.

Ce qu'il faut retenir

  • Volotea applique un supplément carburant après l’achat du billet, une pratique inhabituelle dans le secteur aérien.
  • Le directeur France de la compagnie, Gilles Gosselin, défend ce système comme « le plus juste et transparent », validé par cinq cabinets juridiques.
  • Selon Volotea, 97 % des clients ayant réservé depuis mi-mars ont accepté cette surcharge.
  • La compagnie argue que ce mécanisme permet de maintenir l’intégralité de ses vols pour l’été 2026 malgré la hausse des prix du kérosène.
  • La Commission européenne et le ministre français du Tourisme estiment que ce système est illégal et pourrait être sanctionné.
  • Bruxelles rappelle que toute modification rétroactive du prix d’un billet est exclue par la législation européenne.

Un mécanisme contesté par les autorités européennes

Le système mis en place par Volotea consiste à ajuster le prix du billet après son paiement, en fonction de l’évolution du coût du kérosène. Une pratique rare dans le secteur, où les tarifs sont généralement fixés au moment de la réservation. Contactée par Capital, la porte-parole de la Commission européenne Anna-Kaisa Itkonen a rappelé qu’un tel mécanisme « ne peut se justifier » au regard des règles de l’UE en matière de concurrence. Dans un document publié vendredi 8 mai 2026 sur la crise énergétique du secteur aérien, Bruxelles a réaffirmé que toute modification rétroactive du prix d’un billet est exclue. La Commission s’appuie sur la directive européenne sur les pratiques commerciales déloyales, qui interdit aux professionnels de modifier unilatéralement les conditions d’un contrat après sa conclusion. « Les passagers doivent être informés clairement et à l’avance des coûts supplémentaires éventuels », souligne un expert en droit aérien.

Le ministre du Tourisme et la DGCCRF prêts à sanctionner

En France, le ministre du Tourisme a pris position contre la pratique de Volotea. Interrogé sur France Info, il a qualifié la surfacturation de « illégale » et annoncé que la Répression des fraudes (DGCCRF) allait sanctionner s’il y a des augmentations au dernier moment des billets d’avion. Une position ferme, alors que la compagnie low cost espagnole a déjà appliqué des surcharges sur plusieurs centaines de milliers de réservations. La DGCCRF, qui dépend du ministère de l’Économie, pourrait engager des procédures en cas de manquement aux règles de protection des consommateurs. En 2025, l’autorité avait déjà infligé des amendes à plusieurs compagnies aériennes pour des pratiques tarifaires jugées trompeuses. Volotea, de son côté, affirme avoir construit son système « en toute légalité » et se dit prêt à affronter les éventuelles sanctions.

Volotea défend sa stratégie : « Sans ce système, des vols auraient été annulés »

Face aux critiques, Gilles Gosselin, directeur France de Volotea, a réaffirmé sur France Inter que ce système était « le plus juste et transparent ». Il a précisé que depuis sa mise en place, l’engagement des clients a augmenté de manière notable, notamment pour les vols de l’été 2026. « Nous avons construit ce système pour qu’il soit juste, transparent et en toute légalité », a-t-il martelé, ajoutant que 97 % des clients ayant acheté un billet depuis mi-mars sont en accord avec ces surcharges. Pour la compagnie, l’enjeu est crucial : maintenir l’intégralité de ses vols pour la saison estivale, essentielle à la fois pour ses clients et pour l’industrie du tourisme en France. Volotea, qui opère des liaisons principalement vers des destinations méditerranéennes, redoute que la hausse des coûts du kérosène ne rende certains vols non rentables. « Sans ce mécanisme, nous aurions dû annuler des rotations », explique un porte-parole de la compagnie. Une affirmation qui reste à vérifier, les concurrents comme Transavia ou EasyJet n’ayant pas recours à une telle pratique.

« Nous avons construit ce système pour qu’il soit juste, transparent et en toute légalité. »
Gilles Gosselin, directeur France de Volotea, 9 mai 2026

Et maintenant ?

La polémique autour du supplément carburant de Volotea pourrait s’amplifier dans les prochaines semaines. La DGCCRF doit rendre ses conclusions sur la légalité de la pratique d’ici la fin du mois de mai 2026. Si elle décide de sanctionner la compagnie, cela pourrait ouvrir la voie à d’autres actions contre les compagnies aériennes utilisant des mécanismes similaires. Côté clients, une question reste en suspens : comment réagir en cas de facture surprise ? Volotea assure que les surcharges sont clairement indiquées sur les factures et les e-mails de confirmation, mais certains voyageurs pourraient contester ces montants auprès de leur banque ou via les plateformes de médiation. Enfin, le secteur aérien reste sous tension, avec une possible nouvelle hausse des prix du kérosène dans les mois à venir, ce qui pourrait pousser d’autres compagnies à adopter des pratiques similaires – ou à multiplier les annulations de vols.

Techniquement, le billet est déjà payé, mais Volotea applique une surcharge a posteriori. Les clients peuvent contester cette facture auprès de leur banque en invoquant un manquement à l’information préalable, ou saisir un médiateur du tourisme. La DGCCRF pourrait aussi intervenir si la pratique est jugée illégale.

Plusieurs compagnies low cost, comme EasyJet ou Ryanair, maintiennent des tarifs fixes au moment de la réservation. Il est aussi possible de souscrire à une assurance annulation couvrant les hausses de prix du carburant, ou de privilégier les vols avec escales, souvent moins touchés par les surcharges.

Selon Capital – 9 mai 2026