Alors que le Rassemblement national (RN) a remporté plusieurs villes françaises aux dernières élections municipales de mars, des communes wallonnes mettent en œuvre une stratégie de rupture. Selon Le Monde – Politique, Huy et Namur, deux municipalités belges, envisagent désormais de suspendre ou de rompre leurs jumelages avec des villes françaises dirigées par l’extrême droite.

Cette décision s’inscrit dans la droite ligne d’un « cordon sanitaire » appliqué par plusieurs responsables politiques belges pour isoler l’extrême droite française. Les élections municipales françaises de 2026 ont en effet vu le RN s’imposer dans des cités comme Hénin-Beaumont, où Steeve Briois a été reconduit à la tête de la mairie, ou encore Perpignan, où Louis Aliot a été élu. C’est dans ce contexte que des élus wallons reconsidèrent leurs partenariats traditionnels.

Ce qu'il faut retenir

  • Les villes belges de Huy et Namur remettent en question leurs jumelages avec des communes françaises dirigées par le RN depuis mars 2026.
  • Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un « cordon sanitaire » visant à isoler l’extrême droite française.
  • Les élections municipales françaises de 2026 ont vu le RN conquérir plusieurs villes, dont Hénin-Beaumont et Perpignan.
  • Le principe du cordon sanitaire est appliqué par certains responsables politiques belges comme une ligne de conduite face à la montée de l’extrême droite.

Un « cordon sanitaire » appliqué à l’échelle transfrontalière

Le concept de « cordon sanitaire » n’est pas nouveau en Belgique. Traditionnellement, il désigne la stratégie adoptée par certains partis politiques pour refuser toute alliance avec l’extrême droite. Désormais, cette logique s’étend aux relations institutionnelles entre communes. À Namur, le bourgmestre Maxime Prevot (MR) a confirmé que la question était « à l’étude », sans exclure une suspension des échanges culturels ou économiques avec les villes concernées. « Nous devons être cohérents avec nos valeurs », a-t-il expliqué, tout en précisant que « aucune décision n’a encore été prise ».

À Huy, une ville de 21 000 habitants, le collège communal, dominé par les socialistes, a également fait part de ses réserves. « Le jumelage avec une ville dirigée par le RN n’est plus envisageable dans le contexte actuel », a indiqué un conseiller communal sous couvert d’anonymat. Ces positions reflètent une volonté de marquer une distance claire avec les orientations politiques portées par l’extrême droite française.

Les villes françaises concernées par le RN

Les élections municipales de mars 2026 ont marqué un tournant en France, avec plusieurs villes de taille moyenne ou grande tombant dans l’escarcelle du RN. Outre Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et Perpignan (Pyrénées-Orientales), le parti de Jordan Bardella a également pris le contrôle de villes comme Beaucaire (Gard) ou encore Marignane (Bouches-du-Rhône). Ces conquêtes électorales ont été rendues possibles par une dynamique nationale forte, après des années de progression dans les urnes.

En Belgique, où le Vlaams Belang (extrême droite flamande) réalise des scores électoraux significatifs, certains élus wallons estiment que la prudence s’impose. « Nous ne pouvons pas cautionner, même indirectement, des municipalités qui affichent des positions contraires aux nôtres », a souligné un élu namurois. Cette posture illustre une tendance plus large en Europe, où plusieurs capitales régionales ou locales revoient leurs partenariats avec des villes dirigées par des partis d’extrême droite.

Des jumelages historiques remis en cause

Les jumelages entre Huy et Hénin-Beaumont remontent à 1962, tandis que Namur entretient des liens avec Perpignan depuis 1981. Ces partenariats, souvent symboliques, visaient à renforcer les échanges culturels, éducatifs ou économiques entre les deux rives de la frontière. Leur remise en question marque donc un tournant dans les relations transfrontalières franco-belges.

« Ces jumelages sont avant tout des symboles de fraternité entre nos peuples », a rappelé un responsable de la province de Namur. « Mais aujourd’hui, ils deviennent aussi un marqueur politique. » Certains observateurs s’interrogent cependant sur la portée réelle de ces décisions. « Suspendre un jumelage ne changera pas la donne politique en France, mais cela envoie un message fort », commente un politologue de l’ULB. Autant dire que la mesure, si elle est appliquée, aura surtout une portée symbolique.

Et maintenant ?

Une réunion est prévue en juillet 2026 entre les maires concernés pour trancher définitivement la question. D’ici là, les deux parties devraient évaluer les implications juridiques et symboliques de cette rupture. Si Huy et Namur décident de passer à l’acte, d’autres communes belges pourraient emboîter le pas, notamment en Wallonie où le PS et le MR, majoritaires dans de nombreuses villes, pourraient adopter une position similaire.

Dans l’immédiat, les villes françaises concernées n’ont pas réagi officiellement à cette initiative wallonne. Pour autant, cette affaire rappelle que les clivages politiques ne s’arrêtent pas aux frontières, et que les élections locales en France peuvent avoir des répercussions bien au-delà du territoire national.

Un jumelage est un partenariat officiel entre deux villes ou communes, souvent motivé par des échanges culturels, éducatifs ou économiques. Il peut prendre la forme de rencontres entre habitants, projets scolaires communs ou collaborations économiques.