Près de 500 bénévoles se sont portés volontaires pour analyser les quelque 7 000 notes de frais de Laurent Wauquiez, ancien président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, après cinq années de procédure judiciaire pour obtenir ces documents. Selon Franceinfo - Politique, cette mobilisation sans précédent vise à éplucher des milliers de pages de justificatifs, factures et notes de déplacements couvrant la période 2019-2021, alors que Mediacités Lyon dénonce un « coup bas contre la transparence ».

Ce qu'il faut retenir

  • 7 000 notes de frais transmises après cinq ans de bataille judiciaire, couvrant les années 2019 à 2021 pour Laurent Wauquiez et son exécutif régional.
  • Trois cartons de documents non classés, pesant jusqu’à 12 kg, reçus sous forme papier au lieu du format numérique attendu.
  • 497 bénévoles se sont inscrits pour participer au dépouillement, une première session étant prévue dès jeudi 19 juin à Lyon.
  • La région Auvergne-Rhône-Alpes affirme que la transmission papier est conforme à la législation, citant d’autres collectivités ayant adopté la même méthode.
  • Mediacités dénonce une manœuvre visant à ralentir l’exploitation des données et lance un appel à la mobilisation citoyenne pour un audit indépendant.

Une victoire judiciaire entachée par des documents non exploitables

Le média en ligne Mediacités a obtenu gain de cause le 21 mai 2026, après avoir saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), puis un tribunal administratif, avant de faire face à un recours de Laurent Wauquiez devant le Conseil d’État. La procédure juridictionnelle a finalement tranché en sa faveur, mais la victoire s’est révélée amère : au lieu des fichiers numériques attendus, trois cartons de documents papier, non classés et en vrac, ont été livrés. Ces archives, d’un poids total de 25 kg, contiennent des justificatifs de déplacements, séjours, repas et autres dépenses engagées par l’ancien président, son cabinet, ses invités et l’exécutif régional sur la période concernée.

Le média souligne que cette transmission sous forme physique complique considérablement l’analyse des données. « C’est un coup bas contre la transparence », a dénoncé Mediacités dans un communiqué, estimant que la région Auvergne-Rhône-Alpes a cherché à ralentir le processus en refusant de fournir les documents sous format numérique. Contactée, la collectivité a rétorqué que cette méthode était conforme à la législation en vigueur, évoquant des pratiques similaires dans d’autres régions comme les Hauts-de-France.

Un appel citoyen pour un audit indépendant des dépenses régionales

Face à cette situation, Mediacités a lancé un appel à ses lecteurs pour participer au dépouillement des documents. Près de 500 volontaires se sont manifestés, dont une cinquantaine participera à une première session de travail organisée jeudi 19 juin, de 9h30 à 20h30, dans les locaux du média à Lyon. L’objectif ? Identifier d’éventuelles irrégularités dans la gestion des fonds publics entre 2019 et 2021, une période marquée par plusieurs perquisitions et enquêtes judiciaires visant la gestion de l’exécutif régional sous Laurent Wauquiez.

Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte de défiance croissante envers les institutions. Les citoyens, de plus en plus exigeants sur la transparence des finances publiques, n’hésitent plus à s’emparer des outils juridiques pour obtenir des réponses. « Les documents sont là, mais leur format rend leur exploitation complexe. Nous comptons sur cette mobilisation pour faire la lumière sur ces dépenses », explique un porte-parole de Mediacités.

La région Auvergne-Rhône-Alpes campe sur ses positions

La collectivité régionale, dirigée depuis 2021 par Laurent Wauquiez, défend sa position en affirmant que la transmission papier respecte les obligations légales. « D’autres régions ont procédé de la sorte, et aucune n’a été sanctionnée », a rappelé un responsable de la région, soulignant que le format papier était prévu par la réglementation en vigueur à la date de la demande. Pourtant, Mediacités rappelle que la Cada avait initialement recommandé une transmission numérique, afin de faciliter l’accès et l’analyse des documents.

Cette affaire illustre les tensions persistantes autour de la transparence des institutions locales. Alors que les citoyens et les médias indépendants multiplient les initiatives pour obtenir des informations, certaines collectivités freinent des quatre fers, invoquant des motifs administratifs ou techniques. « Le droit d’accès aux documents administratifs est un principe fondamental, mais son application se heurte parfois à des résistances », commente un juriste spécialisé en droit public.

Et maintenant ?

La première session d’analyse des documents, prévue jeudi 19 juin à Lyon, pourrait donner un premier aperçu des éventuelles anomalies dans la gestion des notes de frais. Mediacités a indiqué qu’elle publiera ultérieurement les résultats de son audit, qui pourraient alimenter les débats sur la gestion des fonds publics en Auvergne-Rhône-Alpes. Par ailleurs, la région pourrait être amenée à revoir ses procédures de transmission des documents administratifs pour les rendre plus accessibles, sous la pression des associations et des médias. Reste à voir si cette mobilisation citoyenne inspirera d’autres initiatives similaires dans d’autres territoires.

Cette affaire laisse en suspens plusieurs questions : dans quelle mesure ces dépenses ont-elles été justifiées ? Quels enseignements en tirer pour la gestion des finances régionales à l’avenir ? Et surtout, cette mobilisation citoyenne marquera-t-elle un tournant dans l’accès aux données publiques en France ? Autant de réponses qui pourraient émerger dans les semaines à venir, à mesure que les bénévoles avanceront dans leur travail d’épluchage.

La région Auvergne-Rhône-Alpes affirme que la transmission papier est conforme à la législation en vigueur. Mediacités, lui, dénonce une manœuvre visant à ralentir l’exploitation des données, d’autant que la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) avait initialement recommandé un format numérique pour faciliter l’analyse.

La première session de travail, prévue jeudi 19 juin à Lyon avec une cinquantaine de bénévoles, devrait permettre de commencer l’audit. Mediacités n’a pas encore communiqué de calendrier précis pour la finalisation de l’analyse, qui dépendra du volume et de la complexité des documents.