Le parquet de Valence a finalement renoncé à retenir la circonstance aggravante de « bande organisée » à l’encontre de 11 des 14 mis en cause dans le meurtre de Thomas Perotto, survenu lors d’une rixe à la sortie d’un bal de Crépol, dans la Drôme, le 19 novembre 2023. Selon Le Figaro, le ministère public a estimé que les éléments de l’enquête ne permettaient pas d’établir que les accusés avaient agi en groupe préalablement préparé à commettre des violences.

Ce revirement intervient deux ans et demi après les faits, dans une affaire judiciaire particulièrement complexe où les responsabilités individuelles restent encore à préciser. Le parquet a requis le renvoi de 11 des 14 mis en examen devant la cour d’assises des mineurs pour « meurtre » et « tentative de meurtre », sans l’aggravante de « bande organisée ». Les trois autres mis en cause, initialement visés par des chefs d’accusation similaires, devraient être renvoyés pour « violences volontaires ».

Ce qu'il faut retenir

  • Le parquet de Valence a abandonné la qualification de « bande organisée » pour 11 des 14 accusés dans l’affaire du meurtre de Thomas Perotto.
  • Les 11 mis en cause devraient être renvoyés pour « meurtre » et « tentative de meurtre » devant la cour d’assises des mineurs.
  • Les trois autres accusés, initialement concernés par les mêmes chefs, sont visés pour « violences volontaires » uniquement.
  • Le drame s’est produit lors d’une rixe à la sortie d’un bal de Crépol, dans la Drôme, le 19 novembre 2023.
  • Thomas Perotto, 16 ans, capitaine du rugby club de Romans-Péage, avait succombé à ses blessures après avoir été poignardé.

Un drame déclenché par une altercation à la sortie d’un bal

L’enquête a révélé que la violence avait éclaté à la fin d’une fête organisée dans le village de Crépol, opposant des jeunes issus de la cité de la Monnaie à Romans-sur-Isère à des rugbymen locaux. Selon les éléments recueillis, des couteaux auraient été sortis des poches des premiers, déclenchant une mêlée confuse au cours de laquelle plusieurs personnes, dont Thomas Perotto, avaient été grièvement blessées. Le capitaine de l’équipe de rugby, âgé de seulement 16 ans, était décédé des suites de ses blessures.

Les circonstances exactes de l’affrontement restent floues, les témoignages étant contradictoires. Certains évoquent une altercation verbale initiale, d’autres une provocation plus directe. Quoi qu’il en soit, la scène s’est soldée par un bilan lourd : plusieurs rugbymen avaient été blessés, dont certains gravement, avant que Thomas Perotto ne succombe à ses blessures. L’affaire avait alors suscité une vive émotion dans la région, notamment en raison de l’âge des protagonistes.

Une enquête marquée par des revirements et des questions persistantes

Depuis le drame, l’enquête a connu de nombreux rebondissements. Le parquet avait initialement requis la qualification de « bande organisée », estimant que les accusés avaient agi de manière coordonnée pour commettre des violences. Cette qualification avait été vivement contestée par les avocats de la défense, qui dénonçaient une interprétation extensive des faits. Le renvoi sans l’aggravante de « bande organisée » marque donc un tournant dans la procédure.

Pour autant, les responsabilités individuelles de chacun des accusés n’ont toujours pas été formellement établies. L’enquête, qualifiée de « fleuve » par Le Figaro, a mis en lumière la complexité des faits et la difficulté à démêler les responsabilités dans une affaire où les versions des témoins divergent. Plusieurs mis en cause ont déjà été mis en examen pour des rôles variés, allant de la participation active aux violences à la complicité.

Les prochaines étapes de la procédure judiciaire

Avec cette décision du parquet, l’affaire entre désormais dans une nouvelle phase. Les 11 accusés visés pour « meurtre » et « tentative de meurtre » devraient être renvoyés devant la cour d’assises des mineurs dans les prochains mois. Quant aux trois autres mis en examen, leur cas sera examiné séparément, avec une qualification moins lourde. Reste à savoir si d’autres qualifications pourraient être requises à l’issue de l’enquête complémentaire.

Par ailleurs, l’affaire n’est pas totalement close sur le plan judiciaire. Plusieurs associations et parties civiles ont déjà exprimé leur volonté de poursuivre leurs démarches, notamment pour faire reconnaître d’éventuels mobiles racistes derrière les faits. En effet, des tensions entre les jeunes de la cité de la Monnaie et des habitants de Crépol avaient été signalées avant le drame. Une demande visant à retenir un mobile raciste avait cependant été rejetée en mars 2024 par la justice.

Et maintenant ?

La prochaine étape consistera en la transmission du dossier au juge d’instruction, qui devra statuer sur le renvoi des accusés devant la cour d’assises des mineurs. Cette phase pourrait prendre plusieurs mois, le temps d’examiner les éléments à charge et à décharge. Une audience de mise en accusation pourrait être organisée d’ici la fin de l’année 2026, si les délais judiciaires sont respectés. Par ailleurs, les parties civiles pourraient déposer des conclusions supplémentaires, notamment sur les éventuels mobiles ou circonstances aggravantes non retenues initialement.

Cette affaire, qui a déjà marqué durablement la région, laisse en suspens plusieurs questions. Comment la cour d’assises des mineurs jugera-t-elle les responsabilités individuelles ? Un mobile raciste sera-t-il finalement retenu, malgré le rejet initial de la demande ? Autant de points qui pourraient encore alimenter le débat judiciaire dans les mois à venir.