À Singapour, une initiative inédite prend de l’ampleur avec le lancement du mouvement #MenToo, qui vise à libérer la parole des hommes sur les pressions sociales et professionnelles qu’ils subissent quotidiennement. Selon Franceinfo - Santé, ce collectif, né de l’engagement de plusieurs associations locales, cherche avant tout à aborder la question de la santé mentale masculine, loin de toute logique conflictuelle avec les mouvements féministes.

Ce qu'il faut retenir

  • #MenToo est un mouvement singapourien qui émerge pour dénoncer la pression sociale pesant sur les hommes, notamment en matière de performance professionnelle, familiale et sociale.
  • Les initiateurs insistent sur le fait que ce mouvement n’a aucun lien avec #MeToo, mais vise à sensibiliser sur les souffrances masculines liées au harcèlement sociétal.
  • Le service militaire obligatoire de deux ans, la réussite scolaire, puis professionnelle, ainsi que la charge financière envers la famille sont autant de pressions citées par les participants.
  • Plusieurs associations, dont Amicus, soutiennent cette initiative en organisant des réunions et en proposant un accompagnement psychologique.
  • Une charte a été remise début juin à un haut fonctionnaire du ministère de la Famille, marquant une première étape vers une reconnaissance institutionnelle.
  • Contrairement aux mouvements #MenToo passés en Asie (Inde, Corée du Sud), celui-ci ne s’inscrit pas en réaction à #MeToo, mais se concentre sur la santé mentale masculine.

Un mouvement né de la volonté de partager des souffrances méconnues

Les hommes qui rejoignent le mouvement #MenToo à Singapour ne cherchent pas à s’opposer aux revendications féministes. Comme le rapporte Franceinfo - Santé, leur démarche part d’un constat simple : la société singapourienne attend des hommes qu’ils incarnent un modèle de force et de performance, sans jamais laisser transparaître leurs faiblesses. « Nous devons être des élèves modèles, puis des soldats pendant deux ans de service militaire, avant de devenir des employés modèles, des pères de famille exemplaires et des pourvoyeurs de revenus infaillibles », explique un participant cité par la radio publique française.

Pour ces hommes, ce système est devenu « étouffant ». Ils dénoncent une culture où les émotions masculines sont souvent minimisées, voire stigmatisées. « On nous demande d’être solides, mais jamais vulnérables. Montrer de la fragilité, c’est risquer d’être perçu comme faible », souligne un autre membre du mouvement. Leur objectif ? Créer un espace où chacun peut exprimer ses angoisses sans crainte du jugement, et ainsi améliorer la considération portée à la santé mentale masculine.

Des réunions hebdomadaires pour briser l’isolement

Le mouvement s’appuie sur des rencontres organisées le week-end, où les participants échangent sur leurs expériences personnelles. Ces rassemblements sont encadrés par plusieurs associations singapouriennes, dont Amicus, une organisation spécialisée dans l’accompagnement psychologique et juridique des hommes en difficulté. « Nous voulons construire une véritable communauté, un réseau d’entraide des hommes pour les hommes », précise un représentant d’Amicus.

Ces réunions ne se limitent pas à des discussions informelles. Elles s’inscrivent dans une démarche structurée, avec pour ambition de sensibiliser aussi bien le grand public que les autorités. « L’État doit prendre conscience que cette pression sociale a un coût humain et économique », insiste un membre du collectif. Pour appuyer leur demande, les initiateurs ont rédigé une charte qu’ils ont officiellement remise, début juin, à un haut fonctionnaire du ministère de la Famille. Ce document formalise leurs revendications et propose des pistes pour améliorer la prise en charge des difficultés masculines.

Une approche distincte des précédents mouvements #MenToo en Asie

Si le hashtag #MenToo a déjà circulé en Asie par le passé, son contexte était différent. Entre 2018 et 2020, des mobilisations similaires avaient émergé en Inde et en Corée du Sud, mais avec une logique opposée : ces mouvements s’inscrivaient en réaction directe à #MeToo. Leurs partisans dénonçaient alors une forme de discrimination systémique à leur encontre, estimant que les accusations de harcèlement sexuel ciblaient davantage les hommes sans tenir compte des nuances.

À l’inverse, le mouvement singapourien actuel se distingue par son absence de polémique avec le féminisme. « Nous ne voulons pas entrer en conflit avec qui que ce soit », a précisé un porte-parole. « Notre combat est avant tout interne : il s’agit de reconnaître que les hommes aussi peuvent souffrir sous le poids des attentes sociales. » Cette approche inédite dans la région pourrait inspirer d’autres pays asiatiques, même si, pour l’instant, aucune initiative similaire n’a été signalée ailleurs.

Un enjeu de santé publique qui interpelle les autorités

La remise de la charte début juin marque une première étape concrète pour le mouvement. Les associations espèrent que cette démarche incitera les pouvoirs publics à intégrer davantage la question de la santé mentale masculine dans leurs politiques sociales. « Singapour est souvent perçue comme une société où tout est sous contrôle, où la réussite est mesurable et immédiate », rappelle un psychologue local. « Pourtant, derrière les façades de succès se cachent des hommes épuisés, en burn-out, ou simplement en quête de sens. »

Les autorités n’ont pas encore réagi publiquement à cette initiative. Cependant, plusieurs observateurs soulignent que le gouvernement singapourien a récemment renforcé ses dispositifs de soutien psychologique, notamment pour les jeunes et les travailleurs. « Cela pourrait être une opportunité pour élargir ces dispositifs à d’autres publics », estime un membre d’Amicus. Pour l’heure, le mouvement reste centré sur la construction de son réseau et la sensibilisation progressive de la population.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes du mouvement #MenToo à Singapour devraient se concentrer sur deux axes : l’élargissement du réseau d’entraide et le dialogue avec les institutions. Une nouvelle réunion plénière est prévue pour la fin du mois de juin, avec pour objectif d’affiner la charte remise aux autorités. Si cette démarche aboutit, elle pourrait servir de modèle pour d’autres pays asiatiques confrontés à des enjeux similaires de santé mentale masculine. Reste à voir si les pouvoirs publics singapouriens prendront des mesures concrètes d’ici la fin de l’année.

D’ici là, le mouvement entend continuer à grandir, porté par des témoignages de plus en plus nombreux sur les réseaux sociaux. « Chaque voix compte », rappelle un participant. « Plus nous serons nombreux à parler, plus nous briserons le tabou. »

Contrairement aux mobilisations passées en Inde et en Corée du Sud entre 2018 et 2020, qui s’inscrivaient en réaction à #MeToo, le mouvement singapourien actuel ne cherche pas à s’opposer au féminisme. Il se concentre sur la santé mentale masculine et la pression sociale, sans remettre en cause les revendications féministes.

Les hommes interrogés évoquent plusieurs attentes sociétales : exceller scolairement, accomplir deux ans de service militaire obligatoire, réussir professionnellement, subvenir aux besoins de la famille et incarner un modèle de force et de stabilité émotionnelle, sans jamais montrer de faiblesse.