L’ancien président du gouvernement espagnol José Luis Rodríguez Zapatero a comparu ce mercredi 17 juin 2026 devant le juge d’instruction Calama, devenant le premier chef de l’exécutif espagnol à être officiellement mis en examen dans une affaire de corruption depuis la Transition démocratique des années 1970. Selon Euronews FR, cette convocation, qui s’étend sur deux jours jusqu’à jeudi 18 juin, porte sur deux dossiers distincts : le sauvetage financier controversé de la compagnie aérienne Plus Ultra et la découverte de bijoux de luxe lors d’une perquisition à son bureau de Ferraz.
Ce qu'il faut retenir
- Première historique : Zapatero est le premier ancien président espagnol à comparaître en tant que mis en examen depuis la fin du franquisme.
- Deux volets judiciaires : Une enquête sur le versement de 53 millions d’euros de fonds publics pour sauver Plus Ultra et une procédure séparée concernant 1,3 million d’euros de bijoux trouvés à Ferraz, dont l’origine reste non justifiée.
- L’entreprise des filles de Zapatero : What The Fav, détenue par ses filles, a perçu jusqu’à 2 millions d’euros pour des prestations de « conseil » et de mise en page, suspectées de masquer des versements illicites.
- Un « réseau organisé » : Le juge présente Zapatero comme le chef d’une structure visant à dissimuler des fonds, selon l’instruction judiciaire.
- Répercussions politiques : L’affaire fragilise le Parti socialiste (PSOE) et le gouvernement Sánchez, alors que Zapatero reste une figure influente du parti.
Une convocation historique pour Zapatero et la démocratie espagnole
Dès 9 heures ce matin, l’ancien président a franchi les portes du palais de justice madrilène pour répondre des accusations portées à son encontre. Selon Euronews FR, cette audience marque un tournant dans l’histoire judiciaire espagnole : jamais un ancien chef du gouvernement n’avait été confronté à une mise en examen dans une affaire de corruption. La convocation, prévue sur deux jours, vise à examiner deux dossiers aux enjeux distincts, mais tout aussi explosifs.
Le premier concerne le sauvetage de 53 millions d’euros de fonds publics accordés en 2020 à la compagnie aérienne Plus Ultra, alors en grande difficulté financière. Le second dossier, révélé lors d’une perquisition au siège du Parti socialiste à Ferraz, porte sur la découverte de bijoux de luxe estimés à 1,3 million d’euros. Leur origine, souligne l’instruction, n’est « pas justifiée », ce qui a conduit le juge à ouvrir une procédure séparée.
L’entreprise des filles de Zapatero au cœur de l’enquête
L’instruction s’intéresse également à What The Fav, une société détenue par les filles de l’ancien président, qui a perçu jusqu’à 2 millions d’euros pour des prestations de « conseil » et de mise en page. Selon les enquêteurs, ces versements pourraient avoir servi à dissimuler le paiement de supposés pots-de-vin. Le juge d’instruction, qui qualifie Zapatero de chef d’un « réseau organisé », a entendu l’ancien président à huis clos ce mercredi, comme l’a rapporté Euronews FR.
La défense de Zapatero, menée par l’avocat Víctor Moreno Catena, a tenté en amont de limiter la portée de l’interrogatoire en demandant l’exclusion des bijoux de la première séance. Une demande rejetée par le juge, qui a estimé qu’il n’existait « aucune atteinte réelle à son droit à la défense ». Cette décision a confirmé la fermeté de l’instruction, malgré les arguments des avocats de l’ancien président.
Un séisme politique pour le PSOE et le gouvernement Sánchez
Au-delà des enjeux judiciaires, cette affaire représente un coup dur pour le Parti socialiste (PSOE) et le gouvernement de Pedro Sánchez. Zapatero, qui a dirigé l’Espagne entre 2004 et 2011, reste une figure majeure du parti. Sa présence dans les meetings, les meetings de campagne et son rôle de conseiller informel auprès de Sánchez depuis 2018 en faisaient l’un des piliers du PSOE. Or, son implication dans cette enquête fragilise la crédibilité du parti et du gouvernement, alors que les tensions politiques en Espagne restent vives.
« Zapatero n’est pas seulement un ancien président assis face à un juge, mais l’un des atouts politiques les plus importants du PSOE », rappelle Euronews FR. Sa comparution intervient à un moment où le gouvernement Sánchez doit faire face à plusieurs défis, notamment économiques et sociaux, et où la confiance des Espagnols dans leurs institutions est déjà mise à l’épreuve.
Des bijoux de luxe aux prestations suspectes : les détails de l’enquête
Les bijoux saisis lors de la perquisition à Ferraz, estimés à 1,3 million d’euros, comprennent des pièces de haute joaillerie dont l’origine n’a pas été expliquée par Zapatero. Selon l’instruction, leur acquisition pourrait être liée à des flux financiers non déclarés. Ces objets, découverts dans son bureau, ont été placés sous scellés et font l’objet d’une procédure distincte, comme l’a confirmé Euronews FR.
Par ailleurs, les 2 millions d’euros versés à What The Fav entre 2020 et 2023 pour des prestations de « conseil » et de mise en page ont attiré l’attention des enquêteurs. Ces montants, jugés disproportionnés au regard des services rendus, sont suspectés de masquer des paiements illicites. L’instruction évoque un « système organisé » visant à détourner des fonds publics, dont Zapatero serait le principal bénéficiaire.
Quant à Zapatero, son avenir politique semble compromis, même si aucune décision judiciaire définitive n’a encore été rendue. Son cas rappelle celui d’autres dirigeants européens confrontés à des affaires de corruption, comme en témoignent les récents scandales ayant ébranlé plusieurs gouvernements en Europe. Reste à voir si cette comparution marquera le début d’un long processus judiciaire ou une simple parenthèse dans une carrière politique déjà marquée par des succès et des controverses.
Jusqu’à présent, aucun ancien chef de gouvernement espagnol n’avait été officiellement inculpé dans une affaire de corruption depuis la fin du franquisme. Les enquêtes touchant d’anciens dirigeants étaient généralement classées sans suite ou limitées à des mandataires intermédiaires. La procédure ouverte contre Zapatero marque donc une première, en raison de l’ampleur des soupçons et de la gravité des faits qui lui sont reprochés.
Cette affaire intervient à un moment où le PSOE est déjà fragilisé par d’autres scandales et une baisse de popularité. Zapatero, bien que retiré de la vie politique active, reste une figure influente du parti. Son implication dans cette enquête pourrait affaiblir encore la crédibilité du PSOE et compliquer la tâche du gouvernement Sánchez, déjà confronté à des défis économiques et sociaux majeurs. À l’approche des élections de 2027, cette affaire risque de devenir un argument de campagne pour l’opposition.