Alors que le sommet du G7 sous présidence française se tient à Évian-les-Bains depuis lundi 15 juin 2026, Paris cherche à obtenir une déclaration commune sur les minerais critiques. L’objectif affiché ? Réduire la dépendance occidentale vis-à-vis de la Chine, dont la domination dans ce secteur a été mise en lumière ces dernières années. Selon BFM Business, les dirigeants doivent aborder ce thème central de la présidence française, aux côtés des déséquilibres économiques mondiaux, lors de la dernière journée du sommet, prévue ce mercredi 17 juin.

Ce qu'il faut retenir

  • La France, qui préside le G7 en 2026, pousse pour une déclaration commune sur les minerais critiques lors du sommet d’Évian-les-Bains.
  • L’Occident, et notamment l’Europe, reste très dépendant des importations chinoises de terres rares et autres minerais stratégiques.
  • En 2025, la Chine a restreint ses exportations d’aimants permanents à base de terres rares, provoquant une onde de choc dans les chaînes d’approvisionnement occidentales.
  • Parmi les mesures envisagées figurent des subventions, des achats garantis et des investissements dans des filières alternatives hors de Chine.
  • L’Union européenne a enregistré en 2025 un déficit commercial record de 360 milliards d’euros avec la Chine, alimentant les tensions.

Une dépendance occidentale mise en lumière par Pékin

La question des minerais critiques s’est imposée comme un enjeu majeur lors de ce G7, alors que la Chine a récemment démontré sa capacité à perturber les approvisionnements mondiaux. En 2025, Pékin a imposé des restrictions à l’exportation d’aimants permanents fabriqués à partir de terres rares, des composants essentiels pour les secteurs de l’énergie, de la défense et des technologies avancées. « Nous négocions des textes importants sur les minéraux critiques et, par conséquent, sur la souveraineté économique », a déclaré un responsable de la présidence française, cité par BFM Business. Ces événements ont révélé la vulnérabilité des économies occidentales, dont les industries reposent massivement sur des importations chinoises.

Des mesures concrètes pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement

Pour remédier à cette dépendance, plusieurs pistes sont explorées lors des discussions à Évian. Selon des diplomates interrogés par la source, les pays du G7 pourraient s’engager sur des mécanismes de soutien des prix, des normes de marché, des subventions publiques ou encore des achats garantis. L’idée est d’encourager les investissements privés dans des chaînes d’approvisionnement alternatives, en dehors de la Chine. Cependant, les mesures qui seront finalement annoncées ne devraient constituer qu’une « première étape », comme l’a souligné un négociateur. Les désaccords persistent, notamment sur la création d’un bloc commercial dédié aux minerais critiques, proposée par les États-Unis en début d’année 2026. Certains partenaires, dont les positions reflètent parfois la doctrine « America First » de la Maison Blanche, peinent à s’accorder sur les modalités de fonctionnement d’une telle alliance.

L’Europe face à la « deuxième choc chinois »

L’Union européenne, elle, subit de plein fouet la concurrence chinoise. En 2025, son déficit commercial avec la Chine a atteint un niveau historique, dépassant les 360 milliards d’euros. Cette situation alimente les craintes d’un « deuxième choc chinois », après celui des années 2000 où Pékin avait dominé les industries à faible valeur ajoutée. Aujourd’hui, l’inquiétude porte sur l’emprise chinoise sur les segments à haute technologie, où la Chine progresse rapidement dans la chaîne de valeur. « Cette situation n’est bien sûr pas tenable », a admis la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d’une conférence de presse en marge du sommet. Elle a rappelé que l’UE entendait « réduire les risques » face à la Chine, sans pour autant exclure toute coopération.

Face à cette réalité, les dirigeants européens préparent, pour le sommet de Bruxelles prévu demain jeudi 18 juin, un durcissement de leurs mesures de défense commerciale. L’objectif est de lutter contre ce que l’UE qualifie de « concurrence prédatrice », notamment via des subventions jugées déloyales par Bruxelles. La Chine, de son côté, rejette ces accusations et menace régulièrement de prendre des « contre-mesures fermes » contre les initiatives européennes comme le plan « Buy European » ou les nouvelles règles en matière de souveraineté technologique.

Un dialogue difficile avec Pékin

Avant l’ouverture du G7, le président français, Emmanuel Macron, a tenté une dernière fois d’engager un dialogue avec la Chine. Malgré ces efforts, Pékin maintient une ligne ferme, refusant toute concession sur les subventions qu’elle juge essentielles à son développement industriel. « La Chine ne cèdera pas sur ce point », a indiqué une source diplomatique sous couvert d’anonymat. Cette intransigeance complique la recherche d’un compromis, alors que les tensions commerciales entre les deux blocs s’aggravent. Pour l’Europe, l’enjeu est double : protéger ses industries stratégiques tout en évitant une escalade qui pourrait peser sur la croissance mondiale.

« Nous négocions des textes importants sur les minéraux critiques et, par conséquent, sur la souveraineté économique. »
Un responsable de la présidence française, cité par BFM Business

Vers une coordination accrue, mais des défis persistants

Le sommet d’Évian marque donc une étape dans la coordination occidentale face à la domination chinoise sur les minerais critiques. Si les mesures annoncées restent limitées, elles pourraient ouvrir la voie à des actions plus ambitieuses. Les États-Unis, qui ont proposé en début d’année la création d’un bloc commercial dédié, devraient jouer un rôle clé dans les mois à venir. Pour autant, les désaccords internes au G7 risquent de ralentir les avancées. « Bref, l’objectif est clair, mais les moyens pour y parvenir divisent », résume un observateur proche des négociations. La question des minerais critiques, longtemps perçue comme technique, s’impose désormais comme un sujet géopolitique majeur, au même titre que l’énergie ou les semi-conducteurs.

Et maintenant ?

Les dirigeants du G7 doivent finaliser leur déclaration commune ce mercredi 17 juin, mais son contenu précis reste à préciser. Si des mesures concrètes pourraient être dévoilées, leur portée dépendra des compromis trouvés entre les États-Unis et l’Europe, notamment sur les subventions et les achats garantis. À Bruxelles, le sommet de l’UE prévu jeudi 18 juin pourrait annoncer un durcissement des mesures commerciales contre la Chine, avec des répercussions possibles sur les chaînes d’approvisionnement dès 2027. Reste à voir si ces initiatives suffiront à réduire significativement la dépendance occidentale.

La question des minerais critiques devrait continuer à dominer l’agenda international dans les mois à venir, alors que les tensions commerciales entre la Chine et l’Occident s’intensifient. Les prochaines étapes incluront des négociations bilatérales, notamment entre Bruxelles et Pékin, ainsi que des discussions au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour tenter de réguler les pratiques commerciales jugées déloyales.

Les minerais critiques incluent notamment les terres rares (néodyme, dysprosium, terbium), le lithium, le cobalt, le graphite et le tungstène. Ces métaux sont essentiels pour les batteries électriques, les aimants permanents (utilisés dans les éoliennes et les moteurs électriques), les semi-conducteurs et les équipements de défense. Leur extraction et leur transformation restent très concentrées en Chine, qui assure environ 60 % de la production mondiale de terres rares.

Oui, et elle l’a déjà fait. En 2025, Pékin a restreint ses exportations d’aimants permanents à base de terres rares, provoquant une pénurie temporaire dans plusieurs secteurs industriels. Cette décision avait alors provoqué une hausse des prix et une course aux approvisionnements alternatifs. La Chine détient un quasi-monopole sur la production et le raffinage de nombreux minerais critiques, ce qui lui donne un levier géopolitique majeur. Cependant, une interruption prolongée des exportations pourrait aussi nuire à ses propres industries, dépendantes de ces ressources pour leurs exportations.