Selon Franceinfo - Santé, le professeur émérite d’éthique médicale Emmanuel Hirsch a souligné mardi 19 mai 2026 l’importance d’un encadrement humain dans l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) pour accéder aux soins. Alors que les délais d’attente pour des consultations en médecine libérale s’allongent, notamment en cardiologie (42 jours) et en dermatologie (32 jours), l’IA pourrait offrir des premières indications aux patients. Cependant, sans expertise médicale, ces outils restent limités, insiste le médecin.
Ce qu'il faut retenir
- Les délais médians pour obtenir un rendez-vous en cardiologie atteignent 42 jours, et 32 jours en dermatologie, selon la deuxième étude Doctolib et la Fondation Jean Jaurès.
- Emmanuel Hirsch, membre de l’Académie nationale de médecine, reconnaît que l’IA peut apporter des « éclairages » aux patients, mais insiste sur la nécessité d’un accompagnement humain.
- L’accès à l’information via l’IA sans expertise médicale est jugé inefficace, car il ne répond pas à la complexité des besoins de santé.
- Le professeur Hirsch met en garde contre le risque de « sur-responsabilisation » des patients dans l’interprétation des données médicales.
- Il souligne l’importance de développer une pédagogie pour intégrer l’IA dans les parcours de soins, tout en préservant la relation de confiance avec les professionnels de santé.
L’IA comme premier recours : un outil à double tranchant
Pour Emmanuel Hirsch, professeur émérite d’éthique médicale à l’université Paris-Saclay et membre de l’Académie nationale de médecine, l’intelligence artificielle peut jouer un rôle dans l’accès aux soins. « Qu’il puisse y avoir un avantage à avoir en premier recours une première indication, qui peut être rassurante ou donner envie d’aller vers la consultation médicale, c’est un point », a-t-il expliqué mardi 19 mai 2026 lors d’un entretien avec Franceinfo - Santé. Cependant, il tempère cet optimisme en rappelant que ces outils ne remplacent pas l’expertise médicale. « Ce qui m’interroge, c’est la précarité de certains d’entre nous dans la capacité de s’approprier une information », a-t-il ajouté, insistant sur la nécessité d’un accompagnement adapté.
Les données issues de la deuxième étude Doctolib et de la Fondation Jean Jaurès, publiée le même jour, confirment en effet une tension croissante dans l’accès aux soins en France. Avec des délais médians de 42 jours pour un rendez-vous en cardiologie et de 32 jours en dermatologie, les patients se tournent de plus en plus vers des solutions alternatives, dont l’IA. Emmanuel Hirsch s’inquiète particulièrement pour les jeunes et les personnes âgées, qui pourraient être tentées d’utiliser ces outils sans toujours en mesurer les limites.
Un enjeu de santé publique et d’autonomie des patients
Emmanuel Hirsch reconnaît que l’IA peut « apporter un certain nombre d’éclairages », notamment pour des questions simples ou des orientations initiales. « Il y a des difficultés à accéder aussi rapidement qu’on le souhaite au meilleur interlocuteur », admet-il. Toutefois, il souligne que les problèmes de délais d’attente constituent « une vraie question de santé publique ». Une fois les données obtenues, la question se pose : « Qu’est-ce qu’on en fait ? » interroge le professeur. Pour lui, l’enjeu n’est pas seulement d’accéder à des informations, mais de « bénéficier d’une expertise ».
Il met en garde contre une autonomisation excessive des patients, qui pourraient se retrouver « sur-responsabilisés » par des données mal comprises. « Qu’on le veuille ou pas, un médecin n’a pas uniquement des connaissances médicales, mais a aussi une expérience et un savoir-faire, et sait comment se situer par rapport à une personne dans un contexte donné », rappelle-t-il. Pour Emmanuel Hirsch, la santé reste « une affaire intime, personnelle et renvoie à une relation avec une personne de confiance ». « C’est un enjeu humain, vital », insiste-t-il.
Vers une pédagogie de l’IA dans le parcours de soins ?
Face à ces défis, le professeur Hirsch plaide pour le développement d’une pédagogie autour de l’utilisation de l’IA dans la santé. « Comment arriver à développer une pédagogie de cet accès à l’information ? » s’interroge-t-il. Il suggère que les professionnels de santé — médecins, soignants, infirmiers — intègrent dans leur pratique le fait que les patients seront de plus en plus informés par des outils numériques. « Peut-être plus participatifs dans un partenariat », estime-t-il. Cette évolution pourrait transformer la relation médecin-patient en un modèle plus collaboratif, où l’IA servirait de soutien sans remplacer l’humain.
Emmanuel Hirsch ne rejette pas en bloc les avancées technologiques, mais insiste sur la nécessité de les encadrer. « Est-ce qu’on vit uniquement dans un monde numérisé ? Fait d’algorithmes ? » questionne-t-il, sans attendre de réponse. Pour lui, la santé ne peut se réduire à une suite de calculs. Elle implique une dimension humaine, une écoute, une adaptation à chaque patient — des éléments que l’IA ne peut reproduire.
En attendant, les délais d’attente pour les consultations en cardiologie et dermatologie restent un sujet de préoccupation majeur, comme en témoignent les données de l’étude Doctolib et de la Fondation Jean Jaurès. Pour Emmanuel Hirsch, la solution ne réside pas dans une opposition entre technologie et humanité, mais dans une complémentarité maîtrisée.
Non, selon Emmanuel Hirsch. L’IA peut apporter des premières indications ou éclaircissements, mais elle ne remplace pas l’expertise médicale, l’expérience clinique et la relation de confiance entre un patient et son médecin. Le professeur insiste sur la nécessité d’un accompagnement humain pour interpréter les données et prendre des décisions éclairées.