Selon Euronews FR, l’accord-cadre américano-iranien, révélé ces derniers jours, suscite des réactions contrastées entre les différentes factions de la classe politique iranienne et les dirigeants américains. À Washington, Donald Trump multiplie les déclarations ambiguës, tandis qu’à Téhéran, les ultraconservateurs célèbrent une victoire stratégique, malgré les critiques internes et les incertitudes sur les modalités de l’accord. Entre levée de sanctions économiques, pressions régionales et divisions politiques, cet accord en deux temps – 60 jours de négociations supplémentaires avant une signature définitive – redessine les équilibres géopolitiques au Moyen-Orient.

Ce qu'il faut retenir

  • Les ultraconservateurs iraniens présentent l’accord comme une victoire, tandis que des figures modérées le jugent « déséquilibré » et incomplet.
  • Donald Trump menace de reprendre les frappes si l’Iran ne respecte pas ses engagements, tout en démentant l’existence d’un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars.
  • Les Gardiens de la révolution, via leur Force al-Qods, rappellent leur emprise régionale en contrôlant des axes stratégiques comme le détroit de Bab el-Mandeb.
  • L’accord prévoit la levée du blocus naval américain sur le détroit d’Ormuz, où trois pétroliers iraniens ont déjà franchi le passage avec 5 millions de barils de brut.
  • Les opposants iraniens en exil, comme Reza Pahlavi, rejettent catégoriquement le compromis, le qualifiant d’« échec annoncé ».

À Téhéran, un accord célébré comme une victoire… mais contesté

Selon Euronews FR, l’establishment iranien le plus radical met en avant l’accord-cadre comme une preuve que Téhéran a « tenu plus longtemps que Washington », transformant une concession en récit de résistance nationale. Pourtant, cette interprétation ne fait pas consensus au sein de la classe politique iranienne. Le commandant de la Force al-Qods, Esmail Qaani, a d’ailleurs profité de sa première apparition publique depuis des mois pour rappeler, sur la télévision d’État, que le détroit de Bab el-Mandeb – voie maritime reliant la mer Rouge au golfe d’Aden – reste sous contrôle des alliés régionaux de l’Iran. « Il est entièrement entre les mains des gars du Hezbollah, des Houthis au Yémen et même de certains camarades et enfants de la résistance », a-t-il déclaré, en guise d’avertissement.

Cette posture s’inscrit dans la stratégie de l’Axe de la résistance, un réseau de groupes armés soutenus par Téhéran, incluant le Hamas à Gaza, les Houthis au Yémen et des milices chiites en Irak. Mais derrière cette rhétorique, les divisions persistent. L’Institute for the Study of War (ISW), basé à Washington, souligne que des figures comme Ahmad Vahidi, haut commandant des Gardiens de la révolution, ont utilisé le contrôle de l’Iran sur le détroit d’Ormuz pour renforcer leur pouvoir interne. « Vahidi s’oppose à la direction politique iranienne, qui prône un accord rapide pour relancer l’économie », explique l’ISW. Les Gardiens, eux, auraient imposé leur ligne à chaque étape des négociations.

Des réactions internes qui révèlent des fractures politiques

Alors que les médias d’État iraniens insistent sur le fait que l’accord ne prévoit « aucune disposition relative à un changement de régime ou à des réformes politiques », certains responsables dénoncent un texte incomplet. Ebrahim Rezaei, porte-parole de la Commission de la sécurité nationale au Parlement, a qualifié le mémorandum de « déséquilibré » et a rappelé que « toutes les lignes rouges de l’Iran n’ont pas été respectées ». « Nous sommes engagés dans une guerre hybride à grande échelle et nous devons saisir cette occasion pour devenir plus forts », a-t-il affirmé lors d’un entretien télévisé.

Cette prise de position intervient à un moment sensible pour l’Iran, qui prépare les cérémonies funéraires de l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors des frappes américano-israéliennes du 28 février 2026. Le texte de l’accord met l’accent sur le respect de la souveraineté de chaque partie, mais l’allègement des sanctions, la reprise des exportations de pétrole et la libération des avoirs gelés sont présentés comme des concessions économiques majeures. Trois pétroliers iraniens, transportant au total 5 millions de barils de brut, ont d’ailleurs franchi le détroit d’Ormuz dès l’annonce de la levée du blocus naval américain.

À Washington, Trump joue la carte de la fermeté… et de l’ambiguïté

Le président américain Donald Trump a adopté une posture à double vitesse depuis la révélation de l’accord. D’un côté, il présente le mémorandum comme un simple « protocole d’accord », assorti de 60 jours de négociations supplémentaires avant une signature définitive. « Si cela ne me plaît pas, nous recommencerons à leur tirer dessus, à lâcher des bombes sur leur tête », a-t-il menacé lors d’une déclaration publique. L’accord devrait être signé en Suisse, à l’hôtel Bürgenstock, un lieu habituellement réservé aux rencontres diplomatiques de haut niveau.

Pourtant, Trump a également envoyé des signaux contradictoires en niant l’existence d’un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars pour l’Iran. « C’est faux. Nous n’investissons pas 10 centimes », a-t-il martelé, avant d’ajouter : « S’ils ne se comportent pas comme il faut, nous reviendrons immédiatement à des bombardements en plein sur leur tête. » Le vice-président JD Vance a, quant à lui, tenté de calmer les spéculations sur un changement de régime en Iran. « Trump n’a jamais dit que son objectif était d’installer Reza Pahlavi comme nouveau dirigeant de l’Iran », a-t-il précisé, alors que l’opposition en exil espérait un affaiblissement du régime.

L’opposition iranienne en exil et Israël : deux acteurs face à l’accord

Les figures de l’opposition iranienne en exil, comme Reza Pahlavi, rejettent catégoriquement le compromis. « Tout accord avec ce régime finira par échouer », a-t-il déclaré à ITV News. « On ne pourra jamais lui faire confiance. Il continuera de faire chanter le monde, les Iraniens courageux et innocents, et de répandre la terreur et l’instabilité. » Son rejet s’ajoute à celui des responsables israéliens, qui critiquent le caractère « précipité » de l’accord. Selon eux, un tel compromis pourrait renforcer la position de Téhéran dans la région, compromettant ainsi les chances de survie de l’accord pendant la période de 60 jours de négociations à venir.

Hossein Shariatmadari, directeur du quotidien radical Kayhan, a de son côté reproché aux négociateurs iraniens de ne pas avoir publié eux-mêmes le mémorandum. « Les Iraniens n’ont découvert son contenu que dans les médias américains », a-t-il critiqué, exigeant un examen parlementaire avant toute mise en œuvre. Ce manque de transparence alimente les tensions au sein même du camp conservateur, où la confiance envers Washington reste quasi inexistante.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes : les 60 jours de négociations supplémentaires doivent permettre de finaliser un accord définitif, dont la signature est prévue en Suisse. Plusieurs questions restent en suspens. Les Gardiens de la révolution accepteront-ils de relâcher leur emprise sur les décisions stratégiques ? Les États-Unis parviendront-ils à garantir le respect des engagements iraniens, alors que Trump menace de reprendre les frappes en cas de manquement ? Enfin, l’opposition iranienne et les alliés régionaux de Téhéran, comme Israël, pourraient-ils faire pression pour faire dérailler le processus ? Autant de paramètres qui pourraient influencer la stabilité de cet accord fragile.

En Iran, la période est également sensible : les cérémonies funéraires de l’ayatollah Khamenei, dont la mort a marqué le début de la guerre, pourraient servir de catalyseur pour les factions les plus radicales. Si le régime mise sur l’accord pour relancer l’économie, les divisions internes et les tensions régionales laissent peu de place à l’optimisme. À Washington, la prudence de Trump, entre fermeté affichée et dénégation des détails de l’accord, ajoute une couche d’incertitude supplémentaire.

L’accord-cadre prévoit principalement la levée des sanctions économiques contre l’Iran, la reprise de ses exportations de pétrole, la libération de ses avoirs gelés et la réouverture du trafic maritime, notamment dans le détroit d’Ormuz. En échange, Téhéran s’engage à ne pas développer d’arme nucléaire et à respecter la souveraineté des États-Unis et de ses alliés, selon Euronews FR.

Selon l’Institute for the Study of War (ISW), les Gardiens de la révolution, via des figures comme Ahmad Vahidi, utilisent leur contrôle sur des axes stratégiques comme le détroit d’Ormuz pour consolider leur pouvoir interne. Ils s’opposent à un accord rapide qui limiterait leur influence militaire et politique, préférant une posture de résistance prolongée.