Le 15 septembre 2020, les accords d’Abraham étaient signés à la Maison-Blanche entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Cinq ans plus tard, l’élargissement de ce cadre diplomatique, porté par l’administration Trump en mai 2026, se heurte à des réalités politiques complexes, selon Courrier International. L’objectif affiché – rallier l’Arabie saoudite, le Qatar, le Pakistan, la Turquie, l’Égypte et la Jordanie – semble pour l’instant relever davantage du vœu que de la stratégie réaliste.
Ce qu'il faut retenir
- Les accords d’Abraham, signés en 2020, visaient à normaliser les relations entre Israël et plusieurs pays arabes, mais leur élargissement reste incertain en 2026.
- Donald Trump a appelé en mai 2026 six pays du Golfe et du Moyen-Orient à rejoindre ces accords, dans le cadre d’un cessez-le-feu avec l’Iran.
- Le Koweït, traditionnellement propalestinien, est aujourd’hui le pays le plus susceptible de se rapprocher des accords, malgré une répression accrue de la dissidence intérieure.
- Les frappes iraniennes contre le Koweït le 3 juin 2026 pourraient accélérer un rapprochement avec Israël, présenté comme une nécessité sécuritaire.
- Les accords d’Abraham, initialement transactionnels, s’inscrivent désormais dans une logique de coalition anti-iranienne, mais leur efficacité est remise en cause par les conflits régionaux.
Une stratégie de normalisation ambitieuse, mais peu réaliste
Le 25 mai 2026, Donald Trump a appelé sur Truth Social l’Arabie saoudite, le Qatar, le Pakistan, la Turquie, l’Égypte et la Jordanie à rejoindre les accords d’Abraham. Cette annonce, qualifiée de « post grandiloquent » par Courrier International, s’inscrit dans une volonté de créer une coalition idéologique centrée sur les intérêts israéliens. Pourtant, les pays ciblés ont des raisons de refuser. L’Égypte, la Jordanie et la Turquie entretiennent déjà des relations diplomatiques avec Israël, tandis que les autres pays concernés – comme l’Arabie saoudite ou le Qatar – entretiennent des liens complexes avec Téhéran. « Ce ralliement devrait être obligatoire », a insisté Trump, mais la logique de cette proposition reste floue, selon les observateurs.
Selon Courrier International, cette initiative vise moins à normaliser les relations qu’à établir un « consortium politique » articulé autour d’un dispositif de défense avancée. Israël et les Émirats arabes unis, principaux signataires des accords, cherchent à redorer leur blason après les critiques liées à la guerre à Gaza et aux tensions avec l’Iran. Cependant, cette stratégie pourrait se heurter à un rejet populaire dans plusieurs pays, où l’opinion reste sceptique face à une alliance perçue comme déséquilibrée.
Le Koweït, un cas particulier sous pression
Le Koweït, historiquement propalestinien et nationaliste arabe, a longtemps été une exception au sein du Conseil de coopération du Golfe. Depuis l’arrivée au pouvoir de l’émir Mechaal Al-Ahmad Al-Sabah fin 2023, le pays se rapproche des Émirats arabes unis, principaux signataires des accords. Cette évolution a eu des répercussions majeures sur le plan intérieur. En 2024, le Parlement koweïtien, l’une des rares institutions démocratiques de la région, a été suspendu sine die. Près de 300 000 personnes, dont des Palestiniens, ont fait l’objet d’une campagne de déchéance de nationalité, réduisant drastiquement l’espace politique.
Les militants pro-Gaza, autrefois soutenus par la société civile, sont désormais ciblés par l’appareil sécuritaire. Depuis 2026, les participants aux flottilles pour Gaza sont interrogés à leur retour, frappés d’interdictions de sortie du territoire et considérés comme une menace pour la sécurité nationale. « Dans un pays où la solidarité avec la Palestine faisait partie de l’identité nationale, cette répression marque un tournant », souligne Courrier International. Le gouvernement koweïtien, en se rapprochant des Émirats, cherche à museler l’opposition et à préparer le terrain pour une normalisation officieuse avec Israël.
La frappe iranienne du 3 juin 2026 : un tournant ?
Le 3 juin 2026, l’aéroport international du Koweït a été la cible d’une frappe iranienne, faisant un mort et une soixantaine de blessés. Cet événement, qui s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre Téhéran et les pays du Golfe, pourrait accélérer un basculement du Koweït vers les accords d’Abraham. Selon Courrier International, le gouvernement koweïtien pourrait présenter cette normalisation non comme un choix stratégique, mais comme une réponse inévitable aux agressions iraniennes. « La sécurité du pays exige désormais une alliance avec Israël », pourrait arguer l’exécutif.
Pourtant, cette logique soulève des questions sur la souveraineté du Koweït. Adhérer aux accords reviendrait à officialiser sa participation à un dispositif sécuritaire largement dominé par Israël et les États-Unis. Les Émirats arabes unis, déjà partenaires d’Israël, pourraient aller plus loin en accueillant une base militaire israélienne permanente, renforçant ainsi leur rôle dans la région. Mais cette perspective divise : si une partie de l’opinion koweïtienne reste attachée à une position anti-israélienne, le gouvernement semble déterminé à aligner le pays sur ses voisins du Golfe.
Les accords d’Abraham à l’épreuve des conflits régionaux
Signés en 2020, les accords d’Abraham reposaient sur un échange transactionnel : normalisation contre avantages économiques et sécuritaires. Les Émirats et Bahreïn ont ainsi obtenu une immunité diplomatique, tandis que le Maroc a vu sa souveraineté sur le Sahara occidental reconnue par Washington. Mais la guerre entre Israël et l’Iran, déclenchée en 2025, a révélé les limites de ce cadre. Les frappes iraniennes ont touché les Émirats et Bahreïn, confirmant que les accords n’offraient aucune protection réelle. « Ils exposent les signataires aux répercussions de l’expansionnisme israélo-américain », analyse Courrier International.
Israël a renforcé sa présence militaire au-delà de ses frontières, avec des bases secrètes en Irak et au Somaliland. Cette stratégie, qui vise à éloigner les lignes de front d’Israël, suscite un malaise croissant dans la région. Plusieurs pays, dont l’Arabie saoudite et le Qatar, forment une alliance informelle pour contrer l’influence israélienne, perçue comme une menace pour leur souveraineté. « Les Émirats sont devenus le plus zélé des complices d’Israël parmi les pays arabes », estime Courrier International. Cette perception pourrait freiner l’adhésion d’autres États aux accords.
La frappe du 3 juin contre le Koweït a montré que les tensions régionales restent vives. Si Israël et ses partenaires espèrent consolider leur alliance, ils devront convaincre les opinions publiques que cette normalisation servira leurs intérêts à long terme – une tâche qui s’annonce ardue dans un contexte de défiance généralisée.
Les accords d’Abraham, signés le 15 septembre 2020, concernaient initialement Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Le Maroc et le Soudan ont ensuite rejoint ce cadre diplomatique.
Le Koweït a toujours adopté une position propalestinienne et nationaliste arabe, contrairement à ses voisins du Golfe. Cependant, depuis 2023, le pays se rapproche des Émirats arabes unis, avec une répression accrue de la dissidence et une suspension du Parlement en 2024.