Avec une production de 31 millions de tonnes de maïs en 2025, soit près de la moitié de la récolte totale de l’Union européenne, l’Ukraine s’impose comme un géant agricole. Pourtant, son adhésion à l’UE, actuellement en négociation, inquiète les producteurs français de maïs, qui redoutent une concurrence déloyale. Selon BFM Business, ces derniers alertent sur le risque d’un « coup de grâce » pour leur filière, alors que Bruxelles a relancé les discussions d’adhésion début juin.

L’Ukraine, premier fournisseur de maïs de l’UE malgré des droits de douane, représente déjà 45 % des importations européennes de cette céréale. Ses coûts de production inférieurs, ses réglementations agricoles plus souples et l’absence de normes environnementales strictes inquiètent les agriculteurs français. « On est en distorsion de concurrence sévère » avec Kiev, a déclaré Benoît Laborde, président de la section semences de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), lors d’une conférence de presse mardi.

Ce qu'il faut retenir

  • 31 millions de tonnes de maïs produites par l’Ukraine en 2025, soit près de la moitié des 60 millions de tonnes récoltées dans l’UE.
  • L’Ukraine est le premier fournisseur de maïs de l’UE, avec 45 % des importations malgré des droits de douane.
  • Les producteurs français craignent une concurrence déloyale en raison de coûts de production inférieurs et de normes moins strictes.
  • L’AGPM chiffre à 663 millions d’euros la perte potentielle pour les producteurs français en cas d’adhésion ukrainienne à l’UE.
  • L’Ukraine a produit 39 millions de tonnes en 2030 dans le scénario d’un conflit résolu et d’une adhésion à l’UE, selon les projections de l’AGPM.

L’Ukraine, un géant agricole en passe de rejoindre l’UE

Alors que les négociations pour l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne ont repris début juin après le levée du veto hongrois, le pays confirme son statut de puissance céréalière. En 2025, sa production de maïs a atteint 31 millions de tonnes, contre 13 millions de tonnes en France et 60 millions de tonnes dans l’ensemble de l’UE. « Nous sommes très attentifs à ce qui va se passer » concernant le processus d’intégration, a indiqué Franck Laborde, président de l’AGPM, lors d’une conférence de presse. Il a prévenu : « Nous ne souhaitons pas qu’une intégration [de l’Ukraine à l’UE] plus ou moins incontrôlée soit le coup de grâce pour l’agriculture française et les producteurs de maïs français. »

Les régions centrales de l’Ukraine, épargnées par la guerre, concentrent l’essentiel de la production. Selon Olivier Antoine, directeur du cabinet ORAE Géopolitique, auteur d’un rapport commandé par l’AGPM, ces zones « sont les plus grandes zones de production ». En vingt-cinq ans, la production ukrainienne de maïs a été multipliée par huit, tandis que les surfaces cultivées ont triplé. Largement tournée vers l’exportation, l’Ukraine expédie les trois quarts de sa production vers les marchés internationaux, dont près de la moitié vers l’UE.

Une concurrence jugée déloyale par les producteurs français

Les producteurs français pointent du doigt les différences de réglementation entre l’Ukraine et l’UE. « On joue aujourd’hui avec des règles différentes », a dénoncé Benoît Laborde. Il cite notamment l’utilisation de produits phytosanitaires interdits dans l’UE, des coûts de production moindres et des exploitations de très grande taille gérées par des agro-holdings. Depuis deux ans, les importations de maïs semence depuis l’Ukraine vers la France et l’Europe ont fortement augmenté, renforçant les craintes d’une concurrence déloyale.

L’AGPM met en garde contre une accélération politique de l’adhésion qui ne respecterait pas les normes européennes. « On craint une accélération politique de l’adhésion à des conditions qui ne seraient pas habituelles », a déclaré Franck Laborde. Il évoque une demande d’organisations agricoles ukrainiennes visant à obtenir une période de transition de dix ans après l’adhésion pour harmoniser leur législation avec celle de l’UE. Une telle exception n’a jamais été accordée par Bruxelles et certains États membres, dont la France, y seraient probablement opposés.

Des scénarios alarmistes pour l’agriculture française

Pour évaluer l’impact d’une adhésion ukrainienne, l’AGPM a commandé une étude au cabinet ORAE Géopolitique, qui a établi trois scénarios. Le plus optimiste suppose un conflit résolu dès 2026, une entrée de l’Ukraine dans l’UE en 2030 et un statut d’État associé dès 2026. Dans ce cas, la production ukrainienne pourrait atteindre 39 millions de tonnes en 2030, mettant en danger 2,9 millions de tonnes de maïs français et entraînant une perte de chiffre d’affaires de 663 millions d’euros pour les producteurs hexagonaux.

L’étude souligne aussi que l’adhésion permettrait à l’Ukraine de gagner en compétitivité et de développer une filière de transformation, notamment pour les semences, l’amidonnerie ou la volaille. Une évolution qui renforcerait encore sa position sur le marché européen. « Les investissements facilités par son entrée dans l’UE lui permettraient de gagner en compétitivité et de développer une solide filière transformatrice », indique le rapport.

Et maintenant ?

L’adhésion de l’Ukraine à l’UE reste un processus complexe, avec 35 chapitres de négociation à clôturer, dont cinq viennent d’être ouverts. Si le président ukrainien Volodymyr Zelensky vise une entrée d’ici 2030, les réticences des États membres, comme l’a rappelé le chancelier allemand Friedrich Merz fin mai, laissent peu de place à un scénario aussi rapide. Le Premier ministre hongrois Péter Magyar a également tempéré les ambitions en évoquant une adhésion « pas avant dix ou quinze ans ». La conformité aux normes européennes et les éventuelles périodes de transition seront au cœur des débats.

« Nous comprenons les considérations politiques en faveur d’un rapprochement avec l’Ukraine et les difficultés du peuple ukrainien, mais il ne faut pas que nous pâtissions de ce rapprochement », a conclu Franck Laborde. Les prochains mois s’annoncent décisifs, alors que l’UE doit trouver un équilibre entre soutien à l’Ukraine et protection de ses propres filières agricoles.

Non. Selon BFM Business, l’Ukraine utilise des produits phytosanitaires interdits dans l’UE, ses coûts de production sont inférieurs et ses réglementations agricoles sont plus souples. Une adhésion nécessiterait une harmonisation avec les normes européennes, ce qui prendrait plusieurs années.

Près de la moitié des exportations ukrainiennes de maïs sont destinées à l’UE, malgré les droits de douane. Kiev bénéficie d’un contingent de 650 000 tonnes de maïs sans droits de douane, qui doit être relevé à 1 million de tonnes. Les principaux importateurs sont les Pays-Bas, la Pologne et l’Espagne.