Adoptée en 1981 au Costa Rica par un couple français installé dans les Côtes-d’Armor, Adriana a subi pendant douze ans des violences psychologiques, physiques et sexuelles au sein même de sa famille d’adoption. Selon Ouest France, cette femme, aujourd’hui adulte, a accepté de témoigner pour raconter ce qu’elle présente comme un « calvaire ». Une histoire où se mêlent négligences, agressions et silence.

Ce qu'il faut retenir

  • Adriana a été adoptée en 1981 au Costa Rica par un couple français vivant dans les Côtes-d’Armor.
  • Elle a subi douze ans de maltraitances psychologiques et physiques de la part de ses parents adoptifs.
  • Elle a également été victime d’inceste de la part de ses frères adoptifs.
  • Adriana a choisi de témoigner pour la première fois dans Ouest France.

Née au Costa Rica, Adriana est arrivée en France à l’âge de 4 ans, accueillie par un couple installé à Plérin, près de Saint-Brieuc. Dès les premiers mois, sa vie bascule. Ses parents adoptifs, décrits comme autoritaires, lui imposent une éducation stricte et violente. « Ils m’ont bousillée », confie-t-elle aujourd’hui. Les coups, les humiliations publiques et les privations deviennent son quotidien. « Je n’étais qu’un objet entre leurs mains. »

Mais le pire survient plus tard. À l’adolescence, Adriana est victime d’agressions sexuelles répétées de la part de ses frères adoptifs. « Je ne savais pas à qui en parler. Ma famille, c’était eux. Qui aurait pu me croire ? » Des années durant, elle garde le silence, rongée par la honte et la peur des représailles. « J’avais l’impression d’être complice. »

« Ils m’ont bousillée. » — Adriana, adoptée au Costa Rica en 1981

Ce n’est que bien des années plus tard, une fois majeure et loin de sa famille, qu’Adriana commence à prendre conscience de l’ampleur des traumatismes subis. Elle entame alors un long parcours de reconstruction, aidée par des associations spécialisées dans les violences intra-familiales. Pourtant, les séquelles restent profondes. « Certains jours, je me demande encore pourquoi moi. Pourquoi eux ? »

Son témoignage, recueilli par Ouest France, intervient dans un contexte où la question des violences dans les familles adoptives est de plus en plus documentée. En France, l’adoption internationale, notamment depuis l’Amérique latine, a connu un pic dans les années 1970 et 1980. Des milliers d’enfants, souvent issus de milieux défavorisés, ont été accueillis dans des familles françaises. Mais derrière les récits de réussite se cachent aussi des drames, parfois ignorés pendant des décennies.

Adriana espère que son histoire contribuera à briser l’omerta autour de ces maltraitances. « Si mon témoignage peut aider une seule personne à parler, à se faire entendre, alors cela en vaudra la peine. »

Et maintenant ?

Son récit, publié par Ouest France, pourrait relancer le débat sur la protection des enfants adoptés à l’international. Plusieurs associations, comme la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), militent pour un meilleur suivi des familles adoptantes après l’arrivée de l’enfant en France. Une proposition de loi visant à renforcer les contrôles post-adoption est actuellement en discussion à l’Assemblée nationale, avec un vote prévu avant la fin de l’année. Pour Adriana, une chose est sûre : « Il faut que les institutions écoutent enfin les victimes. »

Reste à savoir si ce témoignage, aussi poignant soit-il, suffira à faire évoluer les pratiques. Car pour beaucoup d’anciens enfants adoptés, le temps a passé — et avec lui, les preuves.

Les victimes peuvent déposer plainte pour violences physiques, psychologiques ou sexuelles, même des années après les faits. Des associations comme l’Association d’aide aux victimes (AVIMEJ) ou le 3919 (violences femmes info) proposent un accompagnement juridique et psychologique. Un dépôt de plainte peut également ouvrir droit à des indemnisations via le Fonds de garantie des victimes.