La société de biotechnologies Advicenne, spécialisée dans le développement de traitements innovants pour les maladies rénales rares, a annoncé mardi 5 mai 2026 après la clôture des marchés, l’ouverture d’une procédure de sauvegarde à son bénéfice. Selon BFM Bourse, cette décision intervient dans un contexte de tensions financières majeures, marquées par une trésorerie en forte baisse et un endettement dépassant les 29 millions d’euros.

Ce qu'il faut retenir

  • Advicenne dispose d’une trésorerie nette de 1,34 million d’euros fin 2025, en chute de 59 % sur un an, passant de 3,24 millions en 2024.
  • L’entreprise cumule une dette totale de 29,2 millions d’euros, dont 16,5 millions auprès de la Banque Européenne d’Investissement (BEI).
  • Une procédure de sauvegarde a été ouverte par le Tribunal des activités économiques de Paris pour faciliter la restructuration de sa dette.
  • Le produit phare Sibnayal, déjà commercialisé en Europe et au Moyen-Orient, a obtenu un remboursement en France depuis février 2026.
  • L’action a chuté de 27,4 % à 0,887 euro le lendemain de l’annonce, effaçant presque totalement sa valeur depuis son introduction en 2017.

La biotech, dont le siège est en France, fait face à une situation financière « très tendue », comme l’indique son dernier communiqué. À fin 2025, sa trésorerie nette s’élevait à 1,34 million d’euros, contre 3,24 millions fin 2024, soit une baisse de 59 %. Advicenne justifie cette dégradation par les coûts élevés liés à la préparation et au suivi du dossier d’enregistrement américain de son produit phare, Sibnayal. Ces dépenses ont « sensiblement accru la consommation de trésorerie », réduisant son horizon de liquidités jusqu’à mai 2026.

Une dette de 29,2 millions d’euros et des négociations complexes avec les créanciers

La structure bilancielle d’Advicenne apparaît désormais « trop contrainte », selon les analystes. L’entreprise affiche un endettement total de 29,2 millions d’euros, réparti entre la Banque Européenne d’Investissement (16,5 millions), des Prêts Garantis par l’État (2,4 millions) et un montant de 10,3 millions d’euros dû à l’État français. Cette dernière dette est liée à la réforme de l’accès précoce aux médicaments innovants, entrée en vigueur en juillet 2021. Elle oblige Advicenne à reverser jusqu’à 80 % de son chiffre d’affaires réalisé en France.

« Ce dernier poste est particulièrement pénalisant », souligne Allinvest Securities, qui précise que cette dette ne devrait plus augmenter, le prix du médicament ayant été fixé avec le Comité Économique des Produits de Santé (CEPS), permettant un remboursement partiel. La société mène depuis plusieurs mois des négociations avec ses créanciers, affirmant avoir réalisé « des progrès significatifs » dans ces discussions. Cependant, Allinvest Securities note que les tractations avec la BEI se révèlent plus longues et complexes que celles engagées avec les banques porteuses des PGE et l’État.

La procédure de sauvegarde, une issue pour éviter la liquidation

Face à l’urgence, Advicenne a choisi de se placer sous la protection de la justice commerciale en sollicitant l’ouverture d’une procédure de sauvegarde. Acceptée par le Tribunal des activités économiques de Paris, cette mesure vise à éviter une liquidation tout en permettant à l’entreprise de finaliser un plan de restructuration de sa dette. Instaurée en France en 2006, cette procédure s’apparente à une alternative au redressement judiciaire, offrant un cadre plus serein pour négocier avec les créanciers.

Pour Advicenne, cette démarche devrait lui permettre d’étendre son horizon de trésorerie jusqu’à la fin du premier trimestre 2027. L’objectif ? Finaliser la revue du dossier Sibnayal par la Food and Drug Administration (FDA) américaine, une étape clé pour envisager un accord de partenariat structurant. « À court terme, la lecture est clairement négative, car même si la démarche est présentée comme volontaire et préventive, elle confirme que la dette est devenue difficilement “gérable” et que la structure bilancielle de la société est désormais trop contrainte pour être traitée dans un cadre purement amiable », analyse Allinvest Securities.

Sibnayal, un produit déjà commercialisé mais dont la rentabilité reste incertaine

Disponible sur les marchés européen et moyen-oriental depuis 2021, Sibnayal est le premier traitement approuvé pour l’acidose tubulaire rénale distale (ATRd), une maladie rare touchant principalement les jeunes enfants. Les symptômes incluent des troubles de la croissance, des vomissements, des calculs rénaux et une faiblesse musculaire. En 2022, Sibnayal a obtenu la désignation de « médicament orphelin » aux États-Unis, une reconnaissance qui facilite son développement dans ce pays. Depuis mai 2025, il est également autorisé et remboursé en Arabie Saoudite, et son remboursement par la Sécurité sociale française a été acté en février 2026.

Pourtant, malgré ces avancées commerciales, la rentabilité du produit reste un enjeu majeur pour Advicenne. La société devra démontrer sa capacité à générer des revenus suffisants pour faire face à son endettement, tout en finalisant les démarches réglementaires aux États-Unis. « L’ouverture de cette procédure de sauvegarde envoie un signal fort aux marchés », commente un analyste sous couvert d’anonymat. « Elle reflète l’urgence de la situation, mais offre aussi une bouffée d’oxygène pour négocier sereinement. »

Et maintenant ?

Dans les prochaines semaines, Advicenne devra présenter un plan de restructuration détaillé à ses créanciers, avec pour objectif une validation avant la fin du troisième trimestre 2026. La société a indiqué qu’elle tiendrait régulièrement le marché informé de l’évolution de cette procédure et de sa situation financière. Côté actionnarial, les prochaines publications de résultats trimestriels, attendues pour juillet 2026, seront scrutées avec attention pour évaluer l’impact des mesures prises. Enfin, l’avis de la FDA sur Sibnayal, attendu d’ici la fin de l’année, pourrait redonner de la visibilité à la biotech, à condition que les discussions avec les créanciers aboutissent.

Reste à savoir si cette procédure de sauvegarde suffira à rétablir la confiance des investisseurs et des partenaires commerciaux. Dans l’immédiat, l’action a subi un recul historique, perdant près de 94 % de sa valeur depuis son introduction en décembre 2017, où elle s’échangeait à 14,03 euros. La capacité d’Advicenne à concilier gestion de sa dette et développement de son portefeuille de produits sera déterminante pour son avenir.

Advicenne a sollicité une procédure de sauvegarde en raison d’une trésorerie insuffisante (1,34 million d’euros fin 2025) et d’un endettement de 29,2 millions d’euros, rendant sa dette « ingérable » sans cadre juridique protecteur. Cette procédure permet de geler les dettes et de négocier un plan de restructuration avec les créanciers, évitant ainsi une liquidation.

Le jour suivant l’annonce, l’action a chuté de 27,4 %, passant de 0,887 euro, effaçant presque totalement sa valeur depuis son introduction à 14,03 euros en 2017. Cette réaction reflète la perte de confiance des investisseurs face à la dégradation de la situation financière.