Le 15 janvier 2026, devant les grilles de l’école primaire Addington à Durban, dans l’est de l’Afrique du Sud, la tension était palpable. Une dizaine de manifestants exigeaient de voir les papiers d’identité des parents accompagnant leurs enfants. Selon eux, l’établissement scolarisait trop d’élèves étrangers. Malgré la présence discrète d’une poignée de policiers, aucun incident majeur n’a éclaté ce jour-là, mais l’épisode illustre une tendance grandissante dans le pays : la montée des discours xénophobes et des actions violentes ciblant les migrants, souvent tolérées par une autorité publique en difficulté.

Ce qu'il faut retenir

  • En janvier 2026, des manifestants ont tenté d’empêcher des parents d’enfants étrangers d’entrer dans une école primaire de Durban, exigeant des vérifications d’identité.
  • La crise s’inscrit dans un climat généralisé de montée des tensions xénophobes en Afrique du Sud, touchant notamment l’accès à l’éducation et aux services publics.
  • Des groupes comme March and March, dirigé par Jacinta Ngobese-Zuma, instrumentalisent ces revendications, affichant ouvertement des slogans xénophobes.
  • Les parents et élèves concernés vivent dans un climat d’insécurité persistante, malgré l’absence de violence ouverte.

Selon Courrier International, cette scène ne constitue qu’un exemple parmi d’autres d’un phénomène qui s’étend depuis la rentrée scolaire de 2025. À Durban, comme dans d’autres villes sud-africaines, des groupes organisés bloquent régulièrement l’accès à des établissements scolaires, des hôpitaux ou des centres administratifs, accusant les étrangers d’accaparer les ressources.

Misozi Banda, une Malawite de 31 ans, raconte l’incident de janvier avec amertume. « J’ai pris ma fille par la main et je lui ai dit que tout allait bien, même si je voyais qu’elle avait peur », explique-t-elle. « Je voulais simplement la déposer à l’école comme tous les matins… Pas qu’elle me regarde comme si quelque chose de grave allait se passer. » Son témoignage, rapporté par Courrier International, reflète l’atmosphère de peur qui s’installe dans les communautés de migrants. Les enfants, souvent trop jeunes pour comprendre les enjeux politiques, ressentent cette angoisse diffuse.

Les écoles ne sont pas les seuls lieux touchés. Les hôpitaux publics, déjà saturés, deviennent aussi des cibles pour les groupes antimigrants. Les manifestants y exigent des contrôles systématiques, arguant que les étrangers bénéficieraient de soins prioritaires au détriment des Sud-Africains. Ces accusations, bien que largement infondées, alimentent un sentiment de frustration croissante dans une population déjà éprouvée par des décennies de crises socio-économiques.

La montée de ces groupes trouve un écho dans les discours politiques. Jacinta Ngobese-Zuma, figure de proue du mouvement March and March, utilise des slogans comme « Aimons notre pays ! L’avenir de nos enfants ! La liberté et la justice ! », tout en affichant des messages ouvertement xénophobes. Ce double langage révèle une stratégie délibérée pour capter l’attention des électeurs dans un contexte de chômage élevé et de profondes inégalités.

Pourtant, les autorités sud-africaines peinent à réagir. Les forces de police, souvent en sous-effectif et mal équipées, se contentent de contenir les débordements sans jamais désamorcer les tensions en amont. « La présence d’un petit groupe de policiers, stoïques, n’avait pas suffi à dissuader les manifestants », note Courrier International. Cette impuissance apparente interroge : l’État sud-africain, déjà fragilisé par des années de corruption et de divisions internes, dispose-t-il des moyens — ou même de la volonté politique — pour endiguer cette vague xénophobe ?

Le think tank américain New Lines Institute for Strategy and Policy, basé à Washington, a récemment publié une analyse sur cette crise. Initialement centré sur le Moyen-Orient, ce média s’est élargi à d’autres régions, dont l’Afrique australe. Son rédacteur en chef, Hassan Hassan, spécialiste des questions de radicalisation, souligne que ces mouvements s’inscrivent dans une dynamique globale où les discours de repli identitaire gagnent du terrain, y compris dans des démocraties fragilisées.

Dans ce contexte, la société civile sud-africaine tente de résister. Des associations de défense des droits humains multiplient les campagnes de sensibilisation, tandis que certains médias locaux dénoncent l’instrumentalisation politique de la xénophobie. Pourtant, face à la radicalisation de certains groupes, ces initiatives peinent à faire entendre leur voix. « Les questions d’identité et d’appartenance s’imposent petit à petit dans l’espace public », relève Courrier International, comme si la haine de l’autre devenait un sujet ordinaire du débat politique.

Et maintenant ?

Plusieurs observateurs s’attendent à une intensification des tensions dans les mois à venir, notamment à l’approche des élections locales prévues en 2027. Les partis politiques, y compris ceux traditionnellement modérés, pourraient être tentés de surfer sur cette vague pour séduire un électorat en colère. La question reste entière : l’État sud-africain parviendra-t-il à protéger les droits des migrants sans aliéner une partie de sa population ? Une chose est sûre, le climat actuel ne laisse rien présager de bon pour les communautés étrangères.

En attendant, les parents comme Misozi Banda continuent de vivre dans l’incertitude. Leurs enfants, eux, grandissent avec la peur au ventre — une peur que ni les écoles ni les discours politiques ne semblent en mesure d’apaiser.

Jacinta Ngobese-Zuma est la cheffe de file du groupe antimigrants March and March. Elle utilise des slogans patriotiques tout en affichant des messages ouvertement xénophobes, contribuant ainsi à normaliser ces discours dans l’espace public sud-africain.

Les communautés de migrants en provenance du Malawi, du Zimbabwe, du Mozambique et d’autres pays africains sont les principales victimes de ces violences. Les enfants de ces familles, scolarisés en Afrique du Sud, subissent aussi les conséquences de ces tensions.